handiplongéePour nous autres valides, le handicap est trop souvent l’occasion de se voiler la face. Egoïsme, indifférence, peur de la « différence », quand ce n’est pas l’agacement ou les réflexions stupides devant les places vacantes qui leurs sont réservées dans un parking bondé… Et pourtant, imaginons nous un instant à leur place… Il arrive aussi que l’eau dilue ces différences et offre aux accidentés de la vie une mobilité à laquelle il ne rêvaient plus. Un miracle qui vaut bien ceux de Lourdes. Témoin, ce mail que j’ai reçu d’Eddy Bottemane et qui m’a touché. Une belle histoire, exemplaire…

Bonjour. Ce que j’aimerais vous raconter n’est pas vraiment un commentaire au sujet de votre émission, que je regarde régulièrement, mais un témoignage, le témoignage sur un sujet qui, si je ne me trompe, n’a jamais été abordé et qui serait aussi un message d’espoir pour certains. Je m’appelle Eddy, j’ai 47 ans, ce qui peut sembler tard pour commencer la plongée, mais voila, je suis invalide depuis 10 ans… En juillet 2006 j’ai du me faire placer une prothèse de cheville suite à une fracture qui ne s’est jamais rétablie ; s’en est suivi deux mois de plâtre mais pas question de faire faux bon à mon fils pour nos vacances.

Août, nous prenons l’avion destination Hurghada en Egypte. Rien n’était planifié mais nous décidons de tenter le snorkeling ; Damien nage comme un poisson et moi, ex-compétiteur en natation, je devrais pouvoir m’en sortir. En fait, c’est même mieux : ma cheville tient le coup et nous découvrons ensemble ce « monde du silence » qui m’avait tant fait rêver. C’est décidé, la Mer Rouge et nous, prenons rendez vous pour plus d’affinités en 2007. Fin 2006, nouveau gros problème : je dois être réopéré pour la deuxième fois au dos, un canal étroit comprimant la moelle épinière et me paralysant partiellement à partir des hanches. L’opération est une réussite mais me laisse encore moins de sensations dans les jambes et les pieds ; au moins une béquille est indispensable pour la marche. Qu’à cela ne tienne, après 6 interventions lourdes, ce n’est pas la petite dernière qui m’arrêtera.

Juin, nous reprenons le chemin de l’Egypte, à Sharm-El Sheik cette fois, et pour deux semaines. Damien et moi sommes seul à tenter d’obtenir le brevet « open water » et c’est tant mieux vu la tête de Sherif, notre instructeur, quant il a vu la béquille et surtout les quelques 2 mètres de cicatrices qui parsèment mon corps. Ca me laisse l’occasion de plaider ma cause et de mettre au point quelques facilités comme de ne pas avoir à être debout avec l’équipement sur le dos et ne pas devoir remonter avec. Tout d’abord, cours théoriques et puis piscine, depuis le temps que je n’y avais pas mis un pied … mais très vite je retrouve les automatismes de nageur et les exercices ne nécessitent pas de bis. Deuxième jour ; toujours la théorie et enfin la première plongée en mer et premières impressions in situ. Que de merveilles…tout est de couleurs dont certaines ne me paraissent pas appartenir à la rose chromatique ; des couleurs chatoyantes, changeantes, possédant une profondeur inconnue… Et surtout, je me sens comme le papillon qui quitte sa chrysalide ; je me sens revivre, mon poids n’est plus un problème, mes prothèses de genou et de cheville se font (presque) oublier et plus encore, je surprends mon fils en retrouvant une aisance que lui n’a pu encore acquérir. Mieux, je me retrouve en train de lui rappeler quelques conseils par gestes qui font que Sherif me demande de lui laisser de la place. Comme la veille, les exercices passent comme une lettre à la poste. Dès lors, je crois que nous avons joui d’une grande latitude pour les plongées suivantes et celles-ci sont à jamais le plus beau souvenir que je garderai de ces dernières années. Ce ne seront pas les derniers souvenirs puisque j’ai passé cet hiver à acheter mon matériel (indispensable avec mon mètre 81, ma carrure et mon problème de dos). 2008 sera l’année du brevet supérieur et de mon retour dans une autre vie. Voila, j’espère ne pas avoir été trop long, mais j’aimerais faire savoir, à tout ceux qui connaissent des problèmes de mobilité, qu’il nous reste un monde qui nous est parfois plus accessible que nos bâtiments public. Sic.

Modeste, Eddy tient à préciser ceci :

De retour de Sharm-El Sheik, j’étais révolté que personne ne m’aie renseigné sur la possibilité pour un handi de faire de la plongée. Pas pour moi puisque j’ai une certaine autonomie, mais en pensant à tous ces gens que l’on cloitre à vie dans un fauteuil. De fait, en Belgique, les recherches pour trouver un club (adapté) ont pris 5 mois et pour cause ; même le « site » est hébergé par le club qui nous prête gratuitement leur matériel. Voir Ecole de Plongée de Namur. Je n’ai jamais été à m’apitoyer sur mon sort, et je précise que dans cette histoire je ne suis pas le héros.

Ces héros, ce sont ces des hémiplégiques, des tétraplégiques et même une jeune fille amputée des deux bras que je côtoie chaque semaine à la piscine. Ces gens plongent de plus en carrière, lac et ont même prévu une plongée en Zélande pour préparer une semaine de plongée en Egypte début octobre.

Les héros, ce sont aussi les bénévoles qui nous prennent en charge (41 pour 17 handis) alors que certains individus occupent sciemment nos places de parking ou laissent la porte se refermer sous notre nez…