Pollock : des fractales en toc ?

Je tombe sur une vieille polémique à propos du peintre Jackson Pollock : ses éclaboussures seraient fractales ! Voici l’histoire…

Il se trouve qu’un des tableaux du maître – Blue Poles, Number 11 (c’est la référence de l’acrylique…) – a été acquis en 1972 par la National Gallery of Australia de Canberra pour la coquette somme de deux millions de dollars.

Le physicien australien Richard Taylor eu l’idée de scanner l’œuvre et d’analyser par informatique la palette de couleurs et les trajectoires de peinture. Et il trouva la dimension fractale de 1,72… Il découvrit aussi une « variation fractale » chez l’artiste : de 1 à ses débuts en 1943 à 1,5 en 1947. L’artiste semblait se fractaliser en vieillissant…

Qui était Pollock ? Voila le documentaire qui en a fait un héros de la « contre culture » (il y a même eu un film long métrage interprété par Ed Harris…), où l’artiste détaille sa technique. D’ailleurs, je ne sais pas si quelqu’un a pensé à récupérer ses pompes : elles doivent valoir des milliards aujourd’hui !

Quel personnage « haut en couleurs » ! Et que d’histoires… Vautré dans la fange pictourale il advint que ce gros fumeur perdit un jour un mégot qui se colla sur la peintoure fraîche. C’était si beau que l’artiste transforma désormais ses toiles en cendrier. A se demander s’il ne se passa pas ensuite de toilettes…

On va encore dire que je ne comprends rien à l’art moderne, ce qui est parfaitement vrai !

Évidemment, c’est spectacoulaire de voir un peintre jeter ses pots de peinture (mourale) sur la toile… Il a finalement trouvé la mort en 1956 dans un accident de voiture. Je compatis mais en même temps, quelle libération : être entouré de semblables vomissures toute sa vie, ce n’est pas une vie, justement. Je le sais : depuis deux ans je suis envahi par les fractales (goût de chiotte prétend mon fils…). C’est pas drôle tous les jours…

L’artiste funambule produisait donc des fractales ! A ma connaissance, il n’a jamais revendiqué peindre avec le chaos… Mais évidement, un mouvement oscillant répétitif (il se faisait attacher et balancer au dessus des toiles), et des taches aléatoire de peinture aboutissent forcément à l’apparition de fractales. La prestigieuse Pollock Krasner Fondation a même fait appel à l’équipe de chercheurs pour authentifier des œuvres douteuses, sur la base de leur prétendue dimension fractale… Mais une contre étude réalisée à partir d’un erzatz fabriqué en 2′ sur Photoshop a montré qu’il présentait aussi une dimension fractale. Nous gribouillons tous en fractales ! Ce qui est regrettable dans cette affaire c’est que cela donne à toute cette foutaise une justification scientifique que beaucoup de publications ont repris dont les plus prestigieuses comme Scientific American ou Nature par exemple. Et quantité de blogs et de galeries vantent aujourd’hui la dimension fractale des œuvres de Pollock. Comme un diplôme !

Fractale ou pas, qu’importe après tout. La question est : à-t-on envie d’avoir ça sous le nez en permanence ? C’est vous qui voyez ! En tout cas, ce qui n’est pas à discuter c’est la cote de l’artiste : en 2004, un tableau de Jackson Pollock a été vendu pour un prix record de 11,6 millions $US chez Christie’s… De quoi créer des vocations de faussaires, non ?

J’ai donc fait quelques simulations en utilisant la charte de couleur du peintre (toute façon, c’est pas dur, il utilisait les pots de peinture murale des supermarchés). Et je peux vous garantir qu’on va trouver des fractales dedans, vu que ce SONT des fractales… Voilà la toile la plus célèbre (le fameux untitled, ca. 1948–49) et celle à partir de laquelle les recherches ont été faites…

Avec Apophysis ça ne marche pas : trop beau ! Voilà quand même quelques essais, dans la série des « gnarlies ». Attention : la signature est vraie mais ce sont des faux ! Je suis quand même très fier de mes effets « pictouraux » dans Apophysis, qui n’est pas fait pour cela…

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Avec Photoshop, c’est l’enfance de l’art, soit avec des brosses, l’outil fluidité ou des filtres comme Splat ou KPT…

Mais la solution ultime c’est Processing, un environnement de développement libre dont je vous reparlerais… Je vous ai donc concocté cette machine à faire des Pollock’s… (réservé au navigateurs modernes avec Java…)

Voyons… 11,6 millions de dollars, multipliés par… à raison de… Bon. Ça, c’est fait ! Programmons maintenant d’autres artistes, tant qu’on est dans la vente… Voyons, du classique… Goya ? Renoir ? Delacroix ? Hou làaaa… Non, restons dans les tâches !

D’autres petits malins ont développé l’équivalent en flash (Pollock org ou encore iPollock) et c’est… merveilleusement relaxant : barbouillez !

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10 commentaires sur “Pollock : des fractales en toc ?

  1. Une autre façon de balancer du point sur la toile : les pinceaux ont du souci à se faire mais quelle créativité ici, monsieur Le Guenock ! Pollock aurait certainement été très intéressé de découvrir ce post(moderne)…

  2. Bonjour Fran6,

    Il avait plutôt un esprit sportif pour se balancer au dessus de ses toiles (on ne peut pas lui retirer ça), mais je crois qu’en matière d’art, beaucoup se sont essayés à pas mal de rocambulesqueries.
    Dans les années soixantuitardes, il y avait un slogan qui disait : l’art est mort. Que faut-il en penser ?

    Sous couvert de cette pensée intuitive, y aurait-il un autre art en perspective, peut être avec les fractales…
    Bonne semaine à vous et votre famille

    • Au delà de la démarche artistique (ici le vol plané), ce qui me tue c’est le résultat : c’est moche ! Encore que dans ce domaine subjectif, le débat soit ouvert… Et depuis longtemps 😉
      Je ne pense pas que l’art soit mort. Les moyens de l’exprimer et les outils se sont multipliés ces derniers temps mais les « vrais » artistes demeurent, dans différents domaines d’activité. Bonne semaine. Ici, pas un nuage… 🙁

  3. Et si la question de cet art moderne n’était que celle du déterminisme ? Les peintres « classiques » pensent faire de l’Art par la maîtrise de la représentation, Pollock malgré les apparences maitrisait tout autant son mode de représenatation. Qu’il y a-t-il de plus « déterminée » qu’une fractale ? Ce n’est pas Francis qui va dire le contraire !
    Pour ceux qui n’en auront pas assez je peux mettre une petite couche de Spinoza et de ses contingences -:).

  4. Une petite couche de Spinoza : c’est le nouveau beurre riche en Omega 3 ? 😆
    Attention Henry, si vous sortez Spinoza, je remonte jusqu’à Laplace dans son Essai philosophique sur les probabilités. « La connaissance du présent conduit à celle du passé, comme de l’avenir… ». Cette causalité, ce déterminisme (l’effet suit la cause et non l’inverse) est peut être faux. Les travaux d’Alain Connes, par exemple, sur la géométrie non commutative permettront peut-être un jour de découvrir des causes engendrées par des effets. En clair, inverser la flèche du temps et voyager dans le passé…
    Je cherche quelle représentation fractale pourrait illustrer ce concept… Merci ! Encore une semaine à l’aspirine…

  5. Pour ma part, je pense que ce qui fait la valeur du travail de pollock ou d’un autre c’est autant la démarche que la méthode pour l’illustrer.
    Le souci c’est que pour illustrer sa démarche pollock utilise une méthode qui est obscur pour le publique (même parfois pour ceux qui aiment) tout simplement parce que je ne pense pas qu’il avait complètement conscience du potentiel de celle-ci. Le mot « fractale » est un néologisme de Mandelbrot du milieu des années 70 je crois et pollock est mort au milieu des années 50 (56 me dit google) donc déjà il savait pas précisément ce que c’était une fractale même s’il était capable d’en avoir une vague conception dans sa création.
    Après, du point de vue purement esthétique, on ne va pas se mentir, c’est clairement pas un truc que tu contemples régulièrement pour le plaisir. Tu le vois une fois, tu peux (ou non) être touché par la démarche artistique ou saisir le concept du cycle dans un cycle qui crée une grande mosaïque (précurseur du concept et même du mot « fractale » d’où le côté cool en fait) à postériori donc et te rendre compte qu’il avait quand même des idées le bonhomme même s’il ne maitrisait pas totalement certains éléments essentiels dans le processus de création (ce qui peut justifier que certain pensent que c’est un peintre du chaos).
    J’en revient à mon point de vue.
    Je n’ai pas vraiment d’avis aussi tranché que le votre sur la question.
    Autant ça fait un peu beaucoup le glandu new-age qui peint n’importe quoi sur une toile et fait passer ça pour de l’art.
    Autant si les démarches invoquées sont vraiment celles à l’origine de ses oeuvres (qui en seraient de vraies pour le coup) alors le mec est vraiment bon et il donne une dimension mathématique à des créations artistiques et là c’est carrément sur le plates-bandes de types comme Bach.
    Donc comme je n’ai pas la science infuse et qu’en tant qu’homme le doute m’est permis, j’aurais tendance à penser plutôt en terme de probabilités sur le sujet plutôt qu’en vérités annoncés et, me semble-t-il, définitives.
    Par contre je suis définitif sur un point: moi ma sensibilité elle aime pas pollock parce que elle trouve pas ça joli. C’est arbitraire je sais mais je m’en tamponne l’oreille avec une babouche. Parce que même si en définitive le fin mot de l’histoire c’est qu’il serait effectivement un génie créatif, ses tableaux ne seront pas plus agréables à regarder pour autant.
    Après ce n’est que mon appréciation personnelle de la valeur esthétique du résultat et ça n’appartient donc qu’à moi.
    A chacun de se faire son opinion au final même si je ne pense pas qu’une simple résolution dichotomique de c’estdugénie/c’estdelamerde soit forcément la meilleure voie de réflexion voilà tout.

  6. « précurseur du concept et même du mot “fractale” d’où le côté cool en fait »
    correction
    « précurseur d’une certaine manière du concept et même du mot “fractale” ce que certains considèrent comme le côté visionnaire de pollock à postériori »
    Ça manquait de clarté, c’est corrigé.

  7. Pingback: Du Paintball et des fractales | Le BloGuen : science, voyage, plongée, image, art fractal...

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