Polynésie – Avec les géants de la mer

AVEC LES GEANTS DE LA MER – RURUTU –  ILES AUSTRALES – POLYNESIE FRANCAISE – OCTOBRE 2002
et aussi : LES YEUX DE NUKU HIVA et BLEU PACIFIQUE et L’ITINERAIRE D’UN PLONGEUR GATE

On ne résume pas 3 semaines d’émerveillement et 4 films sur une page alors que nous avons défriché un territoire aussi vaste que l’Amazonie, filmant des Marquises à Rangiroa en passant par Moorea, Bora-Bora, Raïatea et Rurutu, peut-être le plus exceptionnel…

Rurutu… Plus de 27 heures d’avion en multiples vols et de transbordements divers sans sommeil… L’équipe zombifiée prend ses marques sous un terrible soleil : c’est le premier jour de tournage de cette seconde saison, un tournage qui doit se dérouler sur trois semaines. Les caisses et sacs innombrables se répartissent dans les pièces de la pension qui nous accueille, les chargeurs de batterie clignotent, et comme toujours, nous « customisons les lieux » avec le système D, sous les cocotiers bruissant de vent Pacifique, avec une soudaine attaque de moustiques. Nicolas le producteur téléphone sans cesse et j’écris avec lui des épisodes potentiels, à haute voix, en fonction des nouvelles informations qui nous parviennent de nos différents partenaires. Chacun se cherche : c’est la première fois que nous travaillons ensemble…L’une des caractéristiques de cette série, et d’ailleurs de mon travail en général, est basé sur la capacité d’improvisation. Nous sommes presque tous polyvalents, capables de nous remplacer mutuellement en cas de besoin, ce qui permet de réussir ces tournages complexes en cinq jours ! La préparation est maximale avant le départ, mais les impondérables tellement nombreux…Yves Lefèvre qui nous accueille, tout en regard myosotis et blondeur d’adolescent, nous prévient : « surtout ne dormez pas ! Sinon, après c’est trop dur !… ». Le décalage horaire est en effet terrible : douze heures entre Paris et ce petit archipel perdu au Sud de la Polynésie. Il m’avait invité il y a vingt ans, et nous sommes heureux de concrétiser enfin cette rencontre amorcée à Paris… Allons plonger !
En attendant les géants…
Nous embarquons immédiatement avec le matériel en direction de la grande houle, à l’eau d’un bleu tellement profond qu’elle en paraît violette. Yves Lefèvre qui est pourtant un habitué des lieux est en combinaison intégrale, visage tartiné d’écran total et ressemble à un touareg : chèche blanc complet, et lunettes noires : pas un cm2 de peau qui ne soit protégé de l’ardeur du soleil. Je commence à me demander à quoi je vais ressembler demain, dans l’incapacité de me protéger efficacement à cause des interventions « face caméra ». Je sens littéralement ma peau qui grésille. L’impression qu’un coiffeur m’a oublié sous un séchoir à infrarouge… Le Pacifique nous fait entrer dans sa danse incessante et le matériel saute, retombe, saute à nouveau… Je me cramponne comme je peux, rincé par des embruns à goût d’aventure, matériel perso coincé entre les jambes. Didier Noirot, notre réalisateur sous-marin, en chapeau de brousse, maintient négligemment d’une main le caisson de 75 kg, façon sac à main, et se tient debout, posé sur ses jambes de colosse. Quinze ans de Calypso, ça forme…
« Là-bas ! »
Yves vient de repérer le banc de baleines et bientôt, à dix mètres du bateau, les géants de 40 tonnes bondissent et retombent dans des explosions d’écume. Nous sommes tous impressionnés… Mon regard croise celui de Noirot, impassible. Il avouera plus tard qu’il surveillait aussi mes réactions et me trouvait… impassible ! Car nous venions de décider de nous mettre à l’eau. Yves nous fait confiance mais il sait qu’il y a des risques.
Course à travers les chants
La beta tourne déjà : cette fois, nous ne préparons pas. Pas le temps. Nous tournons « live »… C’est ça, selon moi, le reality-show messieurs les producteurs et diffuseurs en mal d’audimat !… La main tendue, le regard rivé sur les grands mâles qu’il connaît parfaitement, Yves doit nous donner le signal de la mise à l’eau. Tension extrême. Pulsations cardiaques à 180… La main s’abat : « maintenant ! ». Bascule arrière, le Pacifique nous accueille : du bleu, des bulles. Le bateau s’éloigne rapidement. Nous ne le voyons déjà plus, seuls dans le courant avec une houle de trois mètres, sans autre équipement que palmes, masque et tuba, au milieu d’une famille de plus de dix mégaptères… Toutes les dimensions sont faussées : océan géant, animaux géants, visibilité infinie ; j’ai beau palmer à fond, j’ai l’impression de rester sur place… Bien se reposer avant la première plongée… Si vous ne vous sentez pas en forme, remettez au lendemain… Combien de fois ai-je donné ce conseil ?… Nous changeons de stratégie, en hommes de terrain, et acceptons « la branlée » comme dit Noirot. Le temps que le cœur redevienne compatible avec ceux des colosses que nous sommes venus filmer. Nos corps tremblent littéralement sous les chants d’infrasons, comme si nous étions trop près des baffles d’un concert de hard rock. Les baleines se parlent. Nous parlent ?… Je me laisse faire. Se faire accepter… tuer l’agressivité… chasser les pensées négatives… montagnes russes de bleus infinis…
Au pays des bébés à la tonne
Et là, je la vois : sur le fond de trente mètres, calme sous-marin posé sur le fond, ailerons écartés. Quarante tonnes d’émotion avec au sein un baleineau d’un mois, de quelques dix tonnes… J’ai vu beaucoup de choses sous l’eau mais là… je crois que je pleure dans le masque. Ce doit être le sel… Noirot filme : j’essaye de me mettre dans le bon axe et enchaîne les apnées… Car le baleineau se détache lentement de sa mère et monte vers moi… J’écarte les bras, comme pour l’étreindre et vois la bête énorme s’approcher, s’approcher… Il va me toucher ! Ce n’est qu’un bébé, il joue… Je fuis au dernier moment de toute la force de mes palmes. J’échappe de peu à sa queue qui vire à quelques centimètres et aurait pu me briser la jambe. Pour jouer… Et le jeu se répète, sans fin… La puissance physique de Didier m’impressionne : il me distance aisément en poussant l’énorme caisson qu’on pourrait prendre de loin pour un propulseur. Et la danse continue… Je sais que nous prenons un risque mais le moment est trop unique : « jamais filmé ! » confirmera Noirot plus tard qui venait pourtant d’obtenir un Emmy Award pour ses images superbes dans la célébrissime série marine de la BBC « La Planète Bleue ». Cette « plongée de réadaptation » m’épuise. Je fatigue… Nous avons parcouru des kilomètres dans l’eau.
Le retour des vrais mâles
Nouveau concert de cris : les grands mâles reviennent et recommencent à sauter en retombant sur le dos. Nous ressentons parfaitement l’onde de choc, puis la vague… Telle une fusée, quarante tonnes de chair noire et blanche montent du fond et surgissent à quelques mètres de l’objectif de la caméra. Je courbe légèrement l’échine mais que faire ?!…  Faire confiance ! Ces animaux en savent plus que nous, ils nous ont même pardonné le massacre, car eux, sont incapables de comprendre et même de concevoir la « chasse » à la baleine. La bête retombe du bon côté… Elle sait ! D’autres montent, à gauche, à droite, derrière… Nous essayons de rester groupés, ballottés comme des bouchons, aveuglés dans des bulles de champagne crépitantes. Pour la première fois, le danger en plongée vient du ciel ! Presque la fin de la cassette… Noirot improvise un souple canard, descend à 10 mètres (pour moi il restera toujours « le baleineau », son surnom pour la vie), pointe la caméra vers le ciel d’écume et se met à palmer à fond : un plan « subjectif », c’est à dire ce que « voit » la baleine qui monte vers la surface. Et l’animal (Didier) en s’aidant de la houle jaillit littéralement hors de l’eau caméra à bout de bras et décolle d’un mètre avant de retomber. Un plan magnifique. C’est à ce moment-là que j’aperçois le bateau revenu à toute vitesse et Yves qui fait de grands gestes, limite panique…
« Barrez-vous ! Barrez-vous !… ».
Nous sommes happés à bord et le bateau vire à fond, semble-t-il de justesse. Philippe Tourancheau notre réalisateur « titi parisien », est tout pâle : plus familier des studios que de la Grande Nature, il nous regarde alternativement et je lis très bien dans ses yeux qu’il a compris qu’il est tombé chez les fous… Il ne regrettera pourtant pas ce voyage riche d’émotions à venir et assurera jusqu’au bout avec son talent coutumier.

QUAND J’Y RETOURNERAI…
Nous irons à l’aventure, et pourquoi pas en bateau, plonger dans la poussière des îles blanches et vertes, respirer de nouveau l’air bleu pacifique, cochant au passage quelques inconnues sur notre carte-détente. Je retournerai aux Marquises renoncer à l’appât du Gauguin, et peut-être y trouverais-je la paix, sous l’ombre de Brel…

ENCADRE : QUAND VOUS IREZ
Les centres (NF)
Plongez Marquises – Tahioe – Nuku Hiva
http://www.marquises.pf/pagestour/page108.htm
The 6 Passengers – Rangiroa,
http://www.the6passengers.com/
Raie Manta club – Rurutu et Rangiroa
Yves Lefebvre
http://raiemantaclub.free.fr/
Moorea Blue Diving Center – Moorea
http://www.pearlresorts.com/moorea/diving.asp
Pearl Resort Blue Nui Diving Center – Bora-Bora
http://www.pearlresorts.com/bora/diving.asp
Hémisphère Sub – Raïatea
http://www.diveraiatea.com/

Les 3 plongées à ne pas manquer… en dehors de Rurutu :
Passe de Tiputa – Rangiroa
Le paradis mondialement célèbre des requins et de toute la faune pélagique. Ici, tout est gros et surprenant…

Grotte Ekamako – Nuku Hiva
Profonde de plus de cent mètres, c’est une vaste grotte colonisée par de grandes raies pastenagues et de nombreuses langoustes.

Le jardin des roses – Moorea
Sur fond de corail en coupelles, Rafael Bonneau chevauchera pour vous en apnée un requin citron de plus de 3 m !

POUR LES NON PLONGEURS :
Sprit of Pacific
http://spiritofpacific.bora.free.fr/
Une ballade en sous-marin dans les fonds de Bora-Bora.
Aquablue – Moorea
Avec Vincent Lelong, pour plonger sans le savoir, en casque bulle où en pieds lourds !
v.lelong@mail.ps