Coincé une fois de plus dans un TGV, je cédais à la tentation d’un achat dans le « wagon restaurant » qui propose régulièrement (voix faussement enjouée et larsenisée, au moment où on commence à s’assoupir…) : « un choix de friandises salées ou sucrées »… Direction donc le temple de la malbouffe micro-ondée. Je jette mon dévolu sur une barre eat natural au packaging très réussi. On y croit.

Mais que ne feraient pas les industriels de l’agroalimentaire pour surfer sur la vague écolo/commerce équitable/manger bio, défendue par des hobereaux aussi mal informés qu’opportunistes ? Le site du fabricant (dans l’Essex) est un modèle du genre et plus d’un gogo doit s’y laisser prendre… J’aime particulièrement le brave cultivateur de noix de macadamia. Ce type là sent le bio à plein nez. Tout cela parait équitable. Toutefois, on aurait pu remplacer la photo par celle d’un cantonnier de Marseille sans que cela change grand chose à la réalité.

Ceci n’est pas du sucre

Manger naturel… « Et rien de douteux »… Ah bon ? C’est cette ultime hypocrisie qui m’a fait bondir. Par curiosité et désœuvrement, je jetais un œil sur la composition (prévoir un microscope). Aucune mention de cette huile de palme utilisée très probablement pour solidifier le bazar et dont on dit qu’elle est toxique ? Bénéfice du doute… Par contre, voilà cet omniprésent sirop de glucose ! Ce « corn syrup » qu’on retrouve absolument partout. Baaah, c’est du sucre, où est le problème ? Oui mais c’est du sucre de synthèse, obtenu par hydrolysât  de farine de maïs et qui est suspecté d’être la cause directe de l’épidémie mondiale d’obésité.

On consultera à ce titre le livre terrifiant de William Reymond : Toxic, paru en 1987 et réédité en version poche illustrée. Ou l’on apprend que ce sirop de sucre sert surtout à écouler l’excédent de production de maïs américain avec des implications incroyables sur la santé, la géopolitique et la ruine des producteurs de canne à sucre. Pas très bio tout ça… Le fait que cette mention obligatoire arrive en fin de liste signifie que sa teneur est  inférieure à 12 %. Nous voila rassurés !

Évidemment je suis assez mal placé pour faire la morale vu ce que je m’enfile comme saloperies diverses (litres d’aspartame des boissons light, autre poison dénoncé causant peut être le cancer du foie, sans parler du tabac) mais ce qui m’exaspère est ce nouveau marketing bien pensant, cette « désinformation verte » qui donne à penser qu’enfin, on se nourrit correctement grâce à ces producteurs responsables. Bien sûr, j’engloutissais illico cette barre (d’ailleurs pas mauvaise) et ne tombais pas raide mort. Ce n’est quand même pas du cyanure et à vrai dire je m’en fout. Je sais aussi que mon espérance de vie augmente à chaque minute, grâce à notre style de vie, des progrès de la médecine et blabla. Mais on nous prend vraiment pour des jobards : cette barre a la même composition que les autres cochonneries du même genre. Le marketing domine vraiment le monde et nous amène droit dans le mur…

Il se trouve que le soir même, je visionnais une redif du documentaire de Laurence Serfaty Neuromarketing : des citoyens sous influence ? Un docu exceptionnel de pertinence qui met les points sur les maux. Une plongée édifiante dans les coulisses des professionnels du « marketing agressif » que je vous recommande. Car, au même titre que le livre Toxic, il devrait  changer votre vision de nos habitudes de consommation (en ce moment sur Planète). Hasard ? Le lendemain, je voulais acheter un Mac Book Air. Il attendra. A la place, je suis allé faire un tour sur le Vieux Port. C’était mieux !



Fast ou slow food ?

Action/Réaction : chez les penseurs qui mènent la danse, la tendance est au slow. La nouvelle formule du magazine sévèrement tronché Nouvelles Clés est en kiosque. Maquette hyper classieuse, collaborateurs haut de gamme et rédaction en chef de Patrice Van Eersel, l’histrion des nouvelles cultures, ancien d’Actuel et auteur de plusieurs livres très originaux (le cinquième rêve…).

De la très belle ouvrage. L’élitisme intellectuel n’est qu’apparent et on apprend plein de choses. Il y a même des pages humour rappelant l’inoxydable Almanach Vermot avec les perles de la presse locale, ce qui est toujours désopilant et dont voici mes préférées :

« Il abusait de la puissance de son sexe pour frapper son ex épouse »

(La République du centre)

« Il remue la queue en cadence comme un soldat à la parade »

(L’Aisne Nouvelle)

Entre deux cours de philo, ce n’est pas mal… Longue vie à ce magazine intelligent et à tous les goinfres d’aspartame et j’en passe…