Souvenirs de la maison des morts – Fedor Dostoïevski

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Souvenirs de la maison des morts – Fedor Dostoïevski. La maison des morts, c’est le bagne de SibérieDostoïevsky a purgé une peine de quatre ans de travaux forcés assortis de six ans de «service militaire» au titre de  « condamné politique ». Inutile de dire qu’il sait de quoi il parle.

C’est un aperçu poignant et détaillé de la vie dans un bagne sibérien, à travers les yeux d’un détenu cultivé. Le récit dépeint l’expérience initiale de l’auteur, marquée par des moments de fraternité inattendue et une impression d’apaisement malgré l’environnement carcéral hostile. On y explore la condition morale et physique des forçats, en insistant sur leur besoin vital de travail volontaire et de foi pour survivre au désespoir. L’auteur décrit aussi les installations rudimentaires de la prison, les différentes catégories de condamnés, la brutalité des punitions corporelles, et les tentatives d’évasion, tout en soulignant l’incompréhension mutuelle entre les nobles et le peuple.

La maison des morts

Fedor Dostoievski - La maison des mortsC’est un long chemin littéraire pour parvenir à l’acceptation de l’inacceptable. Se confirme l’incroyable résilience au malheur du peuple russe. Sont décrites, en passant, l’air de rien, les terribles flagellations au knout ou à la baguette et jusqu’à 5000 coups (!). Certaines de ces « punitions » étaient administrées en plusieurs fois – le temps que les plaies du dos des condamnés cicatrisent… Sans parler des échardes quand les baguettes cassaient sous les coups…

Mais le pire au bagne semble être la promiscuité forcée (ce qui rappellera des souvenirs à tous ceux qui ont fait l’armée), avec cette phrase terrible mais tellement juste de Dostoïevski : « Ainsi, par exemple, aurais-je jamais pu m’imaginer la souffrance poignante et terrible qu’il y a à ne jamais être seul même une minute pendant dix ans ? Au travail sous escorte, à la caserne en compagnie de deux cents camarades, jamais seul, jamais ! Du reste, il fallait que je m’y fisse. »

Immense et fascinant pays, culture millénaire avec tous ces drames historiques : les romans russes tournent souvent – comment leur reprocher, autour du totalitarisme, de la guerre, du goulag, des années sombres du tsarisme et du stalinisme… Et c’est bien que de tels livres existent pour éveiller un peu nos consciences occidentales. A tout le moins celles qui acceptent de s’éveiller. Mais le résultat ce sont ces récits sombres, dramatiques qui sont fort éloignés d’une littérature plus légère, en principe destinée au divertissement.

Mais je suis tombé sur une vidéo où Marcel Pagnol parlait des livres qui l’avaient marqué. Et il citait « Souvenirs de la maison des morts » qu’il disait avoir lu une première fois, puis, dans la foulée, une deuxième et même une troisième fois ! Plaçant très haut Pagnol dans mon panthéon personnel des écrivains et dans la mesure où je n’avais pas lu ce Dostoïevsky là, je m’y suis plongé illico !

Mais je n’ai pas « accroché » à ces Souvenirs de la maison des morts : sans doute que l’effet de « nouveauté » des révélations était émoussé. En effet, je connaissais un peu la littérature russe, Tourgueniev, Soljenitsyne, Nabokov, Pasternak, Boulgakov… Et tant d’autres anciens et modernes. Mais concernant l’univers concentrationnaire, j’avais été bien plus marqué par d’autres livres. comme « Nuit » d’Edgar Hilsenrath , « Le vaisseau des morts » de Traven et même « Papillon » d’Henri Charrière… Bref : Je n’ai pas retrouvé dans ce dernier livre, hélas, ce qui avait tellement fasciné Pagnol…

Distorsion

J’avais déjà remarqué cette distorsion qui existe entre un auteur et son lecteur et surtout le moment où le texte a été lu. Je me souviens par exemple d’avoir découvert « L’étranger » d’Albert Camus à l’âge de 20 ans. Cet ouvrage, lu d’une traite, m’avait profondément ébranlé. Beaucoup plus tard j’ai voulu retrouver ce vertige en relisant ce classique : en vain ! Certes, c’était toujours un beau texte, une belle histoire mais la magie avait disparu, envolée avec mes jeunes années…

Même phénomène avec « les raisins de la colère » de John Steinbeck à la lecture duquel certaines de mes convictions d’alors avaient fondues. J’avais soudainement compris la cause et la nature de certaines révoltes ouvrières, ce qui révolutionna (!) ma conscience politique. Mais pour l’avoir relu dernièrement, je n’ai pas retrouvé non plus cette atmosphère et ce désir d’insurrection, ces raisons de s’indigner. A moins que toutes ces vérités, sans que je n’y ai pris garde, n’aient fait partie de moi depuis cette époque. A la façon des mitochondries, ces anciennes bactéries aujourd’hui indispensables à nos cellules qui les ont digérées et utilisées en symbiose…

 

Publié le Oct 7, 2025

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