Exporter les fractales Incendia

Accueil / Fractales / Exporter les fractales Incendia

Le moment est venu de tester Geometrica, le programme fourni avec Incendia et spécialement conçu pour exporter les fractales dans un format universel (.obj) utilisable dans n’importe quel logiciel de 3D. Il s’agit de faire sortir les fractales de la boîte de Pandore, le tout sur les nouveaux Mac « Silicone » évidemment…

Incendia disposait déjà d’une possibilité d’export en .stl (nuage de points) ou .obj (fonction mathématique), en raw voire même en « tranches » de .png puisqu’il procède effectivement à un découpage de la forme en « voxels », des cubes élémentaires : plus ils sont petits plus la forme est précise ; et lourde ! Nous verrons comment on procède, plus bas.

Mais le développeur a ajouté la possibilité d’exporter les fractales en utilisant Geometrica, logiciel optimisé pour l’export des formes issues d’Incendia en .obj (ou .stl). La raison d’être de l’une et de l’autre méthode est un peu confuse et se recoupe dans beaucoup de cas. Retenons que via Geometrica c’est propre, rapide, avec des contrôles sur la forme importée…

Nouvelles générations

Pour faire tourner ces applications sur les nouveaux Macs, nous l’avons vu, il suffit de les installer avec Wine. Au passage, j’ai rencontré des erreurs exotiques en ouvrant Incendia et Geometrica ensemble, ce qui semblait pourtant naturel : en repassant sur Incendia il devient impossible d’enregistrer ni de faire quoi que ce soit d’autre. Perdu. Le logiciel est vitrifié ! Un Wine, ça va, deux Wine, bonjour les dégâts !

En effet, bien que ce soit du Linux, il y a quand même du Windaube dedans… Enfin, ne nous plaignons pas que la mariée soit trop belle : avec Wine, la plupart des applications programmées en Windows sont installables et utilisables sur les Macs « M ». Avec par moment, des voyages dans le passé, comme par exemple les boîtes de dialogue « enregistrer » ; en 2025, franchement… 🙂

J’ai commencé par la forme la plus simple entre toutes : une sphère à laquelle j’ai appliqué quatre  itérations de l’algorithme (« Fractal Type ») n° 22 : « Hyperbolic Tesselation ». Sans surprise j’ai obtenu cette soucoupe volante (ce joyau ? Cette pizza trop cuite ?) constituée de la sphère avec ses 4 itérations (les couronnes de billes de plus en plus petites) qui la ceinture.

Pour ne pas être perturbé par les couleurs (même s’il faut préalablement les choisir dans les onglets « Render » puis « Ambiant et « Diffuse ») j’ai activé dans « Environnement » les shaders de dessin et choisi le premier, en niveaux de gris. On ajoutera à profit un peu d’occlusion ambiante, l’ombrage « Pow2 » et un fond transparent.

Ne reste plus qu’à exporter cette fractale grâce au bouton « Geometrica », puis à ouvir ce fichier .igm dans Geometrica avant de l’exporter en .obj.

Des voxels à la pelle !

Dans la foulée j’ai procédé à l’export classique en passant par la machine à voxels et ses quelques réglages bien incompréhensibles. Essais, erreurs, WIP (work in progress)… Et, tant qu’on est dans les aphorismes : patience et longueur de temps. Et… Wait and see ! Il faut en effet choisir la résolution en voxel – la version gratuite ne dispose que de 400x400x400, la payante monte jusqu’à 1000x, le type d’interpolation, la valeur de la densité et autres menues épices…

Dans Blender

Il est temps d’importer tout cela dans un logiciel de 3D – en l’occurence Blender, pour pouvoir disposer de fonctions évoluées en matière de texturage et d’éclairage de ces logiciels. Commençons par l’obj fourni par Geometrica. Avec un matériau genre alu brossé. Bon, en l’occurence, je crois que je peux me brosser : c’est moche ! Question faces sur la sphère, c’est plutôt genre carreaux cassés. Une topologie désastreuse comme on le voit sur la vue filaire.

Après un remaillage drastique (voxels – 0,0001) dans Blender j’ai bien obtenu un objet au maillage correct, avec les détails idoines, qui peut être texturé comme il le faut avec, malheureusement un aspect bosselé sur les sphères parfaites : un scandale !

Passons aux obj issus de la machine à voxels avec différents réglages. Comme toujours, les meilleurs semblent être les plus gros et les plus lourds, à savoir 400x400x400 px pour la taille des voxels, un type d’interpolation « Median 5x » et une densité de 0.5.

C’est pourri, c’est crénelé, plein d’artefact : on se croirait dans Minecraft ! C’est normaaal (au sens propre) C’est dû en grande partie à la taille des voxels, astucieusement limités dans la version gratuite d’Incendia…

Pour tenter d’améliorer la catastrophe il faut faire un détour par Meshlab. Voici un aperçu de la barre d’outils : je vous jure que ce n’est pas pour vous déprimer ! Une alternative existe : CloudCompare (MacOS, Linux, Windaube) mais franchement, question interface, on est toujours dans les années 70… 🙂

Meshlab est un logiciel multiplateforme gratuit d’un mauvais goût exquis – mais il est possible de personnaliser les couleurs dans les préférences, pour obtenir un résultat encore pire… Aaah non, pas les icônes ni les typographies qui sont le passage obligé.

Bref, Meshlab permet d’ouvrir tout un tas de formats 3D et de les améliorer avec une floppée d’algorithmes tous plus obscurs les uns que les autres pour les profanes. L’interface à base de menu déroulants gigognes n’aide pas non plus beaucoup. Bref, voici les recettes de bases pour améliorer votre modèle.

A vous les joies de la décimation « quadric edge », du smoothing « laplacien« , des algorithmes Poisson, Catmull Clarck, Doo-Sabin… Prenez bien vos cachets !

Le but est de lisser le modèle pour essayer de s’affranchir des crénelages disgracieux mais typiques de ces « découpes de fractales en tranches » mais surtout de diminuer le nombre de polygones des modèles qui sortent d’Incendia « bruts de décoffrage » et souvent inutilisables dans les logiciels 3D à cause de leurs poids…

Bref, une fois encore, essais et erreurs dans la forêt des algorithmes disponibles dans Meshlab. Vous croyez que le choix d’une formule suffit ? Que nenni, celui-ci donne accès à de nouveaux panneaux avec quantité d’autres réglages hermétiques…

A la vôtre !

Quelques essais : un désastreux lissage « Poisson » qui m’a glissé entre les doigts, aboutissant à cette molle soucoupe non volante, ce chapeau breton maillé, ce patisson vieillissant, mais qui m’a permis de découvrir au passage la fonction de copie d’écran (avec fond transparent) de Meshlab. Pratique. Complété à ma grande honte par un « HC Laplace » qui n’a pas sa place ici, et un « Quadric Edge » qui n’a laissé à notre figure que quelques lignes… C’est pas gagné !

Revenons à Geometrica en essayant cette fois d’exporter un .obj avec une récursion réglée sur 6 : il y a longtemps que le logiciel refuse d’afficher la fractale et le nombre de polygones est… beaucoup trop grand. D’ailleurs le fichier .obj pèse 96 Go ! Et l’export prend 1h…

Et a fait planter Blender plusieurs fois à l’import : impossible de travailler avec des objets d’un tel poids. Nouvel essai avec une récursion = 4 : le solide est bien importé avec toujours ce look de carreaux cassés mais plus petits, remaillé à 0.001 pour pouvoir le texturer correctement. Mais on est toujours loin de la fractale originelle malheureusement.

Après différents opération de décimation, de remaillage et de subdivision de surface Catmull-Clark, j’ai enfin obtenu un objet fractal de taille et de définition correcte.

Oh le beau maillage !

 

De quoi commencer à jouer avec dans Blender, histoire de se calmer les nerfs… Même si le bijou final (avec ses deux textures – argent, améthyste) est assez mal foutu, je vous l’accorde : l’artisan est en prison.

Pièges

Attention, Geometrica n’est pas l’arme absolue ! Toutes les fractales, loin de là, ne sont pas enregistrables au format .igm. Il faut d’abord que les formes de bases utilisées soient des solides « sans trous » au sens topologique : sphère, tore, cube… Les formes plus exotiques proposées par Incendia, en particulier celles qui ne sont pas « continues » génèrent de belles fractales mais ne sont pas exportables par ce moyen : le bouton « Geometrica » n’apparaît pas.

Même quand ce bouton d’export apparaît, ce n’est pas gagné : certaines formes de bases ne sont pas supportées !

Ensuite tout dépend de l’algorithme choisi (« Fractal type »). Certains fonctionnent, d’autres font disparaître le bouton d’export. Enfin, même si l’export est possible, le résultat n’est pas garanti comme on le voit sur cet exemple avec l’attracteur Gumowski-Mira : Incendia en fait un rendu bien moelleux mais l’export Geometrica est certes un .obj mais avec des faces aigües…

Sphère et Gumowski-Mira dans Incendia.

La solution se trouve dans les réglages propres à Geometrica : ce n’est pas parce que la fractale apparait correctement dans Incendia que ce sera le cas dans Geometrica et dans l’export de l’objet en .obj. C’est même la raison d’être de Geometrica : il faut retravailler le modèle à l’aide des paramètres dédiés ! En gardant un oeil sur le nombre de polygones qui grimpe très vite à mesure que la définition de l’objet augmente, jusqu’à saturer votre mémoire. Sans parler du temps d’export de l’obj…

Au passage, on notera que l’objet est subdivisé en triangles, au lieu de « quads », au grand dam des modélisateurs bien nés (je ne sais plus pour quelle raison) et que le maillage est pour le moins « barbare ».

Enfin, l’export est complexe quand on emploie plusieurs formes de base, ce qui est très courant quand on bricole un peu les fractales volumiques d’Incendia. Une procédure est expliquée ici.

Toujours est-il que j’ai obtenu avec différentes valeurs de récursion (temps de rendu des .obj infini…) ces figures qui, importées dans Blender, sont un peu meilleures. Mais que sont ces zones noires ? Des zones de non droit où le maillage s’est cassé la gueule, des espèces de trous virtuels…

J’ai alors retravaillé le modèle le plus détaillé dans Blender à coups de remaillage « voxels » réglé à 0.005. Histoire d’obtenir une topologie certes lourde mais régulière. Et avec des carrés !

En conclusion : Geometrica est une application assez capricieuse dont l’utilité ne saute pas aux yeux à cause de ses nombreuses limitations. Les formes générées en .obj présente en outre une topologie navrante à base de triangles, avec par moment de nombreux « trous ». Une version 2.0 existe, fournie pour les utilisateurs enregistrés. Avec ces menus problèmes corrigés, on l’espère.

Formes en 3D

Après ces interminables préliminaires j’ai pu jouer à exporter quelques formes fractales que j’avais déjà publiées voire mises en vente sur la Boutique. Sauvegardées au format « parameters » (.par), il y a quelques années, en se croyant à l’abri des vicissitudes de l’existence. Las… C’est un format que le nouvel Incendia ne reconnait pas ! Il faut installer une ancienne version d’Incendia, ouvrir unes à unes (sans preview !) les fractales surannées et les ré-engistrer en .zdat, le nouveau format. Ce sont les aléas de ce sport… Notons également que les couleurs de la fractale ne sont pas exportables, c’est l’apanage du format .ply qu’on trouve notament dans JWildfire et Mandelbulb3D

Les rendus parlent d’eux-même : les objets exportés n’auront jamais la définition obtenue dans Incendia lui-même. Mais par contre on peut utiliser ces formes dans des compositions, et avec des éclairages et des textures impossibles à obtenir dans Incendia… C’est vous qui voyez ! 🙂

Avec « Loxobulles » le résultat est également malheureusement monochromatique mais de toute façon je l’ai laissé traîner dehors : résultat il est tout rouillé !

Quoiqu’il en soit, les fractales générées par Incendia sont bien sorties de la boîte et libre à chacun de les utiliser comme bon lui semble dans n’importe quelle application 3D…

 

Soupe de diatomées au microscope…

 

Groenland : encore une soucoupe volante qui a foiré son atterrissage !

 

Une petite animation « quick & dirty » avec quelques formes issue d’Incendia

 

 

Ils sont là !

 

Publié le Juin 23, 2025

Catégories

0 commentaires