Conversations avec mon agent – Rob Long. Je relis en ce moment avec délectation ce petit livre dont il existe une version française éditée en « format haut » chez l’excellent éditeur Actes Sud. Précisons (car je viens d’acquérir de nouvelles connaissances) que le livre est imprimé avec la police Garamond sur du papier ivoire, 80 g, bouffant. Au passage, le même papier que mon prochain livre Au-delà. Mais qu’importe le support pourvu qu’on ait l’ivresse ?
Pitch
C’est une chronique satirique qui démarre à un moment clé de la vie de l’auteur : la fin de la série culte Cheers. À peine sorti de son école de cinéma, le jeune narrateur (Rob Long lui-même) avait touché le gros lot en devenant scénariste et coproducteur pour ce show à l’audience phénoménale. Mais lorsque la série s’arrête, il se retrouve brutalement face au vide et à une question angoissante : « Y a-t-il une vie après Cheers ? »
L’intrigue suit pas à pas sa longue traversée du combattant, surnommée l’« enfer du développement », entre chaînes, agents et studio, pour tenter de créer et vendre une toute nouvelle série télévisée. C’est le récit de la métamorphose d’un jeune créateur idéaliste en un « professionnel » endurci, naviguant dans un écosystème où l’art de la comédie est devenu une industrie froide seulement gérée par des financiers. C’est rédigé comme un scénario (INT jour – EXT nuit, etc) et c’est savoureux.
Le massacre ordinaire
Guidé par son agent (une femme au cynisme féroce, dotée d’un sens commercial redoutable et d’une ironie cinglante), le narrateur enchaîne les rendez-vous avec les responsables des grands réseaux de diffusion américain. Pour plaire, il doit condenser ses idées en quelques phrases accrocheuses, souvent jusqu’à l’absurde.
Voilà qui rappelle étonnamment « Le script » de Rick Moody à propos – spoiler, d’un scénario qui justement, n’existe pas mais qu’on s’arrache et dont tout le monde parle.
Une fois qu’une chaîne accepte de financer un épisode pilote, le véritable cauchemar commence. L’auteur subit la pression constante des cadres de studios qui exigent des modifications non négociables. Il est contraint d’expliquer rationnellement le moindre de ses ressorts comiques, désamorçant ainsi toute spontanéité et détruisant l’essence même de son texte d’origine.
Au milieu de ce chaos, la relation avec son agent est le fil conducteur du récit. Le livre alterne les sessions d’écriture décevantes et les appels téléphoniques frénétiques. L’agent passe son temps à lui imposer de nouvelles exigences ou à décrypter les codes hypocrites d’Hollywood, alternant entre une loyauté indéfectible et un pragmatisme monstrueux.
L’intrigue culmine avec l’angoisse de la production, où le sort de mois de travail se joue sur les courbes d’audience de l’audimat américain, capables de faire valser les projets et les carrières en une seule nuit. Pourquoi tout cela me rappelle-t-il de cuisants souvenirs ? 🙂
Je hais les acteurs
J’avais déjà parlé ici de ce livre (de Rob Long), à l’époque où j’étais en négociation pour une nouvelle série des Carnets de Plongée. Dans ce monde de la télé que je connais bien pour l’avoir pratiqué quelques années. Et dont je ne pense pas moins…
Une saine lecture à rapprocher de l’incontournable et néanmoins désopilant « Je hais les acteurs » de Ben Hecht. Il était scénariste à Hollywood et nul mieux que lui n’a su croquer les travers parfois peu glorieux des comédiens…
Vous ne regarderez plus vos séries télé préférées de la même façon !
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