De la musique avant toute chose… Ma mère, artiste peintre, nous le répétait souvent quand nous étions enfants pour nous faire comprendre que l’écrit n’était pas très différent de la musique et des autres activités artistiques invitées à la maison. « De la musique avant toute chose », c’est ce qu’écrivait Paul Verlaine dans son célèbre poème Art poétique en 1874. Un mantra que je n’ai jamais oublié quand à mon tour j’ai pris la plume pour « habiller » les photos de nos explorations, premiers textes et les kilomètres d’autres qui ont suivis pour presque tous les médias. En effet j’essaye de raconter mélodique et rythmique, j’harmonise : mes phrases doivent chanter avant même de signifier…
Quant à mon père, musicien professionnel, instrumentiste, accompagnateur de chanteurs, auteur des chansons, il nous levait mon frère et moi à six heures du matin, avant l’école, pour une heure intense devant le piano droit. A nous les joies, sous sa férule, des dictées musicales, du solfège intensif et son mystère des sept clés, de la lecture verticale des partitions d’orchestre. Avant de nous lâcher un conspirateur « Seule la mélodie compte ! ». Malgré les huit ans d’études musicales qui suivirent, ce régime était décidément trop dur pour moi et j’abandonnais. J’avais beau avoir « l’oreille absolue », le clavier du piano s’avérait trop glissant et la clarinette n’était entre mes lèvres qu’un tuyau en bois ! Mon frère, par contre, fit sienne la discipline implacable du musicien et devint pianiste et flûtiste, improvisateur et compositeur pour le cinéma et fut même un moment le plus jeune chef d’orchestre de France.
J’en ai toutefois gardé le goût de la musique – la vraie ; parce que… Non, rien. En particulier de la mélodie. En effet, avec un savant savoir faire, il est toujours possible de changer le rythme d’un morceau, de le ré-harmoniser, de l’orchestrer au goût du jour mais la magie originelle de la mélodie reste. Celle qu’on sifflote, qu’on chantonne, que parfois « on a dans la tête ». La mélodie est l’âme de la musique et je reste admiratif devant les inventions (ou les découvertes ?) de nos grands mélodistes, de leur inspiration surnaturelle, de leur talent véritablement d’origine divine. Les Mozart, Puccini, Bizet, Debussy, Ravel et tant d’autres de ces créateurs anciens ou modernes qui tutoyaient les anges.
Attention, chefs d’oeuvre !
Mais, trêve de réminiscences ! Pour jouer et parce qu’aujourd’hui par le biais d’un simple téléphone on dispose d’une salle de concert dans la poche ; parce que via Spotify, Shazam ou Youtube on peut surfer sur les styles, les époques ; parce que des algorithmes zélés nous suggèrent des artistes inconnus en fonction de nos goûts, je vous propose quelques pièces musicales glanées sur l’Internet. Des « standards » et des chefs d’oeuvre qui ont tous pour origine une mélodie initiale, souvent créée par des compositeurs oubliés, sur une simple guitare, un piano de bar… Les versions que je suggère en ouverture sont souvent « meilleures » que l’original mais sans celui-ci il n’y aurait jamais rien eu !
Commençons avec Lush Life de l’incroyable chanteuse alto et pianiste américaine Kandace Springs.
Mais qui sait que cette mélodie devenue un standard de jazz a été composée initialement par Billy Strayhorn ? William Thomas Strayhorn (29 novembre 1915 – 31 mai 1967), était un compositeur, pianiste et arrangeur de jazz américain.
Collaborateur clé de Duke Ellington, il a composé des classiques tels que Take the ‘A’ Train, Lush Life, Satin doll, ou encore Chelsea Bridge. Bien qu’il ait aspiré à une carrière classique, il a trouvé sa voix dans le jazz, influencé par des pianistes comme Art Tatum. Strayhorn a travaillé avec Ellington pendant près de 30 ans, apportant une contribution significative à l’orchestre tout en restant souvent dans l’ombre de son mentor.
Il a composé Lush Life en 1933 alors qu’il n’avait que 18 ans. La chanson reflète ses expériences personnelles, ses sentiments de solitude et de désillusion face à la vie nocturne et à l’amour non partagé. La complexité harmonique et la profondeur émotionnelle de la chanson en font une pièce maîtresse du répertoire jazzistique. Elle fut interprétée par de nombreux artistes, dont John Coltrane, Nat King Cole et Linda Ronstadt qui a obtenue un Grammys Award pour sa version.
Au Brésil
Le Brésil et la Bossa Nova (rythmique inventée par Henri Salvador !) est un terreau fertile pour les compositeurs, Antonio Carlos Jobim, Baden Powell, Gilberto Gil, Joao Gilberto et tant d’autres : il semble que cette terre soit capable d’enfanter un grand nombre de talents. Voici Mas Que Nada, célèbre morceau entre tous, dans une interprétation basée sur la version de Sergio Mendez en 1966.
Mais il ne faut pas oublier la mélodie d’origine, composée par Jorge Ben, l’auteur prolixe de nombreux « tubes » comme Taj Mahal, Pais Tropical… Jorge Ben Jor, né Jorge Duílio Lima Menezes le 22 mars 1942 à Rio de Janeiro, est un musicien et chanteur brésilien emblématique. Il grandit dans une favela, où il développe une passion pour la musique, influencé par son père musicien.
Son premier album, Samba Esquema Novo, sorti en 1963, contient le célèbre titre Mas, Que Nada, qui devient un classique international. Au fil des décennies, il fusionne samba, bossa nova, funk et rock, créant un style unique connu sous le nom de samba-rock.
Ses titres continuent d’influencer de nombreux artistes à travers le monde. Aujourd’hui, Jorge Ben Jor demeure actif sur scène et en studio, célébré pour son groove contagieux et son héritage musical durable.
Et que dire de « So you Say », interprêtée par Manatthan Transfer, groupe new-yorkais ?
Sinon que c’était l’oeuvre originale de Djavan, connue sous le nom Esquinas ? Djavan Caetano Viana (Maceió, 27 janvier 1949) est un chanteur-compositeur et guitariste brésilien issu d’une mère blanchisseuse d’origine africaine et d’un père néerlandais. Sa passion pour la musique a commencé dès son enfance, influencée par les chansons qu’écoutait sa mère. Il apprend la guitare de manière autodidacte et abandonne le football pour se consacrer entièrement à la musique à l’âge de 19 ans.
En 1973, il déménage à Rio de Janeiro où il commence à chanter des bandes sonores de telenovelas. Son premier album, A Voz, o Violão e a Arte de Djavan, sort en 1976 et inclut le succès « Flor de Lis ». Il se fait rapidement un nom dans le milieu musical. Djavan mêle les rythmes traditionnels sud-américains à la musique pop d’Amérique, d’Europe et d’Afrique. Ses compositions ont été interprétées par des artistes internationaux tels qu’Al Jarreau ou Carmen McRae.
C’est l’Amérique !
I have got rythm par Hiromi Uehara…
Au départ alimentaire (il s’agissait de se nourrir !) comment oublier les centaines de chansons de Jérôme Kern ou celles de Georges Gershwin ? Comme ce thème immortel ?
George Gershwin, né Jacob Gershowitz le 26 septembre 1898 à Brooklyn, New York, est l’un des compositeurs américains les plus influents du XXe siècle. Fils d’immigrants russes, il manifeste dès son jeune âge un talent exceptionnel pour la musique.
Il commence sa carrière en tant que pianiste dans des spectacles de vaudeville et devient rapidement un compositeur prolifique. Son premier grand succès, Swanee, sorti en 1919, le propulse sur le devant de la scène. Il collabore étroitement avec son frère Ira Gershwin, qui écrit les paroles de nombreuses chansons emblématiques. Voici le très rare enregistrement au New York’s Manhattan Theatre le 5 août 1931 par son auteur du célèbre I’ve got rythm.
En Italie aussi…
Estate, interprétée par le trompettiste allemand Till Bronner.
Thème devenu Un été avec Claude Nougaro.
| Un été… Où je venais d’atteindre mes quatorze ans J’avais donné rendez-vous à une enfant Une petite Espagnole du quartier Un été… Par la fenêtre ouverte de la villa Je guettais l’arrivée de ma Paquita Et puis quand à la grille du jardinet La cloche a carillonné Je me suis soudain jeté à plat ventre La joue clouée au plancher de ma chambre Tremblant, roulant des yeux épouvantés Oh non, non… | J’entendis ma grand-mère crier mon nom Et j’attendis dans une terreur sans nom Qu’on me mît en présence de l’été Et l’été L’était là, debout, au milieu de ma chambre Sous la jupette jaune brunissait l’or des jambes Et le blanc de ses yeux brillait comme du lait Il fait chaud cet été L’été était muet, alors on est sortis Et nous avons marché sur la route rôtie Brûlants comme des rails, parallèles, on allait Un été… Nous marchions côte à côte, sans nous parler Les maisons avaient fermé tous leurs volets Et parfois l’un de nos doigts se frôlait | Un été… Mes tempes battaient dans le ciel d’incendie Et je me disais: » Qu’est-ce que je lui dis ? » Je ne trouvais rien qu’à me trouver mal Et quand nous fûmes au canal Devant le pont où passe une eau malade J’ai touché la main à ma camarade Et lui tournant le dos, j’ai galopé Galopé loin de la jupe jaune et du visage d’ambre J’ai couru comme un forcené vers ma chambre Le cœur craquant des cendres de l’été |
Mélodie qui a été composée à l’origine par Bruno Martino, né le 11 novembre 1925 à Rome et décédé le 12 juin 2000. Martino a commencé à jouer du piano à l’âge de quatorze ans et a rapidement développé une passion pour le jazz. Il a fait ses débuts en jouant avec des orchestres de radio et de clubs en Europe.
Dans les années 1950, il a rejoint l’orchestre de la RAI (Radiotelevisione Italiana) et a commencé à composer pour des chanteurs italiens célèbres. Sa carrière a pris un tournant lorsqu’il a commencé à se produire en tant que chanteur avec sa propre orchestration, ce qui lui a permis de faire le tour du monde.
Bruno Martino est surtout connu pour sa chanson emblématique Estate, sortie en 1960, qui est devenue un standard interprété par de nombreux artistes jazz tels que João Gilberto et Chet Baker. Il a laissé un héritage durable dans le monde de la musique, influençant de nombreux artistes au fil des décennies grâce à ses compositions mémorables et son style unique.

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