C’est un fait que les pharmacies m’exaspèrent. Leur floraison à tous les coins de rues avec ravalement régulier de façades toujours plus luxueuses m’apparait suspecte. Voilà un juteux commerce qui n’est pas prêt de connaitre la crise ! Certes on y rencontre de jolies préparatrices (qui d’ailleurs ne préparent plus rien) mais ces officines sont toujours bondées, emplies d’ (im)patients, ordonnances longues comme le bras et cartes vertes en main et surtout de rombières désœuvrées tentant d’endiguer l’outrage des ans à coup de DHEA et autres poudres de Perlimpinpin. C’est le dernier endroit où l’on cause, entre le salon de coiffure et l’esthétichienne traqueuse de poils… Gommeurs de bourrelets, compléments vitaminiques, renforçateurs d’érection et gels intimes sont à l’honneur, dégoulinant de présentoirs élaborés couverts de créatures de rêve.

Jusque là, tout va bien et les « pharmaciens » plus ou moins compétents y vont de leurs conseils avisés (sans rire), briefés qu’ils sont par les multinationales à coup de séminaires, de préférence en des lieux paradisiaques propres aux galipettes adultérines. Alimentées par des médecins complices qui distribuent les ordonnances de placebo à la cadence d’une mitrailleuse lourde trouant le budget de la Sécu, les pharmacies se portent bien. Ce serment d’Hippocrate me semble de plus en plus un serment d’hypocrites. Bref… Comme toujours, je caricature à gros traits et je plaint les pharmaciens intègres à qui l’on impose de longues études pour vendre au final de la crème de concombre et de la poudre aux yeux…

Mais voilà que l’honnête homme à la recherche de médicaments (des vrais, c’est à dire en gros des antibiotiques ou de l’Opium…) est vite suspecté de trafic de drogue. Je m’explique. Il se trouve qu’un enfant de la tribu toussait depuis 3 nuits, empêchant tout le monde de dormir, et souffrait lui même le martyr. Il avait besoin selon moi d’un soupçon de codéthyline (substitut de la codéine, elle même substitut d’opium…) seule efficace contre ce type de toux (j’ai aussi été enfant…). Halte là ! Voilà qu’on a plus le droit de donner ceci aux enfants en deçà d’un certain age. Trop honnête et ayant dit la vérité, j’étais recalé à deux mois de la « limite » (au delà, on peut les droguer sans vergogne…). Mais avant cette date fatidique (indépendante du poids, du « terrain » et du métabolisme, c’est à dire, sans fondement réel), le malheureux tousseur rebelle doit ingurgiter des sirops élaborés, totalement inefficaces voire allergènes. Ruant un peu dans les brancards, arguant de la codéine en vente libre pour ne parler que d’elle, j’étais « vertement » remis à ma place par une tenancière moustachue, et suspecté illico d’être un empoisonneur, voire un pédophile particulièrement pervers et bien informé. Que de belles précautions ! Ayant bien connu plusieurs pharmaciennes, je savais que juste sous la caisse gisaient des monceaux de boîtes vertes de Néo-codion. De la Codéine presque pure en vente libre coutant quelques sous, utilisée principalement comme substitut de l’héroïne par les malheureux souffrant de cette dépendance. Ces médocs sont  stratégiquement placés là à destination des junkies en manque, prêts à tout casser pour avoir leur dose. Une panacée participant pour beaucoup au chiffre d’affaire quotidien de ces commerces bien pensants… Un pour tousse, toux pour un !

Vous êtes nase ? Essayez donc Extra Nase !

Ne revenons pas sur le scandale du Mediator (médicament pour les guitares ?) et autres poisons concoctés par les labos pharmaceutiques qui transforment parfois la mort en or… Leurs services marketing ont les moyens de s’acheter les meilleurs campagnes de pub pour vanter les mérites de produits dont on sait qu’ils aggravent souvent les maux (antidépresseurs, benzodiazepines et autres somnifères en passant par les pilules miracles pour maigrir). Le choix du nom d’un produit est sans doute déterminant pour les consommateurs que nous sommes. Et pourtant, quelle rigolade ! En proie aux affres d’un rhume polymorphe attrapé dans l’incubateur géant du TGV, je faisais mes emplettes dans la pharmépicerie du coin pour tenter de faire désenfler mon groin quand je tombais sur cette étonnante potion à l’ananas… Quel génie de la communication a donc accouché de ce nom de marque ? J’ai tellement ri que j’expectorais illico mon mal sur le carrelage de l’établissement, grosse amibe gluante qui semblait douée de vie, autre méfait du tabac. Et me retrouvais guéri. Encore merci, extranase !

Vivre tue…

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul (après cette subtile transition littéraire vers l’herbe à Nicot), je tombais en sortant sur ce magnifique paradoxe, autre absurdité au pays d’Ubu roi… Vous avez sans doute remarqué ces petits cendriers dans les lieux publics, et même dans les trains. Il est devenu interdit de fumer partout. Soit. Toutefois, voici quand même des cendriers pour ne pas salir partout. Oui mais il est interdit de fumer… Dilemme : écraser sa cigarette dans ce receptacle interdit ou à côté ? Je n’ai pas su trancher. Et vous ?

Je reprendrais bien un peu d’Extranase ! On vit une époque formidable… Bonjour chez vous !