Mercure ! A l’heure où il monte encore en plein automne (le mercure), nous voilà plus que jamais solaires. Alors, quand une amie me passe l’info d’une découverte de gouffres sur la planète Mercure, je tombe de ma chaise. Enfin, façon de parler, puisque j’étais en l’occurrence allongé sur mon canapé transatlantique et ne suis donc pas tombé de bien haut…

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Image réalisée avec Bryce et un fichier texture provenant des photos de la mission Mariner 10.

Mais tout de même, la Mission Messenger qui se déroule en ce moment à quelques encablures du Soleil a de quoi chatouiller l’explorateur qui sommeille. Même si tout cela se passe à 155 millions de kilomètres de chez nous… Avec une température au sol qui varie en fonction de l’éclairement du soleil, de – 200 °C à + 430 °C…

Avec l’age, je suis plus sensible aux écarts de température. Sans parler des rayonnements mortels, de l’absence d’atmosphère, du vide intersidéral…  Mais, voyez vous, l’espace d’un instant, j’y étais sur Mercure… Allez ! Balayons ces fantasmes pour revenir aux faits.

Lancée en 2004, la sonde est arrivée dans l’orbite de Mercure en s’aidant des champs gravitationnels de la Terre, Vénus et Mercure elle même. La difficulté étant de freiner suffisamment pour devenir satellite de la petite rocheuse au cœur de fer. Et prendre des milliards de photos et données… Qui commencent à arriver. Et c’est passionnant : on s’y croirait. Car, comme toujours, les données sont accessibles à tous, dans les arcanes des sites de la NASA. Le tout est de savoir les interpréter. Mais c’est fascinant de se dire qu’avec un peu de connaissances, on peut participer en temps réel aux explorations spatiales… Et surtout visualiser d’autres mondes inaccessibles…

Le programme Messenger (Mercury Surface, Space Environment, Geochemistry and Ranging) est une mission pour étudier la composition chimique de la surface et de l’atmosphère, l’histoire géologique, la magnétosphère, la taille, l’état et la nature du cœur de la planète, ainsi que l’origine de son champ magnétique. On a trouvé des cratères de météorites, des champs de lave immenses…

Mystérieuses formations

Et soudain, en survolant le cratère Raditlati (mettant au passage un coup de projecteur sur cet écrivain Zimbabwéen méconnu (!), car les cratères sont baptisés de noms de musiciens et d’écrivains du monde…), l’incroyable découverte : des gouffres !

Image réalisée à partir des fichiers originaux de la mission Messenger et du logiciel NASA WorldWind. Couleurs et fond « interprétés »… L’image est très grande : cliquez, et… Cliquez !

Les mystérieux gouffres de Mercure, dans le cratère Raditlati…

Décrite comme un véritable gruyère, cette région est truffée de gouffres à bords irréguliers, de 10 mètres à quelques kilomètres de large. Certains ont un fond plat mais tous sont formés d’un matériau très réfléchissant. Ils s’ouvrent sur les parois, les sols ou les pics du cratère… Une sacrée balade en perspective quand on enverra des robots là bas !

Mais comment ont bien pu se former ces étranges cavités ? On a envisagé qu’elles aient pu être causées par le volcanisme, qui crée parfois semblables caldeiras ou évents. Mais elles sont beaucoup plus petites… Et s’ouvrent dans une région dépourvue de volcans… Elles ont surtout l’air très « jeunes » n’ayant pas été percutées par des météorites, postérieurement à leur formation… Il y a une explication, forcément sublime…

Sublimation !

La sublimation est une divine opération de purification en chimie. Il s’agit de placer le produit à purifier dans un minuscule creuset surmonté d’un entonnoir renversé dans lequel on a roulé un papier filtre. On chauffe lentement. Rien de visible ne se passe. Mais, à la fin de l’opération, on découvre des festons de cristaux sur le papier filtre.

Une géode ultrapure d’un composé sublimable. Autrement dit, la sublimation c’est passer de l’état solide à l’état gazeux, sans passer par l’état liquide (l’Etat Providence, c’est autre chose…).

Par exemple, dans le vide et à basse température, l’eau se sublime : glace et puis… Plus rien ! Ça s’appelle la lyophilisation quand il s’agit de fabriquer de la nourriture séchée… Mais quel rapport avec Mercure ?

Les nasiques (on appelle ainsi les spécialistes de la Nasa dont le nez s’allonge devant des résultats inattendus…) croient reconnaitre des formations identiques à celles de la calotte polaire martienne…

Or, ces cavités martiennes résultent de la sublimation du dioxyde de carbone solide. Pourrait-il en être de même sur Mercure ? Mais à 430 °C et sous un vent solaire qui décoiffe, il y a longtemps que le CO2 a quitté Mercure s’il y a jamais été présent. Alors, de quoi s’agit-il ?

On croit tenir un coupable : le soufre. Il est dix fois plus abondant sur Mercure que sur la Terre. Et il se sublime ! Auquel cas, les parois de ces gouffres en formation devraient être festonnées de cristaux « en négatif »…

Les vents solaires sont aussi invoqués qui bombardent directement le sol de la planète, sans atmosphère pour la protéger. Il vaporiseraient sélectivement des minéraux… Sans compter le four… solaire, tout proche…

Ainsi la géologie doit-elle s’enrichir d’un nouveau type d’érosion, la « sublimation solaire ». Un processus assez lent : on estime qu’il faut de 70,000 à 200,000 ans pour évaporer un centimètre de surface sur Mercure ! Se peut-il que la terre s’évapore aussi ? Car ce phénomène géologique nouveau pourrait exister ailleurs, à moindre échelle.

Quand à l’apparence des « champs de gouffres », leur nature fractale (qui doit appartenir aux minéraux disparus) ne vous aura évidemment pas échappé. Facile : il y en a partout ! Des fractales…

En utilisant la palette de couleurs de l’image des gouffres bleus mercuriens, j’ai joué un peu avec Mandelbulb 3D et obtenu ce paysage « assez astiqué » de la surface de Mercure :

Mais quels sont donc ces ossements émergeant des minéraux évaporés ? Des fossiles ? Des mercurosaures ?… Je laisse cette question à votre sagacité. Et, si vous êtes as de Google Earth et que le virus de l’exploration est en vous, alors cliquez ci dessous… Bonjour chez vous !

Embarquement pour Mercure !

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