Si les fractales et l’art algorithmique en général sont censés obéir à des logiques mathématiques rigoureuses, je choisis parfois de les briser. Benoît Mandelbrot lui-même, qui découvrit la géométrie fractale et l’ensemble qui porte aujourd’hui son nom avait d’ailleurs baptisé ces formes étranges des « fractales », du latin « fractus » qui signifie brisé. C’est en effet dans la faille, dans la rupture, que surgissent souvent des images qui racontent vraiment.
A titre d’exemple, voici quelques manipulations et altérations que j’utilise souvent lors du processus de création. On me pardonnera d’avoir utilisé une présentation en liste à puces, un peu froide, mais qui a le mérite de rationaliser mes méthodes les plus courantes. J’ai même découvert de cette façon quelques liens entre elles…
Une fractale peut évoluer : Il s’agit de créer une série d’altérations. Plutôt que de générer l’image seule, on crée une suite d’opérations. Étape 1 : la forme pure. Étape 2 : la fissure. Étape 3 : l’éclatement. Étape 4 : la résilience. L’image devient une narration séquentielle. C’est une chronique visuelle, une métaphore fractale de mon rapport au monde.
Briser la continuité
Le principe même des formes fractales est leur « autosimilarité », c’est à dire la réplication de leurs motifs à toutes les échelles vers les deux infinis. Il est tentant d’altérer ce processus pour introduire des imperfections créatives, un peu à la manière des « minibrots » du célèbre ensemble…
Ainsi, lors de mes premières explorations de la Mandelbulb. J’ai eu l’idée de la couper en deux ! M’est apparu alors ce monde de canyons profonds, de spirales infinies dont j’ai tiré le tableau No Way Out de la collection Tribal.
Je déconstruis souvent la structure même de la figure fractale. Plutôt que de laisser l’algorithme dérouler sa perfection, je modifie en cours de route : zooms anarchiques, interruptions brutales, coupes, superpositions illogiques, paramètres glissants et ils sont nombreux. Très nombreux ! 🙂
Pour résumer :
- Interruption volontaire de la logique d’itération
- Ajout de fragments d’autres fractales dans des zones ciblées ou sous forme de textures
- Ancrage visuel dans un “point de tension” – là où le motif se contredit
Détourner l’harmonie colorimétrique
La couleur est souvent utilisée pour sublimer une fractale. Moi, je l’utilise pour créer un malaise, une tension. Je casse les palettes cohérentes, je force les contrastes.
Par exemple :
- Introduction de couleurs hors spectre dans des zones paisibles
- Saturation excessive en périphérie et désaturation centrale (effet « Bokeh » inversé)
- Etalonnage des couleurs inspiré de pellicules anciennes ou abîmées
Erreurs volontaires
Ce que certains appellent “erreur”, je l’appelle signature. Je provoque volontairement des « glitchs ». Je fais sauter des pixels. Je laisse le fichier “buguer” volontairement, se replier sur lui-même comme une cellule touchée mortellement puis je récupère ce chaos.
Méthode :
- Exportation dans des formats compressés, puis réimportation et donc altération comme avec des fichiers .JPG par exemple
- Manipulations des métadonnées pour créer des déformations visuelles
- Ajout de bruit numérique et d’autres effets et « salissures » comme textures émotionnelle
Hybridation technique : fractales + analogique
Dans la phase finale, je mêle presque toujours les fractales obtenues numériquement avec d’anciens « gestes » analogiques, comme le can de croquis, l’ajout de textures peintes ou des retouches à la main. Le fractal devient support, plus que sujet.
Mode opératoire :
- Importation dans Krita, The Gimp ou Photoshop pour des interventions manuelles sur des calques, à la souris ou au stylet sur tablette
- Collages numériques avec des éléments organiques : encres, frottages, déchirures
- Projection de l’œuvre fractale sur des surfaces texturées, recapturée ensuite par techniques photographiques
Description
Impression par sublimation sur un support d’aluminium Dibond de 1.14mm. Prêt à poser. 14 formats différents. Toutes les œuvres sont numérotées, signées, et livrées avec attaches murales et certificat d’authenticité.
Informations complémentaires
| Poids | 1 kg |
|---|---|
| Dimensions | 40 × 40 × 3 cm |
| Taille | 40×40, 60×60, 80×80 |
| Couleur |
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Il faut souvent déconstruire pour rendre vivant, considérer l’œuvre comme un miroir instable. Une fractale parfaite peut impressionner. Mais une fractale brisée peut émouvoir. C’est dans la faille que la création devient sincère, touchante, humaine. Je ne cherche pas à maîtriser le chaos – je cherche à lui donner forme. Altérer, c’est aussi accepter de ne pas contrôler. C’est laisser le chaos parler – et parfois, c’est ce chaos qui dit le plus juste. Chaque fractale modifiée devient ainsi un miroir : déformé, fracturé, mais profondément sincère.
Détruire une structure n’est pas gratuit. C’est souvent une manière de dire : “Ce qui était trop parfait ne pouvait pas me contenir.” Il s’agit de donner sens au chaos. La fractale altérée devient alors un récit. Chaque glitch, chaque déséquilibre est un fragment d’histoire visuelle. C’est une grammaire visuelle émotionnelle. Plus un design mais une confession graphique. Et si l’erreur était intentionnelle ? Un pixel sauté, une zone floutée… Autant de micro-messages du genre : “Ici, je doute.” “Là, je me libère.”
C’est presque de l’archéologie ou chaque altération devient une strate à explorer ; comme une fouille visuelle : On gratte, on superpose, on révèle ce qui a été masqué. Les œuvres fractales deviennent des palimpsestes numériques. L’altération n’efface pas, elle réécrit…








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