Chourmo – Jean-Claude Izzo

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Chourmo – Jean-Claude Izzo. C’est un roman attachant où l’on retrouve toute l’âme de Marseille avec ses quartiers chargés d’histoires, ses rues exhubérantes, son littoral exceptionnel et sa faune bigarrée. Le « chourmo » à Marseille, c’est la « galère », la « démerde », c’est là où tout le monde rame comme il peut et se dépatouille. Mais toujours avec la dérision, un rien désabusée, une certaine joie de vivre, les rayons du soleil… Qui éclairent parfois des scènes bien noires…

On retrouve avec plaisir le flic Montale, presque à la retraite, dans ce volume de la trilogie marseillaise de Jean-Claude Izzo. Total Keops (1995), Chourmo (1996) et Solea (1998). 3 livres connus aussi, regroupés, dans « La trilogie Fabio Montale ». Les Goudes, la Cannebière, les quartiers nord…

Fabio, ancien flic des quartiers nord, n’a pas quitté la police de son plein gré : on l’a poussé dehors pour avoir trop bien fait son travail, pour avoir dérangé les équilibres fragiles d’un Marseille où la vérité gêne. Depuis, il s’est retiré du tumulte, menant une vie discrète, entre la mer qui l’apaise, les bars où il s’attarde, et les petites habitudes qui rythment ses journées.

Mais sa cousine Gélou vient briser cette retraite. Elle lui demande de retrouver son fils disparu, un adolescent happé par une histoire trouble, liée à une jeune femme d’origine maghrébine. Fabio, malgré lui, reprend le fil de l’enquête et se retrouve à nouveau plongé dans les réseaux obscurs de sa ville : violences racistes, montée des extrêmes, trafics souterrains, tensions autour des immigrés. Pourtant, au milieu de cette noirceur, subsiste la solidarité des chourmo, ces compagnons de rame qui avancent ensemble, coûte que coûte.

Le récit se déploie alors comme un polar traversé de critique sociale, mais aussi comme une élégie : une grande nostalgie pour ce Marseille populaire qui s’efface peu à peu. Montale, figure désabusée, incarne ce regard lucide et blessé, témoin d’une cité qu’il aime autant qu’il la déplore, profondément attaché à ses pierres, ses voix, ses mémoires.

« C’est Marseille qui appartient à l’exil. Cette ville ne sera jamais rien d’autre, la dernière escale du monde. Son avenir appartient à ceux qui arrivent. Jamais à ceux qui partent.
– Oh ! Et ceux qui restent, alors ?
– Ils sont comme ceux qui sont en mer. On ne sait jamais s’ils sont morts ou vivants. »

L’auteur : Jean-Claude Izzo

Jean-Claude Izzo

Jean-Claude Izzo

Jean-Claude Izzo est un écrivain marseillais emblématique, connu pour ses romans policiers ancrés dans l’univers de Marseille. Né le 20 juin 1945 dans cette ville et décédé le 26 janvier 2000 d’un cancer à l’âge de 54 ans, il était fils d’immigrés italien et espagnols. Journaliste engagé, poète et romancier, il a marqué la littérature française par sa « trilogie marseillaise ».

Issu du quartier du Panier, Izzo a exercé divers métiers avant de devenir journaliste au quotidien La Marseillaise, dont il fut rédacteur en chef. Militant pacifiste et communiste dans sa jeunesse, il a connu des périodes difficiles, comme son service militaire à Djibouti marqué par une grève de la faim. Il s’est installé plus tard à Saint-Malo puis à Ceyreste, tout en restant profondément attaché à Marseille.

Sa trilogie avec le héros Fabio Montale – Total Khéops (1995, Trophée 813), Chourmo (1996, Prix Sang d’encre) et Solea (1998) – dépeint Marseille, ses mafias, son multiculturalisme et ses bas-fonds avec passion. Parmi ses autres succès figurent Les Marins perdus (1997) et Le Soleil des mourants (1999). Poète prolifique dès 1970 (Poèmes à haute voix), il a aussi écrit des nouvelles et des biographies comme celle de Clovis Hugues.

 

« Je pris par la Corniche. Juste pour avoir la baie de Marseille plein les yeux, et la suivre ainsi qu’une guirlande de Noël. J’avais besoin de me convaincre que cela existait. De me convaincre aussi que Marseille est un destin. Le mien. Celui de tous ceux qui y habitent, qui n’en partent plus. Ce n’était pas une question d’histoire ou de traditions, de géographie ou de racines, de mémoire ou de croyances. Non, c’était ainsi. Simplement. On était d’ici, comme si tout était joué d’avance »…

 

Une série de télévision

Adaptée à la TV avec Alain Delon (Fabio Montale), son œuvre reste controversée mais adulée. Un collège et une place portent son nom à Marseille, dans le Panier et à Euroméditerranée. Son site officiel, tenu par son fils, célèbre ses lieux fétiches comme les Goudes ou l’Estaque.

 

Solea

Par facilité, et pour boucler l’histoire « Montale » de cette trilogie marseillaise, je me suis cogné avec plaisir le troisième opus, « Solea » dont le titre est tiré d’un morceau de Miles Davis (on se rappelle que Jean Claude Izzo était un grand connaisseur de Jazz).

Toujours ce style désabusé, un peu noir, qui rappelle les films d’Olivier Marchal. Et Marseille

 

« Chaque fois que quelqu’un te parle de générosité, de confiance et d’honneur, si tu regardes par-dessus ton épaule, t’es presque sûr de découvrir un braquemart prêt à te défoncer le cul. »

 

Publié le Déc 13, 2025

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