Rodrigues roses de corail

Je l’ai déjà écrit ici : En matière de plongée je suis plus paysagiste que portraitiste. Plus attiré par les ambiances, les reliefs et les jeux de lumière que par les détails du vivant. Toutefois, quand armé de mon fidèle 50mm macro enfermé dans son caisson Sea&Sea avec tous les accessoires Plongimage (c’était la minute sponsor), je laisse les eaux se refermer sur moi, une curieuse métamorphose opère… Comme si l’objectif photo choisi devenait un sixième sens m’obligeant à voir le monde à travers son optique. Ainsi équipé, inutile aujourd’hui de s’intéresser aux lointains piquetés d’or de cette fin d’après midi. L’œil se fera plus précis, découpant la mer en petites scènes de poupée…

Me voici de nouveau sur le site de Couzoupa, seul au sein de la mer chaude. Jérôme fait visiter le site à une palanquée de clients et j’en ai profité pour plonger seul dans les avenues de corail, à la chasse aux images. Vieil habitué des plongées solitaires (en spéléo les plongées de pointe se faisaient seul, paradoxalement pour des raisons de sécurité) j’avance à mon rythme, les yeux grands ouverts. J’apprécie particulièrement ces moments d’osmose avec le milieu, seul responsable de mes actes, à mes risques et périls car, rappelons le, la plongée solitaire n’est pas à recommander et présente des risques. Mais quel spectacle… J’ai cette fois l’impression d’être invité, distillant avec parcimonie mes bulles dans un contrepoint calculé avec la pulsation de la mer. Essayant d’être en rythme, en harmonie avec ce que j’observe. Privilégié. Bien loin des gesticulations et des usines à bulles de certaines palanquées…

Rodrigues bénitierLes bénitiers ont sortis leurs robes du soir. Je ne me lasse pas d’observer ces grandes lèvres soyeuses, craintives et sensuelles. Je survole des champs de roses de corail intacts ou butinent des nuées de sergent major. Jouissance de descendre, presque à les toucher ces magasins de porcelaine, d’une expiration précise et de reprendre de la hauteur, tranquillement, d’une inspiration. Le souffle qui devient moyen de transport, ballon dirigeable du corps marin libéré de la pesanteur…

Des massifs d’Acropora pointent leurs tétons roses vers le ciel. Ils abritent une nurserie de poissons turquoise dissimulés dans les bras du corail. Si vous restez tranquilles, il s’évaporent de nouveau, rassurés, offrant la nage saccadée des poissons d’aquarium. Je m’abandonne au ressac de la mer, aux mouvement subtils du corps de l’eau. C’est l’océan qui me dirige au gré du vent aquatique, des rivières de courant invisible cachées en son sein.  Et l’architecture des lieux m’apparait dans toute sa vérité : Des espèces fixées ou nomades, non point disposées au hasard comme on pourrait le penser mais obéissant  à une géographie intime magnifiquement orchestrées, dépendant de l’éclairement, des flux de plancton, tour a tour forteresse, terrain de chasse, de jeu, d’amour…

Poisson scorpion juvénile île RodriguesUne leçon d’écologie.  je comprends alors l’orientation calculée de cette anémone pourpre ébouriffée, la nage invisible de ce poisson trompette jaune d’or, la frénésie circulaire des carangues bleues… Posé sur un sou de corail mauve, je surprend un poisson scorpion juvénile, peigné par le flux… On prend le temps de délimiter l’espace vital de chaque espèce. Un ordre surgit du chaos. Les symbioses deviennent évidentes, le commensalisme se révèle règle de vie. Proies et prédateurs, toutes les échelles du vivant dans un même bouillon primordial…

Depuis l’avènement du numérique, la capacité des cartes de stockage permet d’enregistrer plusieurs centaines de photos en haute définition et je peux enfin achever mes plongées autrement qu’avec une bouteille désespérément pleine. L’autre palanquée est sans doute remontée depuis longtemps mais quand on croit en avoir fini c’est là que tout commence…

Rodrigues poisson trompetteJ’ai appréhendé la structure du récif, localisé ses principaux acteurs : Je peux commencer à travailler. Ma bouteille est à demi vide et je me retrouve parfaitement équilibré sans avoir à faire appel à l’efficacité du poumon ballast. Vous savez sans doute que nos poumons constituent la plus merveilleuse des bouées ? Il faut apprendre à moduler sa respiration. Parfois dans le « haut » pour garder une réserve de flottabilité, parfois dans le « bas » pour au contraire se faire plus lourd. Attention toutefois à ne pas s’essouffler ! Les genoux sur le sable, palmes relevées, je profite d’un affut devant un rouleau de câbles abandonné qui se révèle être une holothurie géante pour pratiquer de longues expirations afin de purger le CO2 qui s’accumule. Alternant ainsi les apnées quand je cadre un sujet  avec les profondes expirations le cycle d’après et en utilisant au mieux le mouvement de la mer (palmer quand c’est strictement nécessaire) je peux, malgré une tabagie assez prononcée, économiser grandement ma réserve d’air, ce qui ne cesse d’étonner le profane… Dans la zone des vingt mètres, je joue depuis un moment avec un poisson trompette qui, de part sa forme allongée est particulièrement difficile à cadrer ! Mais j’ai repéré son manège : Il passe, tourne, disparait dans l’ombre et revient, toujours à la même place, dans une arche de corail. A chaque tour, il semble s’habituer à ma présence et approche de plus en plus son museau démontable de l’objectif. Je le veux de trois quart, remplissant parfaitement le cadre et il m’offre docile, son meilleur profil…

Rodrigues : Au pays du corail bleu... SyngnatheIl est temps de s’intéresser à des espèces plus discrètes. Sous la mer, quelque soit l’endroit ou se posent les yeux il se passe toujours quelque chose si l’on attends assez longtemps. En arrêt devant un massif de corail bleu myosotis j’attends la révélation. Et un minuscule syngnate apparaît. Cet hippocampe déroulé, perpétuellement à la poursuite de son museau pointu serpente au milieu des fleurs animales. Mais pour le photographe il manque souvent soit  la tête soit la queue. Un peu comme chez les humains… Les anneaux défilent et jouent avec mes nerfs tandis que je me lance à la poursuite du serpent de mer sur un mètre carré de récif. Enfin, il prend la pose et je vous le livre comme il m’est apparu…

Les carangues de Rodrigues

Les carangues aussi ont fini par m’admettre dans leur monde et chassent dans mes bulles. A m’en donner le tournis car, les palmes en position « hélicoptère », je tourne avec elles bien decidé à en épingler une au vol… Je fais surface après 2h10 de plongée et retrouve les autres qui sont également enchantés de leur plongée mais qui avaient renoncé à me revoir vivant… Je ferais croire aux plus crédules que les bouteilles, sous l’eau, je les gonfle !

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