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Record de profondeur en plongée souterraine à Font Estramar !

Nouveau record d’exploration en plongée souterraine. Le 3 novembre 2023, au cours d’une plongée d’une durée de 7h dans la résurgence Font d’Estramar des Pyrénées Orientales, en France, l’explorateur spéléonaute marseillais Frédéric Swierczynski est parvenu à descendre à l’ ahurissante profondeur de -308m ! Voici le récit minute par minute de cette aventure palpitante et toutes les données techniques de cette plongée extrême… 

English version

 

 

Mon voyage à -308 m

Par Frédéric Swierczynski
Propos recueillis par Francis Le Guen

Moins 260 mètres sous l’eau : mon malaise oculaire cesse enfin ; je vois clair ! Un point rapide : je me sens conscient et décide de continuer de l’avant en tirant mon fil d’Ariane. Un puits vertical se présente et la galerie continue à descendre. Encore plus profonde… Le tunnel de roche scoriacée est vaste et se perd dans le noir. Je suis le premier homme ici. Seul. Je glisse dans la nuit bleue. Seuls repères, le feulement de ma respiration, à travers les filtres de mon recycleur et le moteur du propulseur. Je me sens bien. Extraordinairement lucide. 

J’amarre le fil sur un becquet de pierre, mains tremblantes d’excitation mais aussi des symptômes du “SNHP”, le redouté syndrôme nerveux des hautes pressions. Je continue un peu sur ma lancée, libre, dans la clarté aquatique immense. Dans l’autre monde… Jusqu’à un lit de sable ridé par le courant. La suite est devant, au fond d’une vaste salle en contrebas. Un regard au timer : 400 minutes de décompression… Fred, il est temps de rentrer ! J’ai 50 ans. Je suis à 308 m de profondeur. Un nouveau record mondial. Mais je ne le sais pas encore : plus qu’avec les chiffres, je plonge d’abord aux sensations. Au plaisir…

 

Salses le Château – 3 nov 2023 – Au bord de la vasque de Font Estramar – T moins 10 minutes avant le départ de la plongée.

 

Presque une nuit blanche. J’ai peu dormi mais j’ai rêvé. Ces images… Rien de vraiment nouveau : depuis au moins deux semaines, je passe mes nuits à répéter geste par geste, seconde par seconde, cette plongée ; à vivre à crédit dans le noir profond ; à optimiser chaque contrôle des instruments, des recycleurs, à dérouler dans la galerie lointaine que j’imagine le fil jaune, si précieux…

Sous la surface bleue, dans l’eau calme et transparente, ondulent les algues vertes qui révèlent le courant qui sort de sous la terre. D’où vient cette rivière mystérieuse ?  En préparant mon matériel au bord de la vasque, avec une fausse gaieté de circonstance, je discute avec les vieux dinosaures de la plongée profonde qui sont venus m’assister. On évoque les lourdes opérations de plongées en circuit ouvert avec ces dizaines de bouteilles qui étaient la règle il y a encore quelques années et qui demandaient des jours de préparation alors que maintenant je gère tout cela en 20 minutes !

 

Je me souviens des mois précédents. De mes courses d’endurance dans les Calanques de Marseille ; ces heures d’essoufflements dans les pentes, ces kilomètres parcourus dans les pinèdes, les garrigues, les pierriers roulants de calcaire ; toujours… Des dizaines de plongées profondes d’entraînement, ici même, dans ces eaux chaudes du pays catalan,  jusqu’à la zone des -260m ; pour me familiariser avec la topographie des lieux, avec cette galerie noyée de plus d’un kilomètre ; pour acclimater le corps et l’esprit aussi, peut-être… Pour peaufiner ma courbe de décompression au plus juste : obtenir un temps de plongée minimal sans pour autant risquer un accident sous l’eau. Adapter par petites touches successives, en vraie grandeur, la nature et le positionnement de mon matériel ; me fondre au mieux dans l’environnement ; que son hostilité devienne mienne. Mais, sans que je n’en ai vraiment conscience, mon corps avait déjà décidé de s’aventurer dans l’inconnu, au-delà de -300 m…

T 0 – C’est parti !

Les propulseurs et recycleurs sont à l’eau. Les timers réglés à la minute avec les plongeurs qui doivent me retrouver aux paliers de décompression, à -120m, là bas… Sous vêtement chauffant, vêtement étanche… Je me fais aider pour le fermer et je termine d’ajuster mon équipement dans la vasque, de l’eau à mi corps. Harnais, palmes, recycleurs, avec le même rituel de ces derniers mois : ne rien oublier, cela va aller très vite. Tout cet équipement devra répondre à mes sollicitations instantanément. Masque ! Mon précieux ; si essentiel… Je le rince, l’ajuste soigneusement et… c’est parti.

 

Le porche d’entrée au fond de la vasque de la source. © Laurent Miroult 

 

L’horizon aquatique est bleu, rayé par la lumière du soleil… Un porche noir s’ouvre dans la roche grise. Je descends dans le puits vertical qui lui fait suite et me laisse avaler par la nuit. Équilibrage des oreilles, vêtement étanche plaqué sur le corps, poumons des recycleurs qui se vident, chuintement des inflateurs : Le match contre la pression est engagé !
Le scooter m’entraine maintenant dans la galerie noyée à plus de cinquante mètres par minute. J’en profite pour contrôler les afficheurs des recycleurs afin de vérifier la pression partielle d’Oxygène du mélange que je respire, donnée essentielle. Je ne quitterais plus ces indicateurs des yeux, c’est la seule solution pour ne pas m’intoxiquer.

 

T+5 minutes – En route…

La vitesse de croisière de mon vaisseau est stable. Un scooter Seacraft devant qui me tracte et un autre accroché en secours dans mon dos. Mes phares portent loin, l’eau est très claire, les parois défilent. L’automatisme de contrôle de mes instruments est établi.

Je navigue au dessus de la cordelette guide installée dans la galerie principale, sous les arches en encorbellement teintées d’oxydes de fer et de manganèse ; rouilles, bruns, ocre jaunes, noirs profonds, argiles rouges ; architectures minérales érodées, coupantes comme des rasoirs, carrefours de galeries secondaires ou même le sens du courant nous joue parfois  des tours : Font Estramar est un labyrinthe complexe de couloirs et de culs de sacs où il ne faut pas s’égarer…

J’attends un peu Patrice Cabanel qui me suit, chevauchant son double scooter. Il me dépasse à pleine vitesse et va se placer bien plus bas dans le grand puits vertical pour faire quelques vidéos lors de mon passage.

 

T+8 minutes – Se préparer à sauter.

Moins 60m. La plongée proprement dite va commencer pour moi. Dernières vérifications avant le grand saut : il est l’heure d’allumer les puissants phares et de mettre en marche  tous les équipements qui seront bloqués par la pression dans la zone profonde. C’est le dernier moment raisonnable avant la grande nuit qui va arriver… Je dois me préparer et sauter !

 

T+10 minutes – Vers -200…

A -100 m j’arrive à hauteur de Patrice qui m’attend, caméra au poing. Et il me suit dans la descente ! – 150m, – 170m : on fait la course ! Vite. Trop vite. Comme deux motards lancés sur une piste verticale et je ne sais pas qui est le plus insouciant des deux dans cette histoire… Il est toujours dans ma roue mais la profondeur maximum d’épreuve de ses propulseurs devient critique… -180m. Je dois le stopper : je ne voudrais pas que, dans le feu de l’action, son véhicule n’implose sous lui ! Et je me souviens de ce plongeur finlandais déchiqueté par son scooter et pour lequel j’étais venu expertiser les circonstances de l’accident à la demande de la justice française. Son corps est toujours présent dans la cavité qui est aujourd’hui son tombeau, protégé par plus de 200 mètres d’eau. Je continue la descente, de la musique d’orgues fous plein la tête.

 

Et, comme le racontera Patrice Cabanel : “Ce qui n’est pour Fred qu’un peu plus de la moitié de son parcours représente pour moi un pas de géant.

Me voilà à 190 m de profondeur et je le regarde s’enfoncer encore plus loin. Vision surréaliste de le voir dépasser les 200 m et disparaître à ma vue”

 

T+14 minutes – Eblouissement.


Plus je descends et plus la roche est claire. La couche géologique a changé : je remonte le temps. Je vais atteindre la section horizontale du tunnel qui oscille entre -250m et -260m de profondeur. Un endroit que je connais bien pour l’avoir parcouru de nombreuses fois lors de mes entraînements. Un aller-retour qui me coûtait 1h de décompression en plus, d’habitude, mais aujourd’hui, je sais que ce sera bien plus car je vais aller plus loin. 

Arrivé au bas du puits, à -260m, je me redresse et suis alors terrassé par un malaise étrange que je ne n’avais jamais éprouvé : un éblouissement ; le sol de la galerie noyée horizontale semble inondé une deuxième fois ; c’est comme une mer à contre-jour, agitée de reflets. Des acouphènes visuels !… J’avance comme en rêve ; désorienté…

Dans le milieu professionnel, une compression à -300m considérée comme “rapide” se fait en… 24 h ! Mais il y a des problèmes liés à la compression en tourelle ou en caisson, notamment l’échauffement du gaz qu’il faut laisser refroidir. Problèmes que n’a pas un plongeur autonome immergé. Mais aujourd’hui ce n’est plus de l’entraînement et la petite course dans le puits avec Patrice a augmenté ma vitesse de descente habituelle. Peut-être  que je le paye maintenant. 

 

T+16 minutes – Le Syndrôme Nerveux des Hautes Pressions.

Le malaise cesse comme il était venu et je recouvre la vue. Mon parcours horizontal jusqu’à la lèvre du puits terminal semble m’avoir remis en forme. Devant, un gouffre noir. Plus de fil ! Je dois relier mon propre dévidoir et sécuriser solidement le fil d’Ariane. Mes mains tremblent… Le SNHP. C’est un rendez-vous obligé et qui ne me surprend plus avec le temps, après déjà plus de 12 ans de plongées profondes sous la barre des -200m.

 

T+? minutes – Somnambule.

Je ne compte plus : je suis comme en extase. Le moment tant attendu depuis plus de 6 mois – ou 20 ans ?- est arrivé. Vitesse basse, le fil jaune se déroule régulièrement et mon “trim” est parfait. L’équilibrage et le positionnement dans l’environnement liquide est une des clefs de la survie, pour limiter ses efforts physiques et donc son métabolisme. Les yeux écarquillés, j’enregistre l’inconnu qui défile ; l’horizon bleu qui recule. Somnambule, c’est le spectacle qui rythme et guide mon avance, mes gestes et prises de décisions. Maintenant c‘est l’exploration elle-même qui motive ma plongée. Je glisse vers le bas d’une salle de plus en plus large et qui m’aspire. En route vers mon destin.
Plus de 25 mètres de visibilité ! Ma vue se perd dans la transparence bleue qui noircit. C’est majestueux, vraiment majestueux.

Je garde un œil sur mon fil afin qu’il ne se coince pas à mon retour dans une section piège – trop étroite – de la galerie. Je profite de mon état mental optimum pour enregistrer ces moments magiques que j’ai toujours imaginés et qui sont les miens aujourd’hui.
Nouveau fractionnement du fil sur une roche pointue du sol et je lis éberlué sur mon ordinateur que j’ai déjà 400 mn de décompression à faire ! Trop court. C’est trop court, je voudrais tant continuer. Je dois me faire violence pour m’arracher aux sortilèges des fonds inexplorés. Le temps presse. Chaque seconde compte à ces profondeurs. Je décide de verrouiller mon dévidoir et de l’abandonner sur place pour marquer mon terminus. Petit clin d’œil : c’est celui de Krzysztof Starnawski, autre plongeur profond, qu’il avait abandonné lui-même au fond de la magnifique source Cetina en Croatie et que j’avais récupéré là bas lors de ma première.

Je suis en route vers la surface lointaine. Ma remontée est rapide. J’ai hâte de m’arracher aux abysses et de commencer ma décompression. C’est beaucoup trop vite et je vais le payer cher mais je ne le sais pas encore…

 

1050m de l’entrée – Profondeur : – 308m.

T+28 minutes – Jonction !

 

J’arrive en avance au premier stop de -130 m et j’enchaîne les paliers profonds. C’est à -90m que Bruno, plongeur de soutien, me rejoint enfin. Posé, je peux regarder tous mes instruments de mesure. Et je découvre l’incroyable profondeur que j’ai atteinte : moins 308 m ! Lors de ces plongées profondes, je surveille en effet d’abord mon état, puis la pression partielle d’Oxygène. Ensuite le “run time” – le temps de plongée – et la durée prévue des paliers. La profondeur est finalement accessoire… Je ne me focalise pas dessus. Si mon corps dit oui, j’y vais. Je n’ai pas souffert : c’est vraiment la contrainte du temps de décompression qui m’a obligé à faire demi-tour.

T+40 minutes – Je ne peux plus respirer !

Nous montons au palier de -80 m. J’éprouve soudain de grandes difficultés à respirer ; cage thoracique bloquée ! Mes poumons semblent engorgés. J’ai le haut du corps comme enfermé dans une cage. Un empoisonnement du gaz ? Je change prestement d’embout de  recycleur mais rien n’y fait. Ce n’est pas la toxicité du gaz : le problème est autre. J’ai peur face à cette inconnue mais je vis. De toute façon toute panique est interdite. C’est la sagesse et l’expérience qui doivent parler… Je respire “par le ventre”, comme à l’entraînement. Difficilement. Comme à travers une paille. Mais, même si le volume ventilé est faible, il est suffisant. Les minutes passent… Bruno est là, avec moi. Il restera 4h à me surveiller. 

Pire encore : je ressens une vive douleur dans le dos. En plus des problèmes respiratoires je souffre d’une sensation oppressante, comme si ma combinaison était écrasée par la pression ; comme si la plaque métallique de mon harnais pesait des tonnes. Ce calvaire va durer plus d’une heure. Ce n’est qu’arrivé au palier des 30 mètres que l’étau se desserre et que je me sens enfin libéré. Je respire. Je suis vivant. Je me souviens…

Après le débriefing avec Bernard Gardette, physiologiste directeur des plongées profondes et des milieux extrêmes à la Comex – l’homme derrière les mythiques plongées profondes où Théo Mavrostomos a atteint la profondeur de -701m – Il semble que les illuminations visuelles que j’ai éprouvées soient un des symptômes du SNHP. Tout comme les tremblements, plus communs. De toute façon la palette des nombreux effets néfastes de cette atteinte neurologique due à l’hélium sous pression ont été très peu étudiés. Des problèmes de vomissements ont aussi été répertoriés. Encore heureux que celà ne me soit pas arrivé sous l’eau… Ce sont des affections physiques gênantes mais réversibles et  l’intellect n’est pas touché.

L’oppression respiratoire, par contre, semble être due à un dégazage massif d’hélium à cause de ma remontée trop rapide. Avec un afflux de bulles circulantes que j’ai réussi à éliminer petit à petit au niveau pulmonaire mais avec aussi des symptômes d’accident médullaire au niveau du dos et des reins. La moelle épinière… Un risque de paralysie définitive…

C’est vrai, nos ordinateurs sont réglés pour nous prévenir en cas de remontée trop rapide. Mais j’ai toujours calculé et appliqué des procédures personnelles et j’ai pris l’habitude de ne plus tenir compte de ces sonneries d’alerte. Et je les laisse piailler. En éloignant mon bras. C’est qui le patron ? Je me suis habitué à leur obsédante musique. Comme le mal marié, à la maison, qui n’entends plus sa femme crier…

Gardette me confirmera qu’on peut remonter assez vite de -300m à -200m mais qu’ensuite il faut ralentir impérativement avant le premier palier ! Des données précieuses dont je vais tenir compte pour adapter ma prochaine plongée profonde dans le puits terminal de la grotte de la Mescla dans les gorges du Var.

T+120 minutes – Le voyage immobile.

Franck nous a rejoint à son tour, dès 50m de profondeur. Il est temps de griffonner un message qui sera porté aux autres plongeurs, plus haut, et jusqu’en surface. Une simple feuille de papier mouillée mais qui en dit long : « Fred -308 m tt est OK« …

De nombreuses heures me séparent encore de la surface. Je suis doublement enfermé : dans la galerie noyée bien sûr mais aussi par cette limite physiologique qui m’interdit de toute façon de remonter directement sous peine d’accident de décompression grave voire fatal.

Je flotte. Dans une “phase dégradée”, presque somnolent. Il s’agit de régler ma physiologie au minimum vital. Faire corps avec l’eau. Sans efforts. Ecouter le temps se dilater. Rêver à l’au-delà…

 

 

T+200 minutes – Je perds les eaux…

J’arrive au pied du puits de sortie et je vois de très loin la lumière du jour. J’ai envie de crier. Au palier de -12 m, nouvelle alerte : je sens distinctement une perte de fluides, de la hanche jusqu’au pied. L’impression d’avoir uriné dans mon vêtement étanche et c’est une sensation tellement réaliste que j’ai un doute ! Je remue un peu : ma jambe fonctionne. Et je suis sec. Mais ma “vessie” semble intarissable. Gardette parlera de “sensations cutanées”, phénomène de décompression sans gravité.

9m. La cloche ! Je pourrais y finir ma décompression au sec, assis, jambes dans l’eau. Mais je décide de m’en passer. En effet, c’est un changement complet de configuration : il faudrait ôter le scaphandre, changer d’environnement et de position, accepter d’avoir la circulation sanguine en partie entravée. C’est risqué. Je suis horizontal, en gravité zéro, dans un état second, parfaitement allongé, et celà me semble préférable pour une bonne décompression. Je flotte en apesanteur, dans mon vaisseau de rocher. Heureux. Presque confortable. 

Je règle mon chauffage : Même si l’eau légèrement saumâtre – souvenirs de mer ancienne – est plutôt chaude, entre 18/19 °C, on risque de se refroidir. A cause de l’immobilité mais surtout à cause du courant qui est ici plus fort : Toutes les galeries de la fontaine se rejoignent et toutes les eaux sortent par ce puits et donc la déperdition calorique est plus importante. 

La vie est là ! Des anguilles curieuses viennent ajouter leurs tubulures souples à mon équipement. Des nuages de muges argentées dansent dans le soleil. Moins 6 mètres. Les draperies d’algues filamenteuses s’effilochent avec lenteur, dans le théâtre d’eau. Les racines enchevêtrées tordent leurs bras de lignite. L’envers de la roselière…
C’est le moment de siphonner mes flacons de compote d’abricot – on est en pays catalan ! – et pour moi qui ne mange jamais de sucre c’est un véritable booster d’énergie. Je réalise au passage que je suis sans doute déshydraté. Un mauvais point pour la décompression. Il faudra que je pense à boire plus lors de mes prochaines tentatives. 

Bientôt 7 heures que je suis sous l’eau. L’hélium a quitté peu à peu mon organisme ; l’air est là, tout près. Je le vois, au-delà du miroir de la surface. En toute humilité, je fais le point sur cette nouvelle contribution à l’exploration. C’est un grand bond en avant qui va casser bien des idées reçues. Un changement de paradigme pour le futur et pour toute la communauté.  

Notre activité d’exploration a toujours bénéficié des acquis précédents. Je repense à tous nos aînés, ces pionniers qui ont progressivement fait reculer les barrières psychologiques. C’est un nouveau jalon. Comme une planche jetée dans le marécage, pour pouvoir avancer plus loin. Les grands spéléonautes l’avaient tous fait. Il était temps que je le fasse à mon tour. J’éprouve de la fierté aussi. De ces instants de pure beauté que j’ai vécus. De ces quelques dizaines de mètres arrachés à l’inconnu. Et de pouvoir le raconter.

T+419 minutes – Surface ! 

J’émerge. Baisse mon masque et ma cagoule. Éclaboussures, gouttes d’argent, rires ; les bruits du dehors ; sourires des amis. L’odeur de la vie… 

 

Remerciements – Partenaires

Comex SASPhymarexBeuchat SeacraftIsotta HousingsMPS TechnologyPlongimageUrsuitAventure VerticaleEurodifroidXdeepCustom Diving SystemsPlongee.chDamian Jakubik –  Witold Hoffmann Alpha Requalification  – Santi DivingGeorges RuggeriOlivier Bertieaux Elisa Isotta Manlio PagottoNina Katia FerroLucie Šmejkalová   – Komninos BoutarasJakub SlamaMathieu Coulange  – Bernard Gardette –  Olivier Isler –  Cyril Brants –  Richard HarrisNuno GomesKrzysztof StarnawskiLuigi CasatiLaurent Miroult –  Alexandre Legrix –  Severi Rouvali

 

 

Plus en profondeur…

Mon matériel

 

J’ai sélectionné et testé au fil de mes plongées toute une gamme de matériel issu des meilleurs fabricants européens. Capable surtout de fonctionner et de résister aux pressions importantes des profondeurs où j’évolue (>300 m).

Isothermie
Vêtement étanche Ursuit (Finlande).
Sous-vêtement chauffant Santi (Pologne). J’en règle la chaleur fournie grâce aux batteries du DPV Seacraft. 

Equilibrage
Grâce au harnais XDeep (Pologne) et à la configuration “Sidemount” de mes recycleurs, j’obtiens un trim parfait avec un minimum de lestage. Je plonge sans bouée, utilisant uniquement l’inflation du vêtement pour l’équilibrage. Si par malheur l’un de mes recycleurs venait à prendre l’eau, rendant ma pesée négative et dangereuse, il me suffirait de le décrocher et de l’abandonner sur place. 

Respiration
Recycleurs
2 recycleurs à circuit fermé (Tchéquie) portés en sidemount. Je respire sur le principal (dégradé), fixé du côté gauche, tout en testant régulièrement celui de secours (redondance) sur le côté droit. Ce dernier est plus souple à la respiration en raison de la position du poumon inspiratoire, plus proche du corps. Filtres modifiés en taille autorisant chacun une durée de 9h en épuration C02. Avec une autonomie de 9/10 h par recycleur.

Mélange
Mélange Trimix 4/89 (Oxygène, Hélium, Azote). 

Réservoirs
Chaque recycleur comporte 2 bouteilles de 2 litres (oxygène pur et diluant) auxquelles j’ai ajouté une bouteille de 2 litres d’air comprimé à 374 bars pour le gonflage du vêtement et une autre de 2 l de diluant 4/89 (off board) pour compenser l’autonomie trop faible des recycleurs en grande profondeur. En totalité 6 bouteilles.

Décompression
2 Ordinateurs (Tchéquie), algorithmes Buhlmann modifiés, indépendants et solidaires de chaque recycleur.

Propulsion
2 scooters Seacraft Ghost (Pologne). Pression d’épreuve >300 m. Multi-vitesse. Plus de 10 h de fonctionnement pour 30 km d’autonomie. Servent également de batterie pour le chauffage. Supportent les éclairages principaux et une console inertielle de mesure. Prévus pour fonctionner couplés, je les ai désolidarisés, gardant l’un en secours fixé derrière moi, afin de pouvoir disposer d’une main libre, en navigation.

Vision
2 éclairages principaux de 50.000 lumens chacun fixés à l’avant du scooter. J’en suis le concepteur et le fabricant avec notre marque Callisto (France).
1 frontale Phaeton (Grèce) fixée sur le casque. 10 h d’autonomie à 20W réglables pour pouvoir éclairer le champ proche, les mains lors des manœuvres de dévidoir (technique française)…
1 lampe Tillytec (Allemagne) fixée sur le bras : 2 h à 4200 lumens.

Images et mesures
Console de navigation ENC 3 Seacraft (Pologne). C’est une centrale inertielle qui permet d’enregistrer la position dans l’espace couplée avec un loch top comme en navigation à la voile, petite hélice permettant de relever le déplacement.
Caméra en caisson Isotta (Italie) portée sur la tête.

Divers
Plusieurs outils et sécateurs.
Harnais, sanglages et bouclerie.
Palmes, matériel de secours (masque…), d’éclairage et de confort.

Décompression
Cloche individuelle installée à – 9 m. Évolutive jusqu’à – 6 m. Fixée par câbles sur le fond avec lest ou spits (pitons à expansion). Position assise, jambes dans l’eau. Fabrication maison. 2 x 4 h d’autonomie en oxygène par bouteilles en circuit ouvert. 

 

La configuration pour Font Estramar : trim parfait avec deux recycleurs sidemount, un scooter principal et un scooter de secours tracté.

 

Mélanges de gaz et consommations.

 

Le profil de la plongée. Enregistrement de la console ENC3 du DPV Seacraft.

Type de mélange
J’utilise des Trimix. Pour cette plongée, du 4/89 que je prépare moi-même. Pourquoi du Trimix plutôt que de l’Héliox ? J’ai fais des essais mais le Trimix est beaucoup plus “confortable”. De plus, la présence de l’azote dans le mélange limiterait le SNHP (syndrôme nerveux des hautes pressions) grâce à l’effet narcotique de l’azote. J’en utilise un faible pourcentage dans les mélanges (entre 7 et 10%) pour éviter la narcose et limiter la saturation en azote. Pour cette plongée, l’équivalence air comprimé en azote correspondait à – 30 m. L’isothermie est également meilleure. 

Qu’en est-il de l’usage de l’Hydrogène comme diluant en plongée profonde ? L’australien Richard Harris l’a testé avec succès lors de l’exploration de la Pearse River en Nouvelle Zélande. C’est novateur et peut-être est-ce l’avenir ? Nous sommes en effet des “plongeurs d’essai”. Mais il n’y a pas assez de recul sur la décompression. D’après Bernard Gardette de Comex, qui avait réussi les premières plongées très profondes avec ce gaz, les algorithmes de décompression pour l’Hydrogène sont calqués sur ceux utilisés pour l’Hélium et cela n’apporterait donc rien en termes de performances. 

Il y a surtout un sérieux problème de sécurité : mélangé à l’Oxygène, l’Hydrogène risque de réagir de façon explosive pour produire… de l’eau ! C’est un mélange instable qui demande des procédures industrielles rigoureuses : On ne peut pas faire ça dans son jardin… 

Fabrication des mélanges
Au départ de bouteilles industrielles B50 de gaz purs avec les procédures habituelles. D’abord je transfère l’Oxygène, puis l’Hélium puis je rajoute de l’air. A tous moments je contrôle le taux d’O2 avec plusieurs instruments et mes tableurs. Vient ensuite la procédure de surpression pour remplir les bouteilles de plongée avec un booster MPS Technology 380 bars, société italienne qui me suit depuis longtemps.

Recyclage des gaz et décarbonation
2 recycleurs sidemount avec filtres de 3 kg de chaux “Sofnolime”. J’ai dû modifier la taille des filtres d’origine pour des modèles beaucoup plus gros à cause des profondeurs atteintes. A défaut le gaz risque de ne pas avoir le temps de parcourir la boucle correctement : Je risque de respirer un gaz non filtré et de m’intoxiquer au CO2 ! Je me suis inspiré de ce qu’avaient développé les militaires US pour leurs plongées au-delà de 200 m. Des modèles de recycleurs de secours Comex aussi… Avec bien sûr des implications en termes de confort respiratoire et de pesée. J’ai dû m’acclimater et adapter ma technique en conséquence.
Notons que la descente est tellement rapide que je respire directement le 4/89 que j’injecte. Le recycleur fonctionne alors comme un détendeur : le gaz n’a pas le temps de réellement circuler dans la boucle.  

Contrôle de l’Oxygène
Ce sont des recycleurs électroniques mais désactivés : Pendant la plongée, je contrôle manuellement la pression partielle d’Oxygène en permanence. Je suis plus “oxygéné” qu’à l’air libre mais j’ai choisi, au contraire de beaucoup, de plonger avec un taux d’Oxygène très bas, même aux paliers (pp O2 < 1.6). Je crains par-dessus tout l’hyperoxie. Sur l’ordinateur je peux lire la toxicité potentielle du mélange. En fonction de cela, j’injecte ou pas le diluant ou l’Oxygène. C’est comme un inflateur de stab, très pratique : Droite oxy, gauche mix.

Les chiffres d’un des deux ordinateurs.

Décompression
Les ordinateurs fonctionnent avec les algorithmes Bulhman traditionnels. Connectés au recycleur, ils monitorent en temps réel le gaz que je respire. Et calculent une décompression théorique à partir de la profondeur de -50 où commence le compte à rebours pour ce profil de cavité. Pour réduire les durées de décompression, en plus de procédures personnelles issues de mon expérience et de ma physiologie, j’ai adopté un Gradient Factor de 80/80 ce qui est assez engagé. Je frôle en effet la courbe de désaturation maximum (à 80 %). D’habitude on suit un GF de  50/80… Suite aux acquis de cette dernière plongée et pour préparer les futures tentatives, Bernard Gardette m’a d’ailleurs envoyé de nouvelles courbes adaptées à ma physiologie.

Consommation
Comme on le voit sur les différents tableaux de données, au cours de cette plongée de 7 h jusqu’à – 308 m, je n’aurais consommé que 850 litres de diluant Trimix 4/89 et 486 litres d’oxygène pur. Soit une moyenne de 0,4 l/min d’Oxygène en tenant compte des nombreux rinçages. Un métabolisme extrêmement bas…

 

Préparation physique et mentale pour ce type de plongée

 

Au fil des tentatives, nous avons progressivement abandonné la notion de “redondance mixte” en transportant des bouteilles “bail-out” en circuit ouvert. C’est inutile à ces profondeurs car bien trop lourd ! En circuit ouvert, pour ce type de plongée, il aurait fallu transporter 25 à 35 kg de gaz divers, soit l’équivalent de 10 bouteilles de 20 l à 200 b pour  un poids de plus de 200 kg… De plus, un détendeur classique ne fonctionne pas correctement à ces profondeurs : Les débits nécessaires sont bien trop importants. 

Ce qui veut dire qu’il faut développer une adaptation psychologique aux risques potentiels de panne sur le recycleur principal. D’où l’emploi d’un deuxième recycleur en redondance. Nous avons donc entièrement basculé de la technique en circuit ouvert à celle en circuit fermé. Ce qui étonne tous les plongeurs de l’ancienne génération, habitués à une respiration “assistée”. En effet, les détendeurs, sans qu’on en prenne conscience, sont très souples à l’inspiration ce qui déclenche un afflux de gaz à pression positive. Avec les recycleurs c’est différent : Ce sont nos poumons qui décident et il faut un entraînement tant physique que psychologique pour pouvoir se ventiler efficacement. On doit maîtriser ses rythmes respiratoires, sa consommation, son métabolisme. Et ne surtout pas se laisser entraîner dans la zone de l’effort sous peine d’essoufflements incontrôlables et souvent fatals. Il faut acquérir la force de se ventiler soi-même pendant tant de temps. J’ai l’expérience de plongées de plus de 15 h avec ce type de mélanges et de matériel.

Mon objectif est d’être le plus léger possible. Le plus hydrodynamique. D’aller à l’essentiel. Pour pouvoir progresser sous l’eau vite et sans fatigue excessive et inutile. En pleine possession de mes moyens sans accessoires superflus pouvant influencer mon état psychologique. Ainsi j’ai renoncé aux manomètres de contrôle des pressions de mes bouteilles tant je suis réglé au plus fin. une connaissance acquise au fil de mes plongées d’entraînement et de mises au point. Je connais exactement mes consommations. Un genre de “technique alpine” adaptée à l’exploration profonde en siphon…

 

L’historique des explorations à Font Estramar.
De Cousteau à Swierczynski…

 

Les premières expéditions de Cousteau. © Piovano

C’est à l’initiative du Pr Petit, Directeur du Laboratoire Arago de Banyuls-sur-Mer que le 27 août 1949, deux officiers du 11ème BPC (Bataillon Parachutiste de Choc) : le Lieutenant Dupas et le Lieutenant de Vaisseau George, plongent dans le gouffre, équipés du scaphandre autonome Cousteau-Gagnan. Ils pénètrent par une entrée se présentant sous la forme d’un porche à environ quatre mètres sous la surface, au pied même de la falaise qui surplombe la vasque. De là, ils progressent dans un puits vertical d’environ six mètres de hauteur débouchant dans une grande salle totalement immergée à – 14 mètres d’où semblent partir deux galeries opposées, l’une vers le sud et l’autre vers le nord. Constatant que ces galeries continuent à s’enfoncer inexorablement dans la montagne, les plongeurs préfèrent ne pas pousser plus loin l’exploration et décident de remonter faute d’un équipement plus adapté.

Suivent les expéditions menées en 1951 par Cousteau, Tazieff et d’autres grands plongeurs… Plusieurs galeries annexes sont explorées autour du conduit principal. La profondeur atteinte en 1955 est de 50 mètres, les techniques de l’époque ne permettant pas de descendre plus bas.
Dans les années 1970, Claude Touloumdjian explore 850 mètres de galeries au total dans plusieurs branches du réseau. En 1981, Francis Le Guen avance dans le conduit principal jusqu’au puits du silence (côte 410 m) et l’explore jusqu’à – 58 m.
En 1991, est créée L’ARFE (Association de Recherches de Font Estramar) et la profondeur de 164 m est atteinte le 15 août 1997 par le suisse Cyrille Brandt. Pascal Bernabé poursuit jusqu’à ?184 m le 4 juin 2006. Jordi Yherla, plongeur catalan, descend à -191 m sans trouver de suite au siphon, en juillet 2013. 

Le précédent profil d’exploration © Meniscus.

Le 16 août 2013, Xavier Méniscus, équipé de double recycleur et aidé par une grosse équipe internationale, poursuit l’exploration de la cavité dans le puits du Loukoum géant situé à 513 mètres de l’entrée, jusqu’à la profondeur de -248 mètres (900 m du départ), portant le développement de la cavité à environ 2 900 mètres.
En juillet 2015, le même plongeur, avec l’aide d’une quinzaine d’équipiers, repousse l’exploration d’une trentaine de mètres à une profondeur de -262 mètres.
En juin 2019, Xavier Méniscus poursuit son exploration sur une distance de 50 m à l’horizontale à la profondeur de 262 mètres pour atteindre la lèvre d’un puits vertical.
Après ces trois explorations, le 30 décembre 2019 Xavier Méniscus descend jusqu’à -286 mètres dans les entrailles de la Font Estramar, à une distance de 1 020 m de l’entrée.
Le 3 novembre 2023 le plongeur marseillais Frédéric Swierczynski atteint la profondeur de -308 mètres, nouveau record mondial, au cours d’une plongée de 6 heures 59. Arrêt devant le vide après avoir tiré 70 mètres de fil…
Le 7 janvier 2024 Xavier Méniscus prolonge la galerie jusqu’à – 312 m. Arrêt sur rien…

 

Une source maudite ?
En raison de nombreux accidents, Font Estramar a une bien mauvaise réputation de cavité  “accidentogène”. En juillet 1955 déjà, lors d’un tournage pour la télévision avec Haroun Tazieff, le plongeur Jean-Claude Guiter s’égare dans un boyau annexe de la galerie sud et y trouve la mort. Une plaque sur la falaise commémore ce décès qui marquera les esprits. Cet accident mortel justifia une interdiction temporaire de plongée. Le plongeur n’ayant pas été retrouvé, la portion de galerie où son corps était supposé reposer fut obstruée. Ce n’est qu’en 1958 que son corps est vu par André Bonneau, coincé dans une cheminée. 

Un autre plongeur tchèque meurt dans Font Estramar en mai 2008. La source récolte à cette occasion sa sinistre réputation de “gouffre tueur” alors qu’il n’en est rien. Un réseau labyrinthique, certes, et profond mais pas plus dangereux que beaucoup de grottes noyées moins connues, et donc moins fréquentées. Cette résurgence est le seul site dans la région, donc davantage de plongeurs s’y rendent. Mais il y a plus de gens qui meurent sur les plages, ou en montagne, qu’ici… Le problème, c’est que c’est l’inconnu. La plongée souterraine d’exploration est une discipline pointue, qui demande un entraînement et des techniques spécifiques et rigoureuses sous peine de mort.

Comme le rappelle Frédéric : “Il est dommage que les Pyrénées-Orientales ne fassent pas comme d’autres départements. Le Lot, par exemple, est la première destination en Europe et attire des plongeurs du monde entier ; une manne économique incroyable. Le département a pris les devants : ils ont fait tout ce qu’il faut pour accueillir les plongeurs. Il serait  temps que les choses soient faites de la même manière à Font Estramar”. 

Mais la popularité de cette source catalane ne fait que grandir et la série noire continue. Le 24 mai 2012, un spécialiste du lieu, le Gruissanais Jean-Luc Armengaud y perd la vie. On recense également, le 23 janvier 2016, le décès d’un plongeur sétois d’une cinquantaine d’années, puis le 10 juin 2017 le décès d’un finlandais de 44 ans dont le corps a été retrouvé bien au delà des -200 m par Frédéric Swierczynski. Le cascadeur belge Marc Sluszny disparaît à son tour dans un accident de plongée le 28 juin 2018. Le 9 juillet suivant, Laurent Rouchette, un plongeur-spéléologue du Spéléo Secours Français, décède pendant la recherche du corps. Le 19 juillet 2023 enfin, un plongeur expérimenté originaire du Puy-de-Dôme, âgé de 63 ans, a perdu la vie en regagnant la surface.

 

L’équipe du record

 

De gauche à droite : Ugo Tonolini, Bruno Gaidan, Yvan Dricot, Michel Ruiz, Frédéric Swierczynski, Franck Gentili, Christian Deit. Hors champs : Christophe Imbernon, Patrice Cabanel.

Christian Deit
55 ans. Chef de plongée. Responsable technique Spéléo Secours. Gestion de la cloche. Habitué des lieux, c’est “L’homme de Font Estramar”. Il avait chapeauté aussi la plongée de Pascal Barnabé à – 330 m en mer. 

Frédéric Swierczynski
50 ans, plongeur de pointe.

Bruno Gaidan
65 ans, plongeur de soutien décompression profonde. 4h de plongée de -130 m à – 9 m.

Franck Gentili
54 ans. Soutien décompression profonde de – 130 m à – 50 m. 2h 30 de plongée.

Patrice Cabanel
30 ans, plongeur d’assistance, jusqu’à -190m. Prises de vues vidéo. Montage et installation de la cloche.

Ugo Tonolini
30 ans. Montage cloche. Soutien décompression à – 6m.

Et la “team des catalans”, les plongeurs locaux :

Yvan Dricot
60 ans. Logistique et bonne humeur.

Michel Ruiz
60 ans. Plongeur de soutien. Montage de la cloche de décompression. Logistique.

Christophe Imbernon
30 ans, plongeur de soutien. Plongées préparatoires. Logistique. Prises de vues. 

 

Les plongeurs d’assistance Bruno Gaidan et Franck Gentili se croisent dans la galerie principale.

 

De + 5870 m à – 308 m : Fred, l’explorateur amphibie.

 

Explorateur spéléonaute. Vit à Marseille – France. 50 ans. Ingénieur mécanique. Instructeur Trimix, Cave et Recycleurs. Plongeur depuis l’âge de 12 ans. Première plongée Trimix solo à -120 m à l’âge de 18 ans. A commencé l’usage du recycleur en 2000. 

Octobre 1994
Font Del Truffe (Lot – France). Plus longue plongée “multi-siphons” : 21 heures.

Novembre 1999
Saint Sauveur (Lot – France). Galerie principale explorée jusqu’à – 98m. 

Mai 2016
Port Miou (Calanques de Marseille). Nouvelle galerie profonde découverte dans le puits “terminal”, à 1600 m de l’entrée. + 140 m.

Août 2016
Grotte de la Mescla (Gorges du Var – Alpes Maritimes). Exploration du siphon n° 3 jusqu’à -267 m.

Mai 2017
Crveno jezero (Lac Rouge – Croatie). 3ème gouffre kartstique le plus large du monde, exploré jusqu’au fond à -240 m au cours d’une plongée de 180 minutes.

Mai 2019
Lac Ojos del Salado (Argentine). Record du monde de plongée en altitude à 5870 m.

Août 2019
Miljacka – Cetina Glavas & Gospodska (Balkans). Camp souterrain post siphon. Plus d’un kilomètre de premières.

Septembre 2019
Harasib (Namibie). Plongées profondes (>100 m) et scientifiques au fond d’un gouffre karstique de plus de 120 mètres.

Novembre 2023
Record du monde de profondeur à Font Estramar en France : -308 m.

 

 

 

Spéléométrie

 

Les 15 plongées souterraines les plus profondes au monde (explorations humaines).

Font d’Estramar France -312 m

-308 m

Xavier Meniscus

Frédéric Swierczynski

Boesmansgat Afrique du sud -283 m Nuño Gomez
Zacatón Mexique -282 m Jim Bowden
Tianchuang Chine -277 m Han Ting †
Hranická propast République tchèque -265 m Krzysztof Starnawski
Nacimiento
del Rio Mante
Mexique -264 m Sheck Exley †
Fontaine de Vaucluse France -250 m Pascal Barnabé
Viroit cave Albanie -278 m Krzysztof Starnawski
Lago Azul Brésil -274 m Gilberto Menezes de Oliveira
Grotte de la Mescla France -267 m Frédéric Swierczynski
Vrelo cave Macédoine -246 m Luigi Casati
Crveno jezero Croatie -240 m Frédéric Swierczynski
Goul de la Tannerie France -240 m Xavier Meniscus
Sra Keow cave Thaïlande -240 m Ben Reymenants &
Cedric Verdier
Port Miou France -233 m Xavier Meniscus

 

† : décédé lors d’une tentative

 

Les gouffres noyés les plus profonds au monde (exploration par sondages).

Hranická propast République tchèque -404 m
Pozzo del Merro Italie -392 m
Nacimiento del Rio Mante Mexique -329 m
Zacatón Mexique -319 m
Fontaine de Vaucluse France -315 m
Trou du dragon Chine -300 m
Taam Ja’ Mexique -274 m
Goluboe Ozero Russie -258 m

 


L’hydrogéologie de Font Estramar

 

Font Estramar (ou source de la Rigole) tire son nom de « Font Extrema », en référence à sa situation à l’extrême limite du territoire de la commune de Salses-le-Château (Pyrénées Orientales). Elle jaillit au pied d’une petite falaise, au bord de l’autoroute. Un escarpement d’origine tectonique, sur le rebord d’un plateau de près de 200 m d’altitude, dans les calcaires massifs de faciès urgonien (barrémo-aptiens). 

Elle draine conjointement avec Font Dame le système karstique des Corbières d’Opoul et du synclinal du Bas-Agly et reçoit les pertes des rivières Agly et Verdouble. Elle constitue le principal apport d’eau douce à l’étang de Salses-Leucate. Le système karstique est également connecté avec l’aquifère plio-quaternaire, importante ressource en eau pour la région de Perpignan. L’écoulement de la résurgence est utilisé en aval de la vasque par une pisciculture avant de rejoindre la mer.

Font-Dame est une source sous-lacustre, formée de huit fissures émissives dissimulées par un marais flottant de phragmites (roselière exploitée). Toutes les deux sont des sources vauclusiennes importantes avec un débit d’étiage de 1,5 m3/s pour Font Estramar et 2 m3/s pour Font-Dame. D’autres sources jalonnent le même contact tectonique : l’exsurgence temporaire du Malpas, et des émergences à travers les alluvions, dans la plaine de Salses. L’ensemble représente les exutoires de l’hydrosystème karstique des Corbières sud-orientales.

L’eau est légèrement saumâtre, sans doute à cause de l’intrusion de biseaux salés profonds  provenant de l’étang de Leucate et de la mer. En effet, au Miocène Supérieur, lors de la “crise Messinienne”, il y a plus de 5 millions d’années, l’évaporation et la régression de la mer Méditerranée sur plus de 1000 m de profondeur entraîna une forte karstification sous le niveau marin actuel (à -300 / -400 m). Température constante tout au long de l’année : 17,8°C.

Annexes

Mesures de la salinité de Font Estramar par Bruno Arfib – Aix-Marseille Université. Courbe de la plongée du 28/10/23, enregistrée par la sonde CTD.

« On repère assez bien que l’eau de la galerie annexe située vers -35m est plus chaude et plus salée. Sur la galerie profonde, la salinité et la température restent constantes, ne montrant pas d’arrivée d’eau différente. L’eau est beaucoup moins salée qu’à Port-Miou, mais plus chaude »…

Résumé de l’hydrogéologie de la source et site karsteau.

Croatie, Namibie, Sardaigne, Argentine, France, Malte, Cap Vert, Italie, Botswana… Autres entraînements, premières et expéditions de Fred à découvrir sur son site UWX.fr.

 

© Alexandre Legrix. Fred Swierczinsky à Port Miou – France

 

Fred Swierczinsky au Ressel – France © Alexandre Legrix.

 

 

Publié le Nov 16, 2023

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