Entretiens avec le Professeur Y – Louis Ferdinand Céline

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Entretiens avec le Professeur Y – Louis Ferdinand Céline. Dans son style provocateur, l’auteur procède à une défense passionnée et polémique de la littérature face au cinéma et à la commercialisation de l’art, avec une bonne couche pour les éditeurs et Gaston Gallimard en particulier. « Gaston », peu rancunier, publiera d’ailleurs le livre en 1955 dans sa prestigieuse « collection blanche ».

Entretiens avec le Professeur Y - Louis Ferdinand CélineIl ne s’agit pas ici de faire le procès à charge ou à décharge de cet auteur controversé ; à cause de certains de ses romans et de son comportement pendant la dernière guerre. Presque tout le monde aujourd’hui s’accorde sur le fait qu’il fut l’un des plus grands auteurs du 20 ème siècle, qui révolutionna la littérature de son époque.

Très impressionné par le fameux « Voyage au bout de la nuit », j’ai lu ces « Entretiens avec le professeur Y », conseillés d’ailleurs par l’auteur lui-même dans une de ses interviews. Pour tout dire, c’est un ouvrage à lire au second degré et assez hilarant. C’est excessif et jubilatoire. Surtout après avoir écouté l’extrait d’interview vidéo ci-dessous (« n’est-ce pas ? » 🙂 ) : sa voix si caractéristique se plaquera instantanément sur tout ce que vous lirez de lui par la suite ; essayez ! Car Céline est avant tout un artiste du langage. Même s’il écrivait surtout – de son propre aveu, pour gagner de quoi vivre…

Pisse and love

Entretiens avec le Professeur Y se présente sous forme d’une série de dialogues entre Céline et le Professeur Y, personnage énigmatique et allégorique, représentant d’une forme de sagesse mais aussi d’une certaine orthodoxie intellectuelle. Ce dispositif sert à faire émerger la pensée complexe et souvent contradictoire de Céline dans un jeu dialectique. Et son agressivité contre les « mondes littéraires » et intellectuels qu’il juge hypocrites et vides de sens. Par cette œuvre, Céline affirme son opposition à la dégradation culturelle contemporaine tout en exposant une vision profondément critique et désabusée de son temps.

Sous prétexte de se faire connaître et de « jouer le jeu » pour son éditeur, le livre raconte donc la longue et laborieuse « interviou » par cet universitaire envoyé par Gallimard, qui sert principalement de faire-valoir et de déclencheur pour les tirades et les réflexions de l’auteur sur la littérature, la société, le style, et le monde éditorial français. Ce « Colonel Réséda », un énurésique qui se pisse littéralement dessus, serait fortement inspiré par Milton Hindus, un universitaire américain que rencontra Céline lors de son exil au Danemark

Céline multiplie ici les digressions, brise les codes littéraires classiques et donne libre cours à ses obsessions, ses reproches, et ses provocations. Tout en révélant la recette de son style inimitable… Il explique en détail sa technique avec force points de suspension. Les fameux « trois petits points » de Céline ; des plombs ; de la mitraille ! Tous aux abris ! Cette surabondance de ponctuation qu’il utilise pour obtenir son écriture « émotive » si proche du langage parlé. Et c’est très efficace (surtout en entendant sa voix) et, il faut bien le dire, également très drôle !

« Ils sont lourds »

Né en 1894, Louis-Ferdinand Céline est profondément marqué par ses expériences traumatiques de la Première Guerre mondiale (« Voyage au bout de la nuit« , « Mort à crédit« ), son exil pendant et après la Seconde Guerre mondiale, ainsi que par les accusations de collaboration auxquelles il a dû faire face mais qu’il a toujours niée. Ces épreuves nourrissent une écriture cynique, désabusée et souvent sombre, qui rejette les compromis artistiques au profit d’une poésie intuitive et violente…

 

Publié le Nov 11, 2025

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