Faible profondeur pour cette deuxième plongée de la matinée, donc. Nous survolons un décor assez banal mais couvert de poissons. Surf sur écailles, raft sur nageoires, descente de caudales : l’impression d’avancer sur un tapis de poissons ! Différentes espèces de lutjans pour la plupart, qui n’en finissent pas de couler.

Nous croisons en chemin une tortue, en train de faire son ménage dans les coraux, éponge au bec. Oui, c’est d’un banal… Un petit salut, et on passe notre chemin. Personne ne s’arrête plus pour une tortue aujourd’hui…

Une petite roche qui ne paye pas de mine ? C’est l’objectif ! Rétrofusée, atterrissage dans le sable, juste devant un gros poisson pierre presque entièrement camouflé. Et je dérive dessuuuuus… Grand écart, abdos (ou ce qu’il en reste) rentrés, lumière, cadrage, photo !

C’est alors que je vois la roche se détacher de sa base et se mettre à flotter… Une illusion d’optique quand on prend comme point fixe le banc énorme d’alevins qui fuit par les 3 orifices de la grottes. A l’estime, nous pénétrons dans le tunnel entièrement occupé par des millions de poissons. Ce ne dont d’ailleurs pas des poissons de verre mais des alevins d’une autre espèce (des tazards ?).

Je ne me lasse pas de jouer avec les poissons en banc. Même si des algorithmes puissants sont aujourd’hui capables de simuler la dynamique du banc de poisson, il est toujours agréable de se confronter avec l’original. Puiser à pleines brassés dans ce nuage vivant. Se faire démiurge le temps d’écarter les doigts. Sculpter cette lumière liquide. Comprendre ces organismes qui semblent n’en faire qu’un seul… Comme nos cellules et notre corps tout entier peut être considérée comme un agrégat de bactéries symbiotiques. Spectacle stimulant, si bien que nous allons passer toute la plongée (de plus d’une heure et demi tout de même) dans cette cavité sans charme si ce n’est cette fontaine de poissons, toujours recommencée.

Le jeu étant d’arriver à distinguer mon docile modèle dans le délire ichtyologique ! Des bourrasques vivantes nous fouettent, soulèvent le sable à leur suite. Le banc se calme, gonfle puis explose à nouveau, surligne les fissures, disparaît comme un gaz détendu pour se recondenser là bas…

Avec mon modèle plus à l’aise dans l’immobilité des grottes, nous avons bien du mal à synchroniser nos efforts pour conduire le banc de poisson ou l’objectif l’exige, c’est à dire un endroit non prévu par la nature. Le plongeur calé dans son hublot de lumière, il ne me reste plus qu’à me placer, ultracambré. Laa… Flash réglé… Envoyez les poissons ! Et c’est là que ça se gate. Je n’ai pas 4 bras ! Alors, de temps à autre, je libère ma main gauche en calant le caisson avec le masque et exécute de sans doute ridicules passes de muleta, gestuelle vaguement disco, saluts militaires, anathèmes définitifs pour « diriger » les poissons dans le cadre. Chef d’orchestre sans musiciens, je dois surtout passer pour un grand malade au yeux de mon modèle qui depuis le début, me fixe. Etrangement…

Si vous aussi vous voulez faire ce voyage, consultez Blue Lagoon et Phocea Riviera Maya.