La vie infinie – Jennifer Richard – Philippe Rey. Après Il est à toi ce beau pays (2018) et Le diable parle toutes les langues (2021) publiés chez Albin Michel et unanimement salué par la critique, Jennifer Richard, auteur franco-américaine d’origine guadeloupéenne et qui vit à Berlin, signe ici son septième livre. Ce roman à clés est un ouvrage marquant sur notre rapport à la vie et à la mort, à l’immortalité promise par le progrès algorithmique.
Une dystopie passionnante et glaçante du transhumanisme ordinaire. Une façon de transcender la condition humaine, jusqu’à perdre l’humain en route…
C’est un triangle amoureux, île au trésor des sentiments, entre le mari Adrien, amateur et acteur de la haute technologie, Pierre, homme de péniche, bohème qui prend la vie au jour le jour et Céline, réalisatrice de documentaires qui a abandonné ses idéaux révolutionnaires de jeunesse pour se conformer au mode de pensée politiquement correct ambiant. L’épouse qu’on suit dans son voyage au bout de la nuit, dans ce huis clos 2.0. C’est l’exploration du temps long ; très long ; éternel. Un jour sans fin… Il y a aussi la mère, en Ehpad, et la fille Zoé, déjà de plein pied dans le monde artificiel.
Deux visions du monde s’affrontent avec, comme le dit Adrien enthousiaste : « Un marché potentiel de huit millions d’individus, qui opteront pour l’aventure virtuelle de l’éternité plutôt que pour les draps mouillés de pipi. Un grand remplacement est en cours, c’est vrai. Mais il est formidable : l’homme deviendra Dieu grâce à la machine. » Tandis que Céline : « n’a pas tellement peur de mourir, en effet, elle a peur de ne jamais mourir. »
Ce roman astucieux soulève des questions profondes sur notre rapport à la technologie et à la mortalité, à l’acceptation de la finitude et au prix de l’immortalité. Avec des allusions marquées à l’actualité récente, à l’apartheid des QR Codes lors de la comédie de la pandémie mondiale, ce bal masqué devenu viral, à guichet fermé.
La tension narrative monte crescendo jusqu’au dénouement, un inévitable baiser. Celui d’une « Belle au Bois Dormant » inversé ; un avant goût d’éternité. Un déchirement pour Céline venue rompre avec Pierre, avec dans les bras un Aloe Vera pour déposer devant sa porte son amertume. Mais Pierre est parti en éteignant la lumière…
Voir aussi sur ce blog, un autre livre de Jennifer, les Olympes.
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