Grand soleil : vive le printemps ! Enfin, l’été (on est en Provence…). Je fais partie des « solaires » (oui, on peut avoir passé 18 ans de sa vie à explorer des grottes pleines d’eau et aimer le soleil !). Bon, et si vous m’interrompez sans arrêt, on n’arrivera jamais au bout de cet article ! Poursuivons.

Je suis passionnément solaire, donc. Vous êtes solaires ! Nous le sommes tous, petits terriens en rotation autour de cette étoile dont on a cru longtemps quelle était le centre du monde. De notre monde en tout cas. Astre pourtant insignifiant dans la poussière d’étoiles de notre galaxie, elle même misérable tourniquet dans la farandole de l’infini cosmos…

Ci-contre, l’incroyable photo de Thierry Legault/NASA prise lors du passage de la navette Atlantis devant l’astre du jour, en moins de 0,8 secondes !

Mais quel monstre quand même que notre soleil ! Qui chauffe présentement nos peaux  (durement sevrées par les deux mois d’hiver) sur les terrasses de Carnoux en Provence, entre tapenades et loups grillés… Allez, on vous en envoies un peu ? Mais non pas de la tapenade (ça tâche), du soleil ! Allez, on reste bien concentré et on suit ?

Un soleil de plomb constitué en fait principalement des deux éléments les plus légers : l’hélium (Hélios) et l’hydrogène. Le second synthétisant le premier avec un incroyable dégagement d’énergie au cours du processus de la fission thermonucléaire. Miracle prométhéen qui nous bombarde de rayonnements divers, de lumière et de chaleur et sans quoi nous n’existerions même pas.

Un rayonnement intense et variable au gré des fluctuations solaires dont on ne sait presque rien sinon qu’elles obéissent à un mystérieux cycle de 11 ans. D’ailleurs, en ce moment, le soleil est en retard… Notons au passage que les simulations sur le climat futur de la terre et l’influence de l’homme sur le dit climat, si amplement médiatisées, ne tiennent tout simplement pas compte du soleil. Un peu comme si, pour établir le bilan thermique d’une maison, on oubliait les radiateurs ! Passons…

Signalons plutôt la sortie en kiosque de l’excellent Science et Vie. Aussitôt dévoré et comme toujours suscitant d’abondantes réflexions. Oui, que voulez vous, l’actualité scientifique me fait plus rêver que  les cours de la bourse ou les péripéties footbalistiques, entre putes, primes et valses d’entraîneurs… (Euh, allllez l’OM…).

Revenons plutôt à notre gros ballon chauffant. Quel rapport avec Science et Vie ? Aucun ?  Et pourtant… Je m’explique. Dans ce dernier numéro, hasard de la pagination, on trouve un article sur Tchernobyl et un autre sur la nature probablement quantique de la vie. Résumons rapidement ce deuxième sujet : pour expliquer le rendement extraordinaire de la photosynthèse des végétaux (100 % de l’énergie reçue du soleil !) la biologie et la chimie ne suffisent plus. Il faut considérer que la vie à l’échelle macroscopique obéit aussi aux règles contre intuitives de la physique quantique (on peut être à la fois mort ET vivant, ici ET là bas, très loin…). Les plantes utiliseraient ainsi les états de superposition quantique pour « maximiser » la capture des photons solaires et les transformer en énergie.

Concernant Tchernobyl, on croit à tort que le dossier est clos, depuis 25 ans. Erreur. C’est le site le plus toxique du monde et pour des milliers d’années encore. Et le « sarcophage » fuit de toute part. A l’intérieur, restent des centaines de tonnes de combustible et d’autres déchets hautement radioactifs. Sans parler de l’eau d’infiltration qui coule on ne sait où… A la lumière de la catastrophe récente au Japon, l’industrie nucléaire en prend un coup et il apparait de plus en plus aux Sages que ce choix énergétique n’est pas le bon. Sortir du nucléaire, sans doute. Mais comment ? Et en combien de temps ? On parle de 25 ans (compter 50) si on le décide maintenant.

Chaleur ou lumière ?

Ainsi, il apparait qu’en matière de politique énergétique on se soit inspiré du fonctionnement de notre étoile (les réactions nucléaires : E=mc2) en laissant de côté l’énergie lumineuse qu’elle nous offre généreusement, sans qu’il soit besoin de pénétrer le dangereux secret des Dieux. Il suffirait d’observer assez longtemps une feuille d’épinard… Nous avons choisi la fission/fusion au lieu de l’énergie photovoltaïque (la photosynthèse des hommes) ; la grandiloquence terrifiante de l’atome, les champignons atomiques, au lieu de la fontaine verte, pérenne et tranquille des arbres. Un choix politique mais surtout stratégique. Ne nous y trompons pas : si le nucléaire « civil » existe c’est avant tout pour créer  et amortir la filière nécessaire à la fabrication de la bombe, garante de notre dissuasion. Une stratégie qui n’a pas trop mal fonctionné jusqu’ici d’ailleurs puisque nous vivons en paix depuis près de 70 ans. On se contente d’aller faire la guerre chez les autres… Mais nous avons joué les apprentis sorciers, obérant sans doute l’avenir de l’humanité avec les conséquences toujours possibles d’une catastrophe nucléaire (civile ou militaire) à grande échelle. On parle ici de millions d’années…

Qu’en est-il des alternatives ? Elles sont nombreuses mais on n’en parle pas assez. Entre autres, la géothermie, les dipôles thermiques (différences de température entre les surfaces et les profondeurs des eaux ou des sols)… Il semble qu’il n’y en ait que pour la « houille blanche » (un responsable EDF m’indiquait que nous avions atteint depuis longtemps en France le quota maximum faute de cours d’eau à « barrer »), les centrales thermiques ou le vent. A propos des éoliennes, il faudrait encourager le développement de vastes parcs au large, qui pourraient aussi servir de récifs artificiels pour la pêche. Mais il est des Don Quichotte pour s’insurger contre ces moulins à vent.

Mais ce qui vient naturellement à l’esprit est de copier tout simplement les plantes (par la biomimétique) et de foncer dans les technologies photovoltaïques et radiatives. Voilà l’avenir. L’énergie inépuisable et non polluante, à l’échelle des hommes… Or, d’après Corinne Lepage, on a justement tué la filière photovoltaïque en France ! On nous bassine avec la non rentabilité supposée du procédé (on obtient aujourd’hui des rendements d’à peine 20%). Oui mais, la recherche progresse. Et si demain on se donnait les moyens de découvrir le secret du rendement miraculeux de la photosynthèse ? D’essayer de s’en approcher, seulement ? Qu’on se mette à fabriquer à très grande échelle de telles cellules ?  Qu’on en barde nos bâtiments, nos routes, nos véhicules, nos usines, nos vêtements.. ? Vous n’allez pas me dire que ce serait plus cher que les baladeurs à deux balles ou l’électronique « grand public » qu’on trouve partout ? Qu’on octroie donc les budgets consacrés au nucléaire à ces recherches d’avenir et ce serait bien le diable si nos brillants chercheurs et ingénieurs ne trouvaient pas une solution « rentable ». Et pourquoi a-t-on abandonné les fours solaires inventés par Felix Trombe (également spéléologue) et qui marchaient si bien ?

A ne pas vouloir regarder la lumière en face, nous nous retrouvons aujourd’hui otages du plutonium. Face au soleil, modernes Icares radioactifs, nous risquons de nous brûler les ailes au feu nucléaire. Dans ce domaine, il y a de la mauvaise foi chez les gouvernants de tous bords… Vous avez voté ?