Au-delà : l’écriture 4

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Le papier bouffant

Au-delà : l'écriture du livre 3

Vos papiers !

– Vous me mettrez du quatre-vingt grammes bouffant !

Je commençe à ferrailler avec les différents imprimeurs putatifs. Oui, les imprimeurs ! Pour imprimer le livre Au-delà dont la rédaction se termine. Suivez, un peu ! 🙂

Figurez-vous que j’apprends plein de choses (on apprend à tout âge). Notamment les différents types de papier à utiliser. J’étais déjà familiarisé avec les impressions des magazines et des tirages d’art mais pas du tout, il faut bien le dire, des livres. Je laissais jusqu’à présent cette tâche à mes chers éditeurs.

Mais, revenons à nos moutons… papiers. Je viens donc d’apprendre l’existence du « 80g bouffant », la référence absolue du livre de poche. Avec sa couleur crème sans agents blanchissants (c’est écolo) et son épaisseur sympathique qui donne des livres « consistants ». Sans parler de son odeur caractéristique de livre ancien, même quand il est neuf. Bref, ça m’a tellement passionné que je suis en train d’en faire un article sur le blog.

Bien entendu, c’est rapé pour partager dans mes groupes habituels : les plongeurs et les spéléologues s’en battent les steaks de mes histoires de papier. Quoique je sois certain qu’il existe des groupes spécialisés. Dans le papier…

Et… pour finir, n’oubliez pas la devise de la République : Liberté, Égalité, vos papiers !

Plonger dans la roche

Au-delà : l'écriture du livre 3

A la belle époque…

Oui, des sources sont connues sur l’estran, qui coulent à ras du cordon de galets. Ces falaises regorgent d’eau. Ce fut même la quête d’Arsène Bigot, le gentleman sourcier, qui entendait alimenter Fécamp avec ces eaux souterraines. Le lieu de promenade de belles en crinoline et de messieurs en chapeau haut de forme à la Belle Époque.

Effectivement, je vois l’eau qui sort sous pression, en petit geyser, à travers des galets entassés dans ce qui me semble être une amorce de galerie de craie vive. J’entreprends la désobstruction bloc après bloc, bien décidé à vider cette vasque. Je passe des heures à creuser, puis bientôt à plonger muni d’un simple biberon d’air. Je mets au jour un conduit minuscule où je me racle les épaules, noyé dans une eau transparente et froide qui sourd vers la mer. En continuant à creuser, j’espère un élargissement, l’accès au réseau noyé que je devine immense. Jusqu’à ce que mes palmes disparaissent presque de la surface de l’eau. Sous le regard des promeneurs interloqués qui me voient disparaître et m’enfoncer peu à peu sous la plage de galets. Tandis que la mer monte jusqu’à atteindre mon chantier, noyer mes jambes et troubler mon champ de vision : l’eau salée se mélange à l’eau douce comme du sirop dans un verre d’eau. La mer est là. Je sais que j’ai déjà perdu…

Floride

Au-delà : l'écriture 4

Tortue de Floride

Au-delà : l'écriture 4

Cyprès les pieds dans l’eau en Floride

En Floride, hébergé chez Dale Sweet, j’avais ma piscine personnelle, mon van et un canot à moteur pour aller déjeuner à l’autre bout du lac ! Dale était un riche héritier mais aussi un très fort plongeur spéléo : c’est lui qui avait réussi les premières plongées trimix sous terre, allant planter un drapeau américain à 110m de fond dans Die Polder II. Il avait d’ailleurs testé les mélanges dans sa piscine qui jouxte le lac. Là où il avait un jour trouvé un alligator de belle taille.

On faisait des ballades dans un de ses canots, en ronce de noyer, passant d’un lac à l’autre par des chenaux étroits couverts par endroits de lentilles et de jacinthes d’eau. Un paysage des matins du monde : de grands cyprès plantés dans l’eau transparente, déguisés de mousse espagnole, fantomatiques dans la brume du soir. Et les tortues rayées jaunes et noires, posées sur les arbres morts à demi engloutis. La nuit, à la lampe, on voyait très bien les centaines de points brillants qui brillaient à la surface de l’eau : les alligators.

Sous la mer de glace

Au-delà : l'écriture 4

Descente dans un moulin de la Mer de Glace

Sur la Mer de Glace, dans les Alpes, en pleine exploration dans les profondeurs bleues. On attend Hulot qui doit venir faire un plateau de présentation pour l’émission « Ushuaïa ». Photo-journaliste en charge du reportage, je campe sur place avec le reste de l’équipe.

Je vois alors débarquer de l’hélico un jeune type, bonnet rayé sur la tête. Il n’a pas de crampons et patine comme il peut jusqu’à la tente commune, bras écarté comme un épouvantail. J’apprends qu’il est journaliste, envoyé pour couvrir l’évènement. Doublon ? Je lui explique mais rien n’y fait : le gars est persuadé qu’il est déjà lauréat du prix Albert Londres. Il ne descendra pas sous la glace mais il est payé pour en parler. Je comprends ce jour-là que photographe et journaliste sont deux métiers différents. Et qu’il existe une hiérarchie… Sauf que moi je suis réfractaire à la hiérarchie.

Et il intervient à tous propos :

– Je t’ai fait… Bla, bla. N’oublies pas de… Bla, bla. Tu penseras à me faire une photo correcte pour la double d’ouverture ?…

Mais il se prend pour le patron, ma parole ? Alors, je prends le garçon à part et, très calme, lui explique la vie avec mes mots.

– Mais… mais… Je suis LE  journaliste… balbutie-t-il, choqué.
– Et moi je suis LE Pape !

Et je m’éloigne à grandes enjambées, marquant de mes crampons la glace bleue. Mon article sera finalement publié. Avec les photos…

L’écriture

Au-delà : l'écriture 4

La newsletter #9 !

Dimanche ! La newsletter #9 est en cours d’envoi. Et je réalise que cela fait donc 9 semaines que je travaille tous les jours, dimanches et fêtes, à la rédaction de ce nouveau livre « Au-delà ». Quand je vous dis que l’écriture, c’est épuisant !

L’occasion d’une plongée dans le passé, avec « Les scaphandriers du désert » (Albin Michel) : plus d’un an de prises de notes, de tergiversations sur des détails avant que je ne sois kidnappé par une amie et assigné à résidence en Province, sur les rives du Grand Morin (Véronique ne nous rejoignait que le week-end). J’écrivais la nuit, Phil Collins à fond dans les oreilles, soumettant au petit matin la dizaine de nouvelles pages nocturnes, preuves de ma claustration créative. Pour finir avec un manuscrit de 650 pages. Que l’éditeur ravi m’a d’ailleurs demandé de couper au tiers, pour des raisons économiques. Il faudra que je publie un jour ce tiers manquant…

« La spéléologie » (Éditions du Chêne) : après des mois de cache-cache avec mon éditeur, qui souffrit d’une grave dépression à ce jeu avant de me dénoncer à ses avocats, fut rendu in-extremis en 3 jours et 4 nuits, sous amphétamines.

« Le grand livre de l’Aventure » (Carrère-Lafon) que, pressé par le temps (je partais pour Cuba), j’ai dicté en grande partie à raison de 15 feuillets par jour…

« Narcoses » (Glénat). Bouclé en deux mois. Grâce à une responsable éditoriale qui avait mon numéro de téléphone et ne me laissait pas deux jours de répit consécutifs.

Le dernier « Plonger » : plus d’un an de refus de saut pour finalement l’achever en trois semaines, à l’iPad mini, dans les trains, en Suisse, à Paris, à Marseille… sous les menaces de procès (encore) de mon éditeur.

Mais pour Au-delà, cette fois, l’avocat, c’est vous ! « Pas sur la tête, on a dit »…

De quoi aussi jeter un regard sur l’évolution des techniques au fil du temps, ce qui rappellera des souvenirs à beaucoup d’entre-vous : racontez-nous en commentaire vos démêlés avec ces techniques moyenâgeuses ?

J’ai commencé à écrire pour la presse à la main, dans des carnets, des cahiers à spirale, avec les marges surchargées d’autres pattes de mouche et de tâches. Puis à la « machine à écrire » manuelle (avec 2 papiers « carbone », pour les copies – il n’y avait pas de photocopieurs) ; à la bande collante et au Typex blanc pour les corrections, ou à la colle et aux ciseaux pour les remaniements de texte plus important. Puis à l’IBM électrique « à boules » : on pouvait changer de police de caractères ! Puis avec le premier ordinateur à traitement de texte Amstrad. Il fallait d’abord charger le système d’exploitation avec une disquette pour ensuite la remplacer par la disquette de travail où sauvegarder sa prose. Avant de l’imprimer avec une matricielle à bandes perforées qui faisait le bruit d’un mitrailleuse lourde.

Le tout avec un écran cathodique vert sur noir, pixelisé à mort, raison pour laquelle tous les écrivains de cette époque ont aujourd’hui ce regard de lapin russe surpris dans les phares.

Aujourd’hui nous sommes entrés dans l’ère de la dématérialisation des données, de l’Internet et du Cloud. Et des clés USB grosses comme des grains de riz d’une capacité de 4 To – de quoi stocker 2 millions de livres (5400 ans de lecture à raison d’un livre par jour). Qui peuvent aussi embarquer plusieurs systèmes d’exploitation complets, de quoi démarrer n’importe quelle machine, quel que soit le mot de passe « système » qu’on vous a demandé d’installer. Oui, au passage, tout cela ne sert à rien sinon à alimenter votre parano et vous donner un faux sentiment de sécurité, de confidentialité ou d’anonymat (ah, ah : rire sardonique). Le piratage croissant de nos données publiques conservées sur les sites gouvernementaux « sécurisés » est pourtant là pour nous inciter à plus de modestie… A l’ère numérique, l’autodafé n’existe plus. Mais il n’est pas possible non plus d’interdire, d’éradiquer, de faire taire, n’en déplaise aux technocrates néandertaliens qui nous dirigent…

Allez ! Qui se souvient des cassettes à bandes magnétiques, des disquettes souples « 5 pouces », des disquettes rigides (1,44 Mo), des disques « ZIP » (100 Mo), des premiers disques durs qui valaient plus que les véhicules qui les ramenaient au bureau, des « CD Rom » ? Je vous laisse sur ces considérations paléontologiques car, voyez-vous, j’ai un livre à écrire.

Il faut faire bonne impression

Au-delà : l'écriture 4

La commande précédente avait été envoyée par erreur sur Mars…

Suite des aventures avec les imprimeurs et les diverses embûches sur le chemin de l’autoédition. Le numéro ISBN (International Standard Book Number) est payé mais je l’attends toujours, avec la langue pendante du chef de meute devant le cadavre du sanglier. Je commence à recevoir des devis. Après l’aventure du papier 80g bouffant, certains s’ingénient pourtant à essayer de me vendre du blanc offset 90 g ! Je n’en veux pas ! C’est dingue, ça…

Mais surtout, je vous le donne en mille : les prix varient du simple au triple (!) pour exactement la même prestation. Avec des délais de fabrication qui vont d’une semaine à 5 semaines ! Si. Je n’ai déjà plus d’ongles… Quant au taux de TVA (à 5,5%), certains me la facture à 20%, en toute décontraction. On peut être écrivain et savoir compter…

De toute façon, je vais traiter avec un imprimeur local pour deux raisons :

  • je n’ai aucune confiance dans les transporteurs sans parler de La Poste (j’ai déjà donné). J’irais chercher les exemplaires moi-même.
  • En cas de problème, j’ai des noms et je peux me déplacer pour arraisonner un trumain (un digne représentant de chez les trumains), afin de lui faire goûter ma tarte aux doigts…

 

 

Publié le Sep 21, 2026

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