Marseille archipel plongéeLa deuxième plongée avec Archipel, l’après midi, a lieu sur l’Ecueil du Miet, un haut fond entre les îles Jarre et Plane affleurant à 3 m sous la surface et finalement assez peu visité. L’ambiance est ici bien différente des tombants des îles. Une plaine de posidonies, des rocs arrondis chevelus d’algues mousseuses, a priori sans aucun charme… Mais un courant permanent trahit une zone de chasse ou toute rencontre est possible. Et des rivières d’eau chaude coulent au sein de la masse bleue trahissant la présence d’une source ou pour le moins d’un régime des eaux complexe.

Et il y a ce roc… Par vingt mètres de fond, la dangerosité de l’écueil se révèle : un soc inversé labourant presque la surface ridée de lumière, insoupçonnable à ras de l’eau et guettant les quilles de bois des navires antiques approchant de Marseille. Combien de fortunes de mer ont eu lieu ici au cours de 4000 ans de commerce maritime ? Sous un certain angle, je saisis la ressemblance de l’écueil avec un crâne humain aux orbites sombres, comme le destin de ceux n’étant pas nés sous une bonne étoile…

archipel plongée écueil du mietSur le fond de sable au pied de la roche, Yannick soulève une coupole de terre cuite : nous sommes agenouillés sur un champ de tessons d’amphores ! L’air de ne pas y toucher, pour ne pas être taxés de pirates, nous soulevons gentiment d’autres pièces… N’empêche, j’aimerais bien à cet instant avoir sous la main un bonne suceuse ! (Précisons pour nos lecteurs non spécialistes qu’il ne s’agit pas là d’une subite pulsion grivoise : la suceuse est une sorte d’aspirateur sous-marin qui permet de dégager les sédiments…) De toute façon, le site a déjà du être fouillé et les investigations non officielles sont en France strictement interdites. Reste à rêver à toutes ces cargaisons, empilées sans doute les unes sur les autres, à ces petites histoires individuelles qui constituent la grande. D’ailleurs, plus prêt de nous, un autre navire a fait naufrage ici, le Batavia, chargé de sacs de ciments qu’on retrouve empilés un peu partout. Mais je suis plus sensible à la poésie de l’argile de potier et du vin résiné qu’à la poussière de ciment solidifié… A la recherche des restes de l’épave, nous suivons néanmoins les sacs comme le petit poucet…

épave Marseille Batavia archipel plongéeEt au sud ouest de l’écueil, dans un nuage de girelles et de castagnoles, quelques membrures orange émergent des posidonies… Il ne reste pas grand chose du batiment : Une cage thoracique rougie d’éponges presque enfouie dans la végétation. Quelques poulpes arpentent les travées rouillées d’un tentacule parcimonieux et discret.

Au ras du sable, une petite ouverture… En position « turbot », je m’insinue sous la tôle qui gémit. Yannick vient se placer dans le cadre, se demandant sans soute ce qu’il vient faire dans cette galère…  il ne peut pas savoir que j’ai des gènes cavernicoles et que la moindre cavité m’attire ! Et puis dans les recoins sombres, il y a toutes les chances de débusquer quelque espèce craintive… Quelques photos plus tard, nous rebroussons chemin à reculons.

plongée Marseille archipelPrenant un peu de hauteur sur le chemin du retour j’avise de curieux canyons parallèles qui trépanent la prairie. Voici les fleurs de la jungle : Les parois sont couvertes de gorgones oranges du plus bel effet. Un peu plus loin, c’est une éponge garance sertie d’une couronne d’anémones jaunes qui donne à cette plongée une couleur presque caraïbe. Laissant reposer mes pensées sur les dunes bleues du  sable lointain, je m’attends presque à voir apparaître une escouade de requins tigre… Ce banc de saupes fera l’affaire !

D’autres trésors de couleur parsemés dans la plaine désolée viendront conclure cette plongée finalement passionnante de près d’une heure. Sur le bateau, déroutés par l’apparente banalité des lieux, quelques plongeurs se lamentent de la monotonie de leur plongée. Ils n’ont vu que des algues et sont tout surpris de la grandiloquence de notre récit. Encore n’ai-je pas tout dit… S’il n’est de pire sourd que celui qui ne veut entendre, il n’y a pas plus malheureux plongeur que celui qui ne sais voir. Pour ma part, j’adore ces plongées qui ne vous sature pas de beauté tapageuse, de ces plongées servies sur un plateau, belles certes, mais tellement évidentes que tout le monde les a faite. J’aime rester acteur de mon voyage sous les eaux, me raconter des histoires de trésor, retrouver ma vocation enfantine d’explorateur… Parmi les mille sirènes de la mer, c’est parfois la moins aguicheuse qui a le plus grand coeur…

Marseille plongée archipel Madrague de MontredonC’est alors que par bravade, je déclare : « Ce qu’il me faudrait maintenant, c’est un poisson lune ! ». Aux commandes du Monte Cristo, Eric vient justement de virer de bord. Au bout de son doigt tendu vers le bleu, quatre poissons lune en formation flottent presque en surface ! Un autre, beaucoup plus gros, lutte avec une mouette, non loin de là… 5 poissons-lune : Pas mal pour un début ! Je ne savais pas encore que la plongée du lendemain me laisserait à cours de superlatifs…

Si vous aussi vous voulez faire cette plongée (et tant d’autres !) : Archipel centre de plongée – port de la Madrague de Montredon – 48 bd du Mont Rose – 13008 Marseille. Tel : 04 91 25 23 64 – 06 09 52 37 12. [email protected]