Plongée spéléo : naissance d’une vocation

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La plongée spéléo… Vient un moment de l’existence, quand les ombres s’allongent et que la fureur de vivre s’apaise, où l’on est tenté de regarder en arrière. De jeter un oeil nostalgique, parfois plus sage, sur le chemin parcouru ; ses rivages, ses embardées, ses chutes et ses sommets ; sur ses rêves d’enfant, sur ses ancêtres enfin, ses racines ; sur l’origine et la naissance d’une vocation.

C’est un fait que j’aurais passé une grande partie de ma vie sous l’eau et sous terre, à m’émerveiller d’inconnu, à nager à contre courant, popularisant le terme de « spéléonaute » et devenant au fil du temps un acteur important dans cette discipline d’exploration : la plongée spéléo.

Et je me souviens des différents interrogatoires que j’ai eu à subir. Dernier en date, celui d’une accorte journaliste anglaise venue m’interviewer à Marseille. Autour d’un thé, les yeux perdus sur les bateaux du Vieux Port piqués sur leurs reflets, nos propos se croisaient, dans la langue de Shakespeare. Inévitablement la question était venue sur le tapis : comment avais-je commencé la plongée spéléo ?

L’imaginaire…

Il m’a fallu pour cela réaliser une plongée profonde dans le passé, une introspection au pays des souvenirs. Il parait qu’à 4 ans (j’étais précoce) j’avais écrit une histoire ou il était question d’exploration en Afrique. Mais, du plus loin que je me souvienne, c’est ma lecture compulsive des histoires du « neuvième art » qui furent sans doute le déclencheur. Nous n’avions pas la télévision, encore moins l’Internet et ces albums étaient nos seules fenêtres sur l’ailleurs…

Grâce à l’lA et aux fabuleux outils dont nous disposons actuellement, j’ai pu remonter à la source de certains de ces souvenirs, en reconstituer d’autres, sur la base d’une mémoire pleine de trous. Je me souvenais par exemple d’une aventure qui se passait en Iran, avec un groupe de jeunes héros passionnés. Je savais aussi que le Ghar Parau était un gouffre calcaire située dans les montagnes de Zagros, près de Kermanshah dans l’ouest de l’Iran. Et c’est ainsi que j’ai retrouvé « La troupe des castors », les aventures concoctées par le dessinateur Mitaq, le belge Michel Tacq. Et ses albums « Le trésor », « le chaudron du Diable », « Le fantôme »… J’ai découvert à cet occasion qu’il était lui-même passionné de spéléologie ce qui expliquait ses sources d’inspiration.

plongée spéléo. ©Mitacq

Bien évidemment, les aventures de Tintin dessinées par Hergé faisaient partie de nos lectures. Comment oublier « On a marché sur la Lune » et les explorations de grotte sur la Lune ?

Tintin © Hergé

Et bien sûr les aventures de Spirou et Fantasio du génial Franquin qui nous entrainaient quant à elles en plongée sous-marine avec le terrible bandit « La murène ».

Plongée épave © Franquin

Autre artiste belge de « la ligne claire », Edgar-Paul Jacobs nous régalait avec « Les aventures de Blake et Mortimer« , ici « L’énigme de l’Atlantide »…

plongée spéléo. © E.P. Jacobs

plongée spéléo. © E.P. Jacobs

N’oublions pas non plus « Les histoires de l’Oncle Paul« . Plus tard je gagnerais ce sobriquet à cause de mon côté pédagogue. Comme disait mon fils : « on lui pose une simple question et on a droit à une heure de conférence ! »

J’ai retrouvé aussi Yoko Tsuno

plongée spéléo

Et Line de Paul Cuvelier 🙂

Le journal de Mickey

Comment ne pas citer « le journal de Mickey », adaptation en BD et succès mondial du personnage créé dans les années 20 par Walt Disney ? Au point que les premières bandes dessinées apparues en France s’appelaient des « petits Mickey » ? Toujours est-il qu’il faisait partie de nos lectures assidues, avec son copain Dingo, Donald (pas Trump), les Rapetout, l’oncle Picsou, les castors juniors, Daisy, Minnie, Clarabelle, Pluto, Horace, Geo Trouvetou (mon préféré), Gontran, Pat Hibulaire, et tous les autres personnages de ce bestiaire dessiné. Bien sûr la plongée spéléo n’était pas en reste et je suivais haletant les explorations du héros aux oreilles rondes dans les arcanes du sous-sol.

Hasard des ventes, beaucoup plus tard, alors que j’étais membre de ma première agence de presse, Vandystadt, je ferais paraître un de mes tous premiers reportages dans ce magazine de bandes dessinées. En… 1978 – on ne rit pas !

La plongée spéléo « pour de vrai ».

Je suivais aussi à cette époque les explorations de Norbert Casteret. Chez mes grands parents il y avait des piles de « Paris Match » et l’illustre explorateur y publiait ses reportages. La Pierre Saint Martin, l’accident de Loubens, Haroun Tazieff (avec qui je ferais un film plus tard)… Et aussi, pour rester dans les grands noms de l’exploration, Paul Emile Victor et Cousteau que je rencontrerais également mais ceci est une autre histoire.

Mais toutes ces aventures restaient encore pour moi de la fiction car je n’envisageais pas un seul instant de descendre dans les gouffres à mon tour. Tout en me gavant de littérature de haute montagne : Maurice Herzog, Walter Bonnatti, Lachenal, Lionel Terray, Frison Roche, Herman Buhl

A propos de Norbert Casteret, voici une anecdote à propos d’un rendez-vous manqué et de l’importance « d’oser ». Dans les années 2000 je donnais une conférence à Saint Gaudens, dans les Pyrénées. J’y rencontrais la soeur Marie Casteret qui était la fille du grand explorateur et vulgarisateur du sous-sol. Et je lui confiais à quel point son père récemment disparu avait compté pour nos générations – il était une « légende », et comment j’aurais aimé le rencontrer sans jamais avoir osé. C’est ainsi que j’appris que Casteret lui même, pionnier des plongeurs spéléo, aurait aussi voulu me rencontrer suite à nos explorations record en Australie qui le fascinaient ; mais qu’il n’avait jamais osé…

Autre « refus de saut », alors que je m’occupais du Club de géologie local : la rencontre avec des pilleurs de cristaux d’aragonite qui se disaient spéléos. Ils voulaient m’emmener sous terre mais je déclinais l’invitation. Pas prêt, sans doute. Et puis je tombais sur l’un des rares livres sur le sujet « Plongées sous la terre » de Marc Jasinsky. Et d’autres de Robert Stenuit

Alors, des années plus tard, à l’université, j’ai encore eu l’opportunité de m’initier et cette fois je sautais le pas. En Bourgogne. En décembre. Après une nuit glaciale (-15 degrés) assis dans une voiture cahotante ! Ce fut ma première descente spéléo au gouffre de la combe aux prêtres. Comment oublier le baudrier de cordes qui me sciait les articulations, le vertige des verticales, le ramping dans les « chatières » en partie inondées d’une eau rafraichissante, en pantalon et pull « de ville » ? L’écho ? Ambiance en tous points conforme à mes lectures anciennes ?

Et puis l’eau verte et transparente de la rivière souterraine qui disparaissait sous la voûte de roche : un siphon !… Fasciné, c’est là que je voulais aller ! Continuer « au delà », en première. Ce que je ferais pour de bon, en scaphandre, quelques semaines plus tard. Une exploration qui sera suivie de beaucoup d’autres

Publié le Oct 7, 2025

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