Pêcheurs à la perche RodriguesRodrigues, j’y suis aussi venu pour plonger. Et l’avantage, quand on est journaliste, c’est qu’on est toujours invité à la mauvaise saison. Ben oui, réfléchissez : Pour que vous ayez envie d’y aller vous, à la bonne saison, il faut bien que l’article paraisse avant et soit donc réalisé en « période creuse », non ? Tout ceci pour vous dire que les plongées que je vais vous décrire et les photos que vous allez voir ne reflètent pas les conditions réelles que vous rencontrerez : A nous, journalistes et photographes, les joies du temps gris, des mers démontées, des cyclones… A nous les creux de 4 m, les rouleaux se fracassant sur la barrière de corail au point d’empêcher toute sortie du lagon, les courants contraires et la visibilité de carrières.  Bon, j’exagère un peu…  Mais je vous garantis que si vous y allez, vous pourrez jouir vous d’une mer d’huile, de bleus profonds dans une transparence cristalline.

Jacky Degremont Cotton bay hotel Rodrigues plongéeAu centre de plongée du Cotton Bay Hôtel, sous les filaos dégoulinants d’aiguilles molles, je retrouve un Jacky Degremont déprimé qui fixe les rouleaux d’écume qui brisent. Il semble considérer chaque vague comme une insulte personnelle, ressentant dans son corps par un imperceptible frisson le énième coup de cravache de la correction saisonnière… A l’abri dans le lagon, une barque avance sur la mer de plomb fondu. Image éternelle des pêcheurs rodriguais qui tous les jours vont cueillir les fruits du corail, arc boutés sur leurs perches…

– Tu vois là, me dit Jacky, en désignant un point juste au delà de la barrière. Un matin, j’ai vu une baleine à bosse dressée là face à moi, les pectorales écartées, comme un totem. Enorme. A la toucher ! Je suis sûr qu’elle savait qu’on ne pouvait pas sortir du lagon !… Jacky cultive ainsi un défaitisme de facade qui a du mal a cacher son authentique passion des lieux qu’il explore depuis 13 ans.

L'avenue Cono-ConoToujours est-il que le temps est trop mauvais pour plonger au large. Direction l’Aquarium, en bordure de la passe. Un site classique et bien nommé. Dans moins de 10m d’eau, virevoltent en effet une quantité impressionante d’espèces de poissons, de toutes formes et toutes couleurs. Il serait vulgaire de vous décrire les nuées de poissons écureuil, de chirurgiens, de lutjans, voire même de diodons en cours de nettoyage par les labres du même nom ou des poissons trompette gris ou jaunes d’or qui avancent et reculent en baillant. Tout celà est très commun, et déjà vu. Juste un mot sur cette avenue de sable ridé ou paresse un coquillage qui rappelle le conche des Bahamas et qu’on appelle ici le Cono-Cono. Comestible, sa chair est prétendue aphrodisiaque puisqu’en le goutant, les créoles disent que le Cono Cono vous met « cul nu-cul nu » !

Rodrigues10 juin 2009-198Cet aquarium est surtout un jardin d’enfants qui fourmille d’espèces juvéniles a différents stades de croissance. L’occasion d’observer les robes changeantes de poissons éclatants qui perdront ces illusions à l’age adulte. On ne connait pas les raisons de ces métamorphoses inventées par la Nature mais ne doutons pas qu’elle sait ce qu’elle fait… Je saisis ainsi quelques rencontres improbables, comme ces couples mal assortis qui se tournent le dos, à l’image de ce Pomacanthus Imperator et de cette rascasse volante…

Poissons chatDans une petite grotte, une grosse murène javanaise met fait un mauvais sourire, et j’ai l’impression qu’elle envisage mes oreilles nues (l’eau est à 24 degrés…) comme des chips à l’heure de l’apéritif ! Mais voilà, à la base de la grotte se trouve aussi une grosse concentration de poisson chats venimeux, Plotosus lineatus, que je cadre en macro. Me voilà donc saisi d’un strabisme divergent préventif… Pendant que je cadre laborieusement les habitants du récif, Jacky virevolte à la recherche d’espèces plus rares. Patient, il me laisse terminer une session palpitante avec des nuées de demoiselles noires et blanches qui vivent dans les plis soyeux de grosses anémones pourpres. Mais je vois bien qu’il veut me montrer autre chose.

Poisson scorpion feuilleJe me laisse entrainer vers un amas d’algues sans charme qui oscillent dans le ressac. Et, au bout de son doigt tendu, je ne vois rien ! Un regard lourd d’incomprehension passe à travers les vitres des masques… Mais son doigt s’agite jusqu’à presque toucher un machin jaunâtre, aui oscille au même rythme que les algues. Ca y est, j’ai compris : C’est un poisson scorpion feuille. Le Graal des macro maniaques, et à vrai dire, je ne comprends pas pourquoi si ce n’est à cause de  sa rareté. Taenianotus triacanthus (si c’est bien lui…) n’est pas vraiment un canon de beauté…  Mais il se camoufle a merveille dans son environnement, tant par la forme et la couleur que par le mouvement, ce qui est plus étonnant. Le soleil qui se couche très tôt ici allume des louis d’or à la surface verte des eaux et les bourrasques de poissons annoncent les grandes chasses de la nuit… C’est alors que Jacky me dévoile son cheval de bataille, « son » Pégase…

Voilà un poisson qui ne ressemble à rien ou plutot qui semble être monté à l’envers. De grands yeux noirs qui sont en fait des tâches, une trompe qui trompe son monde, des ailes de chauve souris bleutées et des petites pattes pour avancer sur le sable ou il aspire des festins de vers et de petits crustacés : Voilà l’ornythorynque de Rodrigues !

Dès les premières explorations des naturalistes, savants comme profanes se sont  intéressés à l’énigme du pégase, Eurypegasus draconis pour les intimes. Au XVe siècle déjà, les marins rapportaient de leurs voyages des pégases desséchés comme une curiosité décorative.

Le poisson PégaseAujourd’hui, les zoologues ne sont guère mieux informés que les navigateurs d’hier à son sujet. Il ressemble à l’hippocampe et au syngnathe, avec qui il n’a pourtant aucune parenté ! On sait que le corps est recouvert de plaques osseuses disposées en cercles concentriques. La bouche, petite et édentée, ne se trouve pas, contrairement à celle de l’hippocampe à l’extrémité du museau allongé et pointu, mais bien en dessous et en arrière. De chaque côté de la tête, à l’avant de la nageoire pectorale, on trouve un opercule, simple plaque dans laquelle sont disposées quatre branchies. Le pégase n’a par ailleurs pas de vessie natatoire et se trouve donc condamné à marcher, hormis quelques accélérations dérisoires en pleine eau. Les nageoires dorsales et anales sont courtes et à rayons souples et pas d’un grand secours. Par contre, les pectorales très grandes en forme d’ailes des débuts de l’aviation, lui permettent ces vols planés à coup d’éventail…

On trouve ici une richesse d’espèces impressionante. En fait, rien ne ressemble à ce que j’ai vu ailleurs… Ces plaques de corail par exemple… De couleur chocolat, elles deviennent blanches instantanément pour peu qu’on les frôle. Et nous nous retrouvons bientôt comme deux enfants devant une console de jeu de Neptune, en train d’allumer et d’éteindre des pans de récif. L’information se propage d’une colonie à l’autre… 0… 1…0…1, l’algèbre booleen du grand bleu, la logique du corail, l’informatique à visage marin… Pourquoi un tel déluge d’effets ? Jacky me révèlera plus tard que c’est sans doute pour éloigner les perroquets brouteurs de corail, implacables destructeurs de récifs qu’ils transforment en flatulences minérales dans leur sillage. Il a observé qu’un perroquet s’approchant du fameux corail numérique se trouve mis en fuite par cette illusion de mouvement dès qu’il le touche du bout des lèvres…

La nuit est venue, parfumée de vetiver et de gardénias. A l’écoute du vent qui agite les palmes dans l’air violet et tandis que s’allument lentement les constellations d’un autre hémisphère, je commence à tomber sous le charme de l’île Rodrigues. Et me prend à rêver à d’autres découvertes au delà des plages désertes, au delà du lagon phosphorescent… Je n’espère plus qu’une chose : sauter la barrière…

Plages désertes...

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A nous, journalistes et photographe les joies du temps gris, des mers démontées, des eaux troubles, des cyclones… Bon, j’exagère un peu…