La topologie est la science des surfaces ; cette partie de mathématiques qui s’occupe des formes, des transformations entre-elles et de leur classification souvent contre-intuitive. Ainsi, sont considérées comme semblables topologiquement des surfaces qui peuvent se changer les unes en les autres par de simples déformations. Par exemple, un cube est le même objet qu’une sphère ! Par contre, pour obtenir un tore à deux trous (une « fougasse »), il faut impérativement « molester » le tore initial et lui creuser un autre trou : les deux objets sont différents !
Toujours est-il que cette nouvelle discipline (inventée et formalisée par Henri Poincaré) a permis à un certain nombre de pervers d’inventer ou de prédire des formes invraisemblables mais qui pourtant existent ; dans notre monde à 3 dimensions ou dans des dimensions supérieures…
Le visionnaire
Werner Boy (1879 – 1914) est le découvreur éponyme d’une de celle-ci : La surface de Boy. C’est une projection tridimensionnelle d’un plan (surface) projectif réel sans la formation d’une singularité, ce qui était la première de la sorte.
Il l’imagine en 1902, suivant ce qu’en disait son maître David Hilbert qui essayait quant à lui d’en réfuter l’existence. Mais, sans ordinateurs, Boy ne pouvait pas dessiner un modèle paramétrique de cette forme. C’est le Français Bernard Morin qui le fera en 1978 !
Ce solide à ensuite été étudié mathématiquement et de manière approfondie par Jean-Pierre Petit et Jérome Souriau en 1981.
J’avoue qu’avoir eu cette idée dans les années 1900 et « visualiser » ce solide sans l’utilisation de l’informatique qui n’était pas encore inventée me confond… Mais ces gens ne sont pas câblés comme tout le monde…
Jean-Pierre Petit dit d’ailleurs de lui : Boy imagina un jour que « l’espace projectif de dimension 2 » pouvait faire l’objet d’une représentation dans l’espace 3D sous forme d’une « immersion ». Hilbert fut très intéressé par cette découverte majeure. Il dit à son élève « on en reparlera après l’été », puis il partir en vacances. A son retour il attendit vainement le jeune Boy. Il avait résilié sa location chez sa logeuse et s’était… volatilisé. Hilbert se mit vainement à sa recherche, en vain.
On ne sait même pas où il est enterré. On sait juste qu’il est mort à 35 ans, lors de la bataille de la Marne, près de Vitry le François durant les premières semaines de la Première Guerre mondiale. Encore un beau gâchis !
A propos de Jean-Pierre Petit, notre iconoclaste scientifique, je recommande sa série de bandes dessinées de vulgarisation, téléchargeables gratuitement et qui offrent un autre regard facétieux sur de nombreuses bizarreries mathématiques…
Sous la surface…
Voilà donc encore une bête plus dérangeante que la bouteille de Klein qui reboucle sur elle même. C’est topologiquement une sphère creuse retournée sur elle même mais qui n’a qu’une seule surface et pas de bords !
La surface de Boy peut aussi être « vue » comme une sphère dont on a recollé deux à deux les points antipodaux, ou encore comme un disque dont on a recollé deux à deux les points diamétralement opposés de son bord. On peut également la construire en recollant le bord d’un disque sur le bord d’un ruban de Möbius. On obtient ainsi une représentation du plan projectif et donc de la surface de Boy. Pour y parvenir, la surface doit nécessairement se traverser (dans notre espace 3D). Pour y voir plus clair (!) voici la vidéo « pas à pas » de sa construction, réalisée par Jos Leys.
Ou encore : Un autre rendu de la vilaine bête. Attention : à trop regarder ces figures du diable on peut ressentir de violents maux de tête !























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