Les « oeufs en sauce tomate », le premier plat que j’ai appris à faire avec ma mère. Armé de ma courte cuillère en bois, juché sur un tabouret pour être à la hauteur du faitout rouge sur le gaz, je touillais religieusement, assistant émerveillé à l’épaississement miraculeux de la sauce…

Pour illustrer le crack social qui nous attend, petite régression en forme de «grande dépression», parce que le pire n’est pas toujours à venir. J’avais quatre ans et mes parents, artistes dans l’après guerre, pas beaucoup d’argent. C’est bien plus tard que j’ai découvert «les raisins de la colère»…
Tout a ainsi commencé par une de ces publications sur Facebook, mon exercice quotidien. Chacun son truc (Proust c’était les madeleines) : Toujours est-il que l’évocation de ce plat populaire – Les oeufs en sauce tomate, me rappelle inexorablement ma mère et parfois ma grand-mère. La « cuisine de grand-mère » était en effet la règle à ces époques où on mettait les petits plats dans les grands, on savait accommoder les restes, on nourrissait des tablées entières avec peu d’argent, denrée rare…
Oui, je suis un enfant de « l’après guerre » mais n’ai jamais connu les privations. Même si je savais déjà que si mes parents n’aimaient pas la viande « plus que ça » c’était parce qu’il n’y en avait pas assez pour tout le monde. Pain bis, pâtes, riz, patates, lard, saindoux, oeufs, farine, chocolat « à cuire », pommes d’api étaient assez répandus dans les menus d’alors et je n’en suis pas mort, au contraire.
Quoiqu’il en soit, ce petit post nostalgique a suscité un certain intérêt, certains allant même jusqu’à me demander la recette en MP de ces fameux oeufs en sauce tomate…
Ainsi, après la plongée, les médias puis les fractales, me voici donc relégué à la cuisine ! Ce n’est d’ailleurs pas une punition puisqu’aussi loin que remonte ma mémoire j’ai toujours cuisiné. Pour mes proches, mes enfants et ceux des autres, pour moi-même, en expédition, au feu de bois, au camping-gaz ou dans le confort des « cuisines équipées ». Cette pièce m’est familière même si je ne l’ai pas spécialement fait savoir. Mais les initiés savent…
La recette !
Voici donc la recette (tant attendue). Vous avez plusieurs feux ? Alors servez-vous en ! Il s’agit cette fois de cuire en même temps, d’une part des oeufs durs, d’autre part une plâtrée de riz noir (on verra les recettes – simples, plus tard) et enfin la fameuse « sauce tomate » qui méritera toute votre attention.
Dans une petite cocotte en fonte on aura placé une cuillère à soupe de farine, émietté un demi carré de bouillon de boeuf ou de volaille concentré, deux noix de beurre doux arrosées d’une rasade d’huile d’olive. Faire fondre à petit feu en tournant nonchalamment avec une cuillère en bois…
Ne comptez pas sur moi pour obtenir des recettes littérales, des doses précises, des poids calculés au milligramme : la cuisine selon moi est affaire d’instinct, de ressenti et de ce qui traîne dans les placards et le réfrigérateur. Je n’ai d’ailleurs jamais ouvert un livre de cuisine préférant dans tous les cas l’improvisation et l’interprétation des effluves…
D’ailleurs la préparation commence à cloquer : la farine est cuite ! Il est temps d’ajouter une généreuse portion de poivre noir moulu et de thym (poivre fraichement moulu et thym glané dans les collines sont un plus)… Mouillons ! Avec de l’eau. Ou du bouillon pour les puristes. Attention : A partir de maintenant il faut tourner la préparation avec opiniâtreté : tout accès de paresse sera immédiatement sanctionné ! On ajoute l’eau petit à petit pour éviter les grumeaux jusqu’à obtenir un fond légèrement filant au bout de la cuillère. Il est temps d’ajouter un trait de vinaigre de cidre, une cuillère de moutarde forte et de maintenir une gentille ébullition pendant quelques minutes. Le mélange est gris noir : c’est inquiétant… Si la consistance (qui doit être plus fluide que le résultat final attendu) vous plait, ajoutez alors le contenu d’une petite boîte de concentré de tomate, toujours en tournant.
Touillez sans relâche jusqu’à ce que la sauce épaississe à la consistance voulue en rougissant de plaisir. Si la couleur vous parait trop pâle on peut la rehausser avec un peu de paprika doux. Il est temps d’incorporer les oeufs, écalés sous un filet d’eau froide et tranchés en deux d’un coup sec, dans le sens de la longueur. Les installer délicatement dans le bain écarlate et laisser réchauffer. Saupoudrer de persil frisé tranché ou de basilic. Ca fume et ça sent bon… Servir à même la cocotte !

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