Le nuage noir – Fred Hoyle… C’est un roman de science-fiction captivant, publié en 1957, qui raconte l’approche menaçante d’un nuage interstellaire vers le système solaire. L’histoire débute lorsqu’un astronome du mont Palomar détecte une anomalie près de la nébuleuse d’Orion : un immense nuage noir, de la taille d’une unité astronomique, grossit et perturbe les orbites de Jupiter et Saturne…
Ce nuage fonce vers la Terre, provoquant des catastrophes climatiques – chaleurs extrêmes puis obscurité et froid glacial, causant des millions de morts. Les scientifiques menés par Chris Kingsley, un astronome brillant, découvrent alors que le nuage est vivant et même intelligent, capable de communiquer avec les humains par impulsions électriques…
C’est plutôt bien fait, malgré un style sec et quelques clichés « SF » ; sans parler des ellipses un peu tirées par les cheveux : La Terre perd ainsi près d’un milliard d’habitants en quelques mots. Quant aux USA et à la Russie ils subissent l’impact de centaines de bombes thermonucléaires sans trop de commentaires…
Fred Hoyle, un astronome renommé, explore ici l’intelligence non planétaire dans les gaz interstellaires, critiquant au passage (outre les politicards) la lourdeur humaine liée à la gravité. Le roman charge en effet les politiciens incompétents face à la crise, tandis que des astronomes amateurs et pros, réfugiés en Angleterre, unissent leurs efforts dans un suspense haletant. Une trame qui résonne étrangement avec quelques-unes de nos crises récentes…
La stupidité et l’inertie… Comme d’habitude, rien ne sera fait tant que la crise ne sera pas là. Ma seule crainte, c’est la léthargie des politiciens qui les empêche de construire quoi que ce soit…
Dans ce roman à clé (très autobiographique – il est d’ailleurs très drôle de reconnaître dans les personnages quelques astrophysiciens distingués), Hoyle mêle le thriller apocalyptique avec des réflexions scientifiques plausibles à propos d’une entité extraterrestre surpuissante mais incompréhensible pour l’humanité. Le nuage noir de Fred Hoyle est écrit avec humour féroce et un réalisme « astronomique », le livre augmente progressivement en intensité, culminant en un « climax » extraordinaire.
Certaines éditions françaises, comme celle de 2014 avec Sylvie Cabrit, incluent une analyse scientifique sur la plausibilité d’un tel nuage. Fred Hoyle avait son franc parlé et semblait ne pas porter particulièrement les règlements et les politiques dans son coeur. Comme quoi, rien n’a changé ! Son livre est truffé de piques assez savoureuses :
Notre organisation sociale est archaïque, avec la véritable connaissance à la base et toute une foule de nigauds au sommet
Fred Hoyle : le pionnier
Fred Hoyle (1915-2001) était un astrophysicien britannique brillant quoique controversé, né à Bingley dans le Yorkshire, passionné d’astronomie dès l’adolescence. Il étudia à Cambridge, où il obtint un doctorat en électrodynamique quantique en 1939, et devint « Plumian Professor » d’astronomie de 1958 à 1972, fondant l’Institut d’astronomie théorique.
Marié à Barbara Clark, père de Geoffrey Hoyle (co-auteur de plusieurs œuvres), il fut anobli en 1972 et reçut le prix Crafoord (une médaille en or et une somme d’environ 500 000 euros) en 1997 pour ses contributions majeures. Il est considéré comme une figure emblématique de la cosmologie moderne.
Pionnier de l’astrophysique nucléaire, Hoyle démontra en 1957, avec Geoffrey et Margaret Burbidge ainsi que William Fowler, que les éléments chimiques lourds (du carbone et au-delà) sont synthétisés dans les étoiles via la nucléosynthèse stellaire. Avec Chandra Wickramasinghe, il relança la théorie de la « panspermie » en 1978, affirmant que la vie terrestre provient de micro-organismes spatiaux apportés par des comètes.
C’est lui qui inventa ironiquement le terme « Big Bang » en 1949 pour ridiculiser la théorie de la naissance de l’univers de Lemaître, préférant la théorie de l’état stationnaire qu’il développa avec Hermann Bondi et Thomas Gold, postulant un univers éternel avec création continue de matière. Il semble pourtant qu’il se soit trompé si l’on se réfère aux théories actuelles…
La science et la fiction
Sans doute à l’étroit dans la rigueur du monde scientifique, Hoyle écrivit une vingtaine de romans de Science-Fiction, souvent avec son fils Geoffrey, mêlant la rigueur scientifique avec un suspense « cosmique ». Son premier succès, Le Nuage noir (1957), nous l’avons vu, qui met en scène un nuage interstellaire intelligent menaçant la Terre est devenu un classique de la rétro-SF.
Les autres titres marquants de cet auteur prolifique : A comme Andromède (1962, adapté en série TV), La Chevauchée d’Ossian (1959), Des fusées pour la Grande Ourse (1971), Les Hommes molécules (1973), Inferno (1976), et des collaborations comme Fifth Planet (1963) ou The Incandescent Ones (1977)…

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