Posts Tagged “Playa del Carmen”

plongeurs international Mexique Playa del Carmen requins baleineLe nouveau Plongeurs International (opus n° 94) est en kiosque. Au sommaire, un grand dossier polémique : “Êtes-vous un bon plongeur ? Hein ? Hein ? Sûrs ?

Également notre article sur les plongées à Playa del Carmen et avec les requins baleine d’Holbox. Destination desservie par Blue Lagoon avec le centre Phocea Riviera Maya. Ci dessous, en bonus, encore quelques photos inédites de ce voyage… A bientôt pour le prochain reportage !

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Crabe diadème

Pour cette dernière plongée, je reprendrais bien un peu de poisson… Direction le récif Barracuda. Avec le sentiment très particulier associé à “la dernière plongée”, je glisse dans l’huile bleue. Et survole les plantations de gorgone, les rides de sable blanc. Équilibre impeccable, couchage dans l’eau confortable, accessoires étanches et bien ajustés : j’entends profiter de cette “dernière” avec une acuité qui m’étonne moi même. Un peu d’ambiance, entre deux eaux, entre mer de sable et nuage, immatérielle turquoise… Un peu de flore dans le métronome des gorgones déroulant leurs cheveux d’Ange. Des éponges pour rendre le tout confortable… Et un peu de faune : un poisson ange français virevolte là bas. Port remarquable, robe racée : il se tient manifestement à distance du roturier que je suis. Il me faudrait le luxe d’attendre…

Monnaie Caraïbes

Un chirurgien bleu répond par contre tout de suite à mes voeux. Et présente son meilleur profil. Et son rasoir dressé sur la caudale… Dans une éponge à trois coups, je repère de l’agitation : trois crabes diadème en pleine querelle de voisinage. Je jette mon dévolu sur celui qui semble faire des pointes, à l’orée de son éponge. Mais comment l’éclairer ? Je suis si prêt que le flash ne peut être dans l’axe. En sous exposant largement, je choisis d’éclairer à travers la transparence de l’éponge en collant le flash dessus. Une sorte de réflecteur naturel… Qui m’a permis d’isoler sur fond noir le crabe minuscule.

Une plongée sous le signe du crustacé puisque nous avons (re)vu ce crabe minuscule camouflé d’éponges noires, qui ne ressemble à rien ! Mais aussi… La langouste, et deux araignées de mer avec des pinces d’onanistes professionnelles… Mais surtout, j’ai enfin vu l’emblème de la plongée caraïbes : ce minuscule coquillage léopard qui vit en symbiose avec les gorgones mauves. Ça tient à rien des fois hein ? Mais ça m’aurait vraiment “troué le sac” de passer à côté sans le voir. D’autant qu’il y en a plein. Il paraît… Comme de tortues vertes, comme d’hippocampes oranges, comme de cocktails bleus… Pfff… Allez : un petit étal de poissons, pour la route…

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Un voyage d’achevé : 10 de retrouvés ? Peut-être… A l’heure qu’il est je prépare en tout cas le suivant. Ce sera la Thaïlande, le Sulawesi ou… Cuba !

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banc-poissons-300x199 La grotte aux poissons de verre plongeriesFaible profondeur pour cette deuxième plongée de la matinée, donc. Nous survolons un décor assez banal mais couvert de poissons. Surf sur écailles, raft sur nageoires, descente de caudales : l’impression d’avancer sur un tapis de poissons ! Différentes espèces de lutjans pour la plupart, qui n’en finissent pas de couler.

Nous croisons en chemin une tortue, en train de faire son ménage dans les coraux, éponge au bec. Oui, c’est d’un banal… Un petit salut, et on passe notre chemin. Personne ne s’arrête plus pour une tortue aujourd’hui…

poisson-pierre-300x199 La grotte aux poissons de verre plongeriesUne petite roche qui ne paye pas de mine ? C’est l’objectif ! Rétrofusée, atterrissage dans le sable, juste devant un gros poisson pierre presque entièrement camouflé. Et je dérive dessuuuuus… Grand écart, abdos (ou ce qu’il en reste) rentrés, lumière, cadrage, photo !

C’est alors que je vois la roche se détacher de sa base et se mettre à flotter… Une illusion d’optique quand on prend comme point fixe le banc énorme d’alevins qui fuit par les 3 orifices de la grottes. A l’estime, nous pénétrons dans le tunnel entièrement occupé par des millions de poissons. Ce ne dont d’ailleurs pas des poissons de verre mais des alevins d’une autre espèce (des tazards ?).

alevins-300x199 La grotte aux poissons de verre plongeries

Je ne me lasse pas de jouer avec les poissons en banc. Même si des algorithmes puissants sont aujourd’hui capables de simuler la dynamique du banc de poisson, il est toujours agréable de se confronter avec l’original. Puiser à pleines brassés dans ce nuage vivant. Se faire démiurge le temps d’écarter les doigts. Sculpter cette lumière liquide. Comprendre ces organismes qui semblent n’en faire qu’un seul… Comme nos cellules et notre corps tout entier peut être considérée comme un agrégat de bactéries symbiotiques. Spectacle stimulant, si bien que nous allons passer toute la plongée (de plus d’une heure et demi tout de même) dans cette cavité sans charme si ce n’est cette fontaine de poissons, toujours recommencée.

Le jeu étant d’arriver à distinguer mon docile modèle dans le délire ichtyologique ! Des bourrasques vivantes nous fouettent, soulèvent le sable à leur suite. Le banc se calme, gonfle puis explose à nouveau, surligne les fissures, disparaît comme un gaz détendu pour se recondenser là bas…

alevins2-199x300 La grotte aux poissons de verre plongeries

Avec mon modèle plus à l’aise dans l’immobilité des grottes, nous avons bien du mal à synchroniser nos efforts pour conduire le banc de poisson ou l’objectif l’exige, c’est à dire un endroit non prévu par la nature. Le plongeur calé dans son hublot de lumière, il ne me reste plus qu’à me placer, ultracambré. Laa… Flash réglé… Envoyez les poissons ! Et c’est là que ça se gate. Je n’ai pas 4 bras ! Alors, de temps à autre, je libère ma main gauche en calant le caisson avec le masque et exécute de sans doute ridicules passes de muleta, gestuelle vaguement disco, saluts militaires, anathèmes définitifs pour “diriger” les poissons dans le cadre. Chef d’orchestre sans musiciens, je dois surtout passer pour un grand malade au yeux de mon modèle qui depuis le début, me fixe. Etrangement…

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éponge baril MexiqueIl me manque des éponges !”. Je n’avais pas terminé de parler que Didier m’avait déjà concocté une plongée “spéciale”, m’octroyant un moniteur dédié pour celà. Décidément, je les aurait tous faits (les moniteurs). Presque… Ce matin, me voici donc dans les 30 mètres, avec un courant certain comme l’indique la photo… Oui, même les éponges-baril sont susceptibles de plier quand souffle le vent des profondeurs…

J’aime les éponges ! Leurs formes, leurs textures (surtout !), leurs couleurs, leur fonctionnement. L’éponge est un animal très ancien, peut-être le plus vieux, ayant survécu à toutes les extinctions de masse : c’est notre ancêtre direct le plus lointain. Pensez-y quand vous laissez trainer le squelette de grand père dans la baignoire… Il existe des éponges de toutes tailles et dans toutes les mers du monde. Et même en eau douce : vertes au lac Baïkal en Sibérie, blanches et jaunes dans une grotte sous le désert du Sultanat d’Oman, vert de gris dans un siphon de Haute Marne, drainant une partie des eaux du Canal de Bourgogne…

éponge MexiqueMais c’est aux Caraïbes qu’elles sont peut-être les plus spectaculaires et omniprésentes. Nous plongeons donc en courant (!) au dessus d’un patchwork d’éponges multicolores dont les éclatantes couleurs ne se révèlent que à la lumière d’un phare. Ci dessous, une petite galerie d’éponges, saisies pendant la dérive. Il est tentant d’y découvrir des formes humaines : ici des courbes intimes, troublantes de rose, là un godemiché de mousse…

Au bout de 30 minutes, je jette l’éponge (oui, facile, je sais…) car à la deuxième plongée, nous sommes attendus par les poissons de verre…

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glace-199x300 Top Model à Playa del Carmen voyagesA Playa, le sable est climatisé ! Impossible de se brûler les pieds dessus même en plein soleil. Composé de calcaire corallien et dénué de silice ce “faux sable” est frais quand il fait chaud et chaud quand il fait frais. Ajoutez à cela une blancheur scandaleuse et une douceur proche du duvet et vous comprendrez pourquoi ici la plage est un art de vivre. J’en étais là de mes réflexions, exténué à l’idée d’approcher le verre à cocktail de mes lèvres quand je reçu un coup de fil de mon ami Olivier et neamoins rédacteur en chef de Plongeurs International. “On est dans la galère : toi qu’est sous les cocotiers, tu peux pas nous taper une taufe ? Fille, plage, matos… Tu vois le genre ? c’est pour hier !”

En langage clair, j’ai l’après midi pour trouver une fille qui ne soit point repoussante, qui accepte de poser gratuitement (ah les magazines à petits budgets…), libre de suite, que nous fassions les photos, que je développe et envoie en haute def. Bien… Grandeur et servitude du petit reporter, loin de chez lui !

couv-193x300 Top Model à Playa del Carmen voyagesLe temps presse, me voilà donc réduit à scruter le plage comme le dragueur moyen, à chercher la perle rare. Avec l’aide de José, le tenancier du restaurant bar de l’hôtel Colibri, mais aussi fin herboriste qui s’y connait en belles plantes, nous cheminons entre les transats avec des airs de conspirateurs et pour tout dire… de souteneurs ! Nous tombons presque tout de suite sur Anna, en train de griller lentement le côté pile. Elle est française ! Et même bordelaise… Et depuis 4 ans expatriée à Playa. Travaillant dans la vente de photos, ça l’amuse de poser. Tout est simple à Playa !

couv-5-199x300 Top Model à Playa del Carmen voyagesReste à trouver le décor. Avec la jeep de Didier, nous passons chez elle “pour se refaire une beauté” (elle ; moi, c’est peine perdue !) et nous arpentons la côte à la recherche du décor idoine. La lumière baisse : ce sera là !

Alors, “Anna qui n’avait jamais posé”, se révèle une vraie star à l’image et me fait un véritable show avec le peu d’accessoires dont nous disposons. Merci !

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La forêt humide de Kukulkan

Ce matin, nous avons repris le chemin des cénotes tandis que la mer se calme doucement. Direction Kukulkan, à quelques minutes du centre. Je suis en pays de connaissance puisqu’il s’agit du cénote que nous avions filmé dans l’épisode des Carnets de Plongée. Mais cette fois, en cette heure matinale, nous sommes seuls et avons le luxe de profiter de la clarté absolue et du lever de soleil…

Des Morfos bleus (je n’ai pas encore réussi à photographier un de ces papillons extraordinaires…) assistent à notre équipement et des oiseaux aux couleurs paradisiaques n’ont pas encore été chassés par les clarines des plongeurs en cohorte. Car Kukulkan, de par sa facilité d’accès, est très fréquenté… Dès l’immersion, j’ai une fois de plus l’impression qu’on m’ôte un voile des yeux : l’eau est plus claire que l’air !

Cenote Kukulkan

Les rayons bleus en oblique semblent indiquer le chemin de la partie profonde de la grotte. La roche blanche, à peine colorée d’orange, est propre, époussetée sans cesse par le courant d’eau douce qui circule dans ces galeries. Quelques photos sont vîtes emballées grâce à un Nicolas désormais rodé à la pose. Un geste et il se place au bon endroit, immobile. Et patient… On ne dira jamais assez combien il est important d’être excellent plongeur avant de prétendre poser pour des photos. Que de temps gagné. Que d’énervements épargnés et de susceptibilités ménagées. La plongée spéléo, qui oblige à une discipline de fer en ce qui concerne l’économie de mouvements et la stabilité est à ce titre la meilleure école. Il est vrai que dans les grottes, il y va souvent de notre vie…

Vers le cenote Chac Mol

Dans la partie obscure, Nicolas m’entraîne vers un rétrécissement qui n’est pas équipé en fil d’Ariane et qui fait la jonction avec le réseau voisin de Chac Mol. Je suis en mono bouteille avec une seule petite lampe et, disons le tout net, je n’aime pas cela ! C’est absolument contraire aux règles draconiennes de sécurité que je me suis toujours imposées et qui peut-être, m’ont tenues en vie jusque là… Bon, l’eau est claire, il n’y a pas de sédiments, et Nicolas qui lui est en bi, est à quelques mètres. Ne soyons pas parano ! L’étroiture franchie sans difficultés, une large galerie bleu-nuit se révèle. Séparée en deux par la frontière invisible et troublante de l’halocline : le fond de la galerie est rempli d’eau de mer qui ne se mélange pas avec l’eau douce. Frontière impalpable, fantastiques jeux de reflections, potentielle perte de visibilté (comme un sirop de sucre qu’on verse dans l’eau), délicieuse ivresse et perte de repères..

Stalactites Kukulkan

Dans la paroi, une chapelle d’albâtre est remplie de cierges immortels. Nicolas qui connait parfaitement les lieux veut me montrer d’autres trésors de calcaire avant de ressortir par le cénote de Chac Mol. Occupé à régler mon appareil dans le noir, je me laisse distancer… Alors, je constate que je suis à plus de 60m d”une des 3 sorties, seul, et avec un équipement de candidat au pépin. Et la machine à fantasmes commence à s’emballer : bien que la profondeur ne dépasse pas 15 mètres, je démarre une tachycardie anormale et l’angoisse monte. Je ne connais que trop bien ces symptômes et, même si je sais que tout est dans la tête, je choisis de faire demi tour avant qu’il ne soit trop tard. Sans vouloir être morbide, je n’ai que trop ramené de corps sans vie de ces grottes “faciles”. Je m’oblige au calme, à palmer lentement, à expirer à fond, mais mon cœur semble vouloir s’évader de ma poitrine comme les sacrifiés au Dieu Chac, en haut de la pyramide maya… Les cœurs brisés battraient-ils ainsi, à la moindre émotion ? Moments très inconfortables, mais que je raconte avec franchise car cela peut arriver aussi aux plus expérimentés. Et je suis certain que certain(e)s d’entre vous ont déjà éprouvé ce genre de malaise sous l’eau.
Dans le labyrinthe de galeries, je ne retrouve pas le chemin que nous avons emprunté ; et pour cause, il n’est pas équipé.  Je suis le fil en place, voyant bien qu’il mène à l’autre sortie de Kukulkan. Ce n’est qu’en surface que je me sens rassuré, conscient d’avoir échappé de peu à une vraie panique, ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps… Que mes états d’âme, dont j’assume l’entière responsabilité, ne vous dissuadent pas de visiter ce cénote : c’est un pur joyau. A condition de rester dans les limites prévues, ou d’avoir l’équipement et la formation de plongée-spéléo idoine. Quand à moi, c’est décidé, je me mets au golf ! Même si un gentleman ne frapperait jamais une balle à terre (Je sais, cette blague ne fait rire que moi…).

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Playa del Carmen - VersPour la deuxième plongée, un fond de 14 mètres suffira. Le courant, pratique, permet de dériver le long d’un mini tombant et de parcourir un maximum de chemin. Objectif hippocampe ! J’ai changé d’objectif et suis passé à la macro : on va regarder les poissons dans le blanc des yeux !

Premier arrêt sur un corail “cerveau de Neptune” truffé de vers multicolores qui se déroulent en cônes et escamotent leurs plumets à la moindre alerte. On ne respire plus !

Playa del Carmen - Poisson coffreCet alors que je rencontre le cauchemar du photographe sous-marin : un poisson coffre noir à poix blancs (bonjour le contraste !), littéralement sans queue ni tête, et de la taille de l’ongle du pouce ! Non content d’être une gageure à photographier en l’état, l’animal n’arrête pas de virevolter en tous sens quand il ne fait pas la toupie : il semble que le créateur ait doté ce poisson d’un corps inadapté à ses nageoires… Un peu comme la barque marseillaise de Pagnol qui tournait sur place avec sa trop grosse hélice…

On ne dira jamais assez l’intérêt qu’il y a à observer, immobile. Il faut changer d’échelle de vision et se concentrer sur 1m2 de paysage : alors le mini récif s’anime et révèle quantités d’animaux souvent méconnus. Un micro syngnathe chevelu d’algues, un crabe camouflé d’éponges, moult poissons juvéniles à la robe différente des adultes, poissons mimétiques parfaitement camouflés, crevettes invisibles à force d’être translucides… Et les poissons, curieux de nature, de s’approcher du plongeur apaisé, immobile, mesurant ses expirations. Ce poisson-ange royal qui rend fou le photographe acharné à le poursuivre vient de lui même se faire tirer le profil ; le mérou va venir bailler devant votre objectif ; la murène rassurée n’en fera plus qu’à sa tête ; la langouste va sortir, sur la pointe des antennes…

Playa del Carmen - HippocampeChemin faisant, nous croisons encore deux tortues avec leur escorte de pourceaux (espagnols). Banal, la tortue… Mais voici venu l’instant hippocampe. Un beau spécimen vermillon dodelinant comme une feuille vivante dans le courant. Occupé à le cadrer de très prêt, j’observe son mode de chasse : solidement assuré par sa queue de boa enroulée sur une gorgone, il ploie lentement son torse chevalin vers le sol, se rapproche et hop, il gobe un minuscule crustacé. Précis, et gastronome : j’ai l’impression qu’il mâche !

Voilà 1h30 que nous sommes sous l’eau et bien qu’il me reste beaucoup d’air, nous décidons d’abréger là cette plongée naturaliste. La richesse d’espèces est fantastique. A titre d’exemple, vous trouverez dans la poissonnerie ci-dessous quelques-uns des poissons photographiés au cours d’une seule séance…

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Demain, avec Nicolas, un spéléo argentin, nous allons explorer un cénote extraordinaire ou vit un alligator… Et une surprise : vous croyez connaître l’eau ? Je vais vous en montrer de 3 sortes différentes…

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No limit !Depuis hier, le temps s’est dégradé : les effets du cyclone qui s’est effiloché sur Cuba ? Le ciel plombé laisse filtrer un soleil rougeoyant mais le vent est fort et la houle sèche. Dans un camaïeu de gris de verts et d’oranges, le bateau “No Limit”, qui porte bien son nom, trace sa route sur la mer d’écume. Un petit parfum d’aventure pour cette sortie…
Nous basculons dans l’eau turquoise et piquons aussitôt vers le fond. Encore une fois, dans cette plongée dérivante, pas question de traînasser en surface sous peine de rater l’objectif : l’épave d’un langoustier.

Epave à Playa del CarmenA Mach 2, nous survolons une raie poudrée de sable tandis que le fond se rapproche. Alors, la vision s’inverse. Au loin, une masse bleu indigo se précise. Et c’est l’épave qui semble fendre les flots de sable, dans le ciel bleu immobile, et qui va nous éperonner… Manœuvre de retournement, rétropédalage : on est dessus et on embrasse la tôle couverte d’un patchwork d’éponges rouges et jaunes. Une écoutille providentielle se présente et nous entrons nous mettre à l’abri dans le ventre d’acier. Un essaim de poissons de verre remplace les vitres et des poissons hachette nagent à l’envers dans les cabines. Au pied d’une échelle inutile, je cadre au zénith le soleil qui s’est levé en notre absence. Un poisson trompette rouillé ajoute un barreau vertical dans ce monde à l’envers…

Epave à Playa del CarmenLes larges hublots donnant sur le bleu ressemblent à des écrans plasma ; et le film est en haute définition, qui mérite qu’on s’y arrête : un banc de carangues énormes, à la chorégraphie bien réglée, défile dans le cadre, insensibles au courant.

Nous sortons prendre le frais sur la château arrière et aussitôt le courant céruléen nous happe. Une seule solution pour rester en place, la technique hippocampe : une palme enroulée sur un barreau qui traîne et je peux cadrer en contre plongée le mat étincelant de lumière comme une fontaine de perles. Carangues - Playa del CarmenVoilà un moment que nous papillonnons à 28m, il serait peut-être temps de remonter ?

Il y a une jouissance particulière dans le lâché prise : voir l’épave se diluer lentement dans le bleu tandis qu’on remonte en oblique, dans le champagne et les méduses de cristal…

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ChiquilaIl est des journées mémorables dont on sait qu’elles resteront gravées à jamais. Telle fut celle qui vient de s’achever sur l’île d’Holbox. A 4h ce matin, départ de Playa del Carmen où je retrouve “Toch’” qui vit depuis 13 ans au Mexique et sera mon guide. Originaire des Dombes, il a pratiqué tous les métiers dont celui de boulanger. L’énorme 4x4 Chevrolet qu’il pilote aujourd’hui témoigne s’il en était besoin de sa réussite. Le Mexique reste une terre de pionniers pour les audacieux… De nuit, nous traversons le Yucatan du nord au milieu de la forêt dense qui se prépare à l’aube. Combien de cités mayas sont encore englouties sous cette jungle ? C’est tout près d’ici, à Chixchulub, qu’on situe le cratère d’impact de l’énorme météorite qui percuta la terre il y a 65 millions d’années, mettant fin au règne des dinosaures…

Avec Toch’ à Holboch’…

En empruntant un raccourci qui permet de gagner 100 km mais se situe sur une propriété privée, j’ai un aperçu du fameux “système D” du Mexique. Un type présent jour et nuit y perçoit un péage sauvage de 10 pesos pour chaque véhicule. Et bien entendu, tout le monde utilise ce raccourci… Les quelques villages traversés se préparent à la fête de l’indépendance, le 15 septembre prochain : les guirlandes électriques montent à l’assaut des arbres et on astique les trompettes…

Au lever du soleil, nous arrivons au petit port de Chiquila, à l’extrême nord est de la péninsule du Yucatan, et qu’on croirait sorti d’un roman de Traven. Un bateau vénérable, le “9 hermanos” assure la traversée vers Holbox.

Ici on vit de pêche aux poulpes et aux langoustes, capturés en plongée au narghilé. Sur Holbox, en passe de devenir la capitale mondiale du requin baleine, changement de bateau et nous retrouvons le capitaine Yoni, le guide Pero et la belle Goretty. Direction le grand large à la recherche du géant de mers. Didier garanti même le remboursement de la sortie à ses clients si ceux ci ne voient pas de requins baleine ! Et, ajoute-t-il goguenard “on n’a jamais remboursé personne !’ Les pélicans trop lourds nous ont quitté pour laisser la place aux frégates tandis que la côte s’éloigne. A cause d’une mer formée, il faudra plus de deux heures pour rejoindre le site. Chacun scrute alors l’écume dans l’espoir de débusquer un premier aileron.

Aileron requin baleine

Le voilà ! Un bête énorme qui filtre le plancton a ras des flots. Le sillage d’un sous-marin… Goretty est déjà à l’eau et, au contact, le contraste est saisissant avec le poisson de plus de 10 mètres ! Le plus grand poisson du monde…

Au cours des deux heures qui vont suivre, nous allons en voir plus de 7 ! C’est du sport : il faut se mettre à l’eau dans la houle forte et suivre le monstre dans une visibilité réduite à cause du phytoplancton, raison de l’incroyable concentrations de ces requins. Il en arrive de partout… Et, croyez-moi, pas facile à suivre à la palme !

Requin beleine à HolboxOccupé à cadrer dans l’axe de la bête, je vois bien passer la tête, j’évite bien la nageoire dorsale, mais j’oublie l’existence de la caudale qui me cueille juste entre les jambes… Sous le choc, je remonte instantanément en tête de train, à demi émasculé ! Quelle puissance… On a beau savoir que c’est une espèce inoffensive, la rencontre reste impressionnante. Toch’ fait ce qu’il peut pour entrer dans le champ et je saisis alors cette scène incroyable ‘Jonas revisité”, donnant l’impression que le plongeur est avalé par le requin…

Ceux qui m’ont pratiqué savent à quel Requins beleine à Holboxpoint j’ai la Baraka et, cette fois encore, la chance est de mon côté (du jamais vu ici de mémoire de guide…) Venu du fond, dans les rayons du soleil vert, un jeune remonte vers sa mère que je suis en train de photographier. Nous assistons alors à un balai matrimonial aussi rare qu’émouvant… Didier ne m’avait pas menti : ce spot est devenu incontournable pour qui veut nager avec ces requins à coup sûr.

Au retour, à la hauteur du Cap Catoche, Yoni nous engage dans un chenal très peu profond qui débouche dans un immense lagon festonné de mangroves. Au milieu des plantes aquatiques, rampent des limules, ces espèces de crabes archaïques au sang bleu d’un grand intérêt scientifique. L’un des animaux les plus vieux de la création ayant traversé toutes les extinctions de masse…

flamands roses Holbox

Posés sur leurs reflets au milieu de la lagune, une imposante colonie de flamands roses salue notre passage d’un envol majestueux, pour se reformer un peu plus loin. J’aurais tant à écrire sur Holbox que je découvre à peine… mais à l’heure où je vous parle, je suis écarlate comme la langouste du dîner : pas pris le temps de l’onction de crème solaire. Le soleil maya et le vent ont fait le reste… Toch’ tire aussi franchement sur le rouge et la Biafine coule à flot… Ce soir, nous sommes hébergés dans un hôtel magnifique, plein d’étoiles : celles des guides, et celles qui décorent la nuit, que les Mayas connaissaient si bien. Les mayas dont nous reparlerons dès demain. Direction les cénotes sacrés et les cités perdues..


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Playa del Carmen - plongéeQuarante cinq minutes plus tard, nous voilà repartis sur un site voisin, Barracudas. Le courant est un peu moins fort mais surtout, le site est constitué de larges estuaires de sables à l’abri. Sur les rives, grottes et surplombs permettent d’échapper au courant. Et aussitôt, une profusion de vie à écaille. Je vous passe les bancs de lutjans, en passe de devenir lassants, pour suivre un gros baliste océanique Canthidermis sufflamen qui rame péniblement avec ses deux pagaies-nageoires verticales. Un gros diodon hystrix roule ses gros yeux étonnés tandis que dans les gorgones soyeuses comme les blondes se cachent un couple de poissons coffres noir et blancs Lactophrys triqueter. Vous avez remarqué, je vous sers tous les noms latins. Personnellement, ça me gave un peu mais comme ça, on sait qu’on parle de la même chose. Singulière langue morte pour décrire le vivant… Poissons lime, murène tachetée, crabes énormes, langoustes, poissons perroquet : il y en a pour tous les goûts.

Playa del Carmen - plongée - poisson ange empereurSous un surplomb garni d’un velours rouge d’éponges, nous jouons un moment avec un poisson ange royal Holocanthus ciliaris pas trop farouche. Il se nourrit sous la voûte, ventre en l’air et semble admirer sa beauté dans le miroir des bulles d’air…


Comme à la plage, le long du sable ridé, apparaît une tortue verte. Il me la faut ! Dix mètres à faire pour la rejoindre, en plein courant. Et quels dix mètres (n’est-ce pas Didier ? ;-) Le Golgotha ! Centimètres par centimètres j’approche de la belle occupée à grignoter ses éponges pourpres préférées. Tant et si bien que je me retrouve collé à elle et qu’elle pose une de ses palmes sur mon avant bras. Je jure que je ne l’ai pas touchée : c’est elle qui a commencée ! Singulier moment d’intimité entre “l’homme et la bête” dont je sens chaque mouvement, chaque intention.

Playa del Carmen - plongée - tortue

Avec son bec puissant, juste devant mon masque, elle arrache de pleines bouchées d’éponge et je fais attention à mes doigts. Des labres et d’autres poissons colorés commensaux se régalent des miettes. Notamment un “Pourceau espagnol” Bodianus Rufus particulièrement effronté, et je saisis la scène au moment où la tortue relevant la tête, semble s’indigner qu’on mange dans son assiette.

Playa del Carmen - plongée - tortue

Sur ces entrefaites, Didier est arrivé par le train corail et prend la pose derrière la tortue qui réussi son envol vers le soleil… Une petite heure de plongée s’achève, sereine. Ce soir je sors “en ville” et je vous donnerais bientôt mes conseils pour le bon usage du “Playa by night”. Sur ce, il faut que je prépare mes bagages : demain, départ à 4h du matin pour une mini expédition à travers tout le Yucatan, vers le mythique récif d’Holbox…

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