CichlidéUn chemin de racines dans la forêt, au sud de Tulum… La chaleur est déjà écrasante et, dans les nuées de moustiques, matériel de plongée sur le dos, nous approchons du cénote Angelita… Dans une trouée de lumière, un trou d’eau bleue apparaît où se reflètent la luxuriance des plantes qui l’entoure. Un entrelacs de racines sera notre plongeoir. D’énormes Morfos aux ailes bleues papillonnent et atterrissent parfois sur les larges feuilles jaunies, amarrées à la surface de l’eau. Nous glissons dans l’eau le plus discrètement possible, pour ne pas déranger l’hôte étrange de ces lieux. Des myriades de poissons se cachent dans les racines : des Cichlidés, poissons d’aquariophiles d’une infinie variété de formes et de couleurs, qui ont décidément le chic pour proliférer dans les endroits les plus improbables : dans une autre vie ils ont dû être des poissons volants ! J’en avais photographié dans le lac Malawi et dans les gouffres de Namibie… Comment ce sont-ils retrouvés ici, au coeur de la jungle ? Autre mystère…

L'entrée du cenote AngelitaCamouflés sous le voile laiteux de la surface, Nicolas et moi avançons vers la rive opposée… Il est là ! Tête hors de l’eau, pattes écartées comme un lutteur : un alligator… La queue en dents de scie et des belles écailles alternativement brunes et jaunes. Le temps de régler le diaph, l’animal fuit par ma gauche et je déclenche au jugé. La photo est trop mauvaise pour que je la publie mais j’ai la preuve ! La légende n’en est pas une : un crocodile vit bien ici. Quand à savoir comment il s’est retrouvé dans cette prison de roche, c’est une autre histoire…

Laissant au dessus de nous la sourde menace saurienne, nous piquons vers le fond dans une cheminée verticale de 30 m de diamètre. L’eau est transparente mais en l’absence de parois, l’onscurité règne. De temps à autres, le pinceau étroit de nos lampes accroche une stalactite géante ou la chevelure rousse des racines d’arbres. Dans ce puits sans fond le végétal copie le minéral. A contre jour, l’orifice du cénote se révèle, zébré par la frondaison nue d’un arbre renversé, éclair noir dans l’orage bleu…

Cenote Angelita - 30mUn fond étrange apparaît : une demi lune de sédiments entourée de brume. Une forêt d’arbres sans feuilles semble défendre le fond du gouffre. Le fond apparent, à moins 30 mètres… Car nous sommes arrivés dans une eau plus chaude et opaque qui camoufle totalement ce qu’il y a dessous. Je vous avais promis différentes sortes d’eau, voici la première : une eau saturée d’hydrogène sulfuré, peut-être d’origine hydrothermale.

Cenote Angelita - mélange des eauxNicolas disparaît à demi dans l’interface. Savoir que le vide aquatique continue sous nos palmes, sans qu’on puisse distinguer quoi que ce soit est légèrement angoissant. Quels monstres se cachent dans le ventre obscur du cénote ? Je ressens même une légère narcose en plongeant à mon tour dans la cécité. Perte de repères… Nous sommes sous paliers et mon phare s’éteint. Sommes nous restés si longtemps ? Il est temps de s’arracher au sortilège et de remonter le long d’une paroi scoriacée, comme rongée à l’acide…

Stalactites du cenote AngelitaL’oeil d’ombre d’une grotte cornue de stalactites nous regarde passer, promesse d’autres explorations à venir… Nous faisons les paliers en suivant la rive ou mille choses furtives nagent et rampent, à l’abri des palmes et des racines. Mais le crocodile reste bien caché.

C’est alors que Nicolas débusque une grosse tortue-alligator qui se met à brasser en tous sens, furieuse d’avoir été découverte.

Tortue dans le cenote AngelitaSur sa carapace, une forêt d’algues vertes a proliféré, ce qui doit lui procurer un camouflage efficace. Plongeur dans la pierre, je sors littéralement « stoned » de cette plongée. A la fois apaisé et aimanté par ce fond qui se refuse. L’appel de l’eau secrète. Le démon est toujours là…

Si vous aussi vous voulez faire ce voyage, consultez Blue Lagoon et Phocea Riviera Maya.