Il y a des jours comme çà… Vous connaissez sûrement… La scoumougne ! Le contraire de la baraka qui en général ne me quitte pas. La poisse, la loi de Murphy, la merde… La scoumougne, qui dure 3 jours, comme le mistral. Ce mot d’origine marseillaise, et plus loin encore venu de l’arabe, qui en argot parisien est devenu « scoumoune »… D’abord les manchons de cheville de ma combinaison semi sèche Cressi que j’ai enfilée comme un goret, tirebouchonnent. La flemme de les remettre bien à plat. Mais j’ai déjà mal (je ne supporte pas la strangulation !). Retrousses ? Retrousses pas ? Pfff… Ca ira ! Nous voilà sur le site de Moyade de Terre. Je saute à l’eau. Oublié de tenir mon masque et je me retrouve les yeux dans la gelée et les oreilles dans le dos… Pendant que ma compagne dialogue avec son nez et ses tympans, je coule sur un fond de grandes dalles piquées de posidonies et palme vers la promesse de tombant. Loin, le tombant… Le décor est désert, un fond de lac… 20 bars de perdus mais… Le voilà ! Une belle verticale bleue, des gorgones à contre jour et des nuées de sardines. C’est fou ce que les sardines peuvent prendre de place quand elles ne sont pas en boîte…

L’eau est chaude. Trop : j’étouffe dans tout ce caoutchouc mouillé ! C’est alors que je découvre avec plaisir que la molette de réglage du diaph du caisson patine dans le vide. Ca n’est jamais arrivé, sauf aujourd’hui… évidement. Me voilà condamné à f=8 et rien d’autre. L’impression d’avoir une Ferrari et de rouler en seconde… Allez, je ferais avec… Un beau spirographe sur fond de gorgone : la photo est faite. Enfin presque. Car, quand j’essaye d’allumer la lampe pilote, je constate que le phare Bersub est vide, malgré la charge. Mais pourquoi aujourd’hui ??? Je me jette sur ma compagne pour tenter d’intervertir nos phares. Son métabolisme étant plus « normal » que le mien, je m’énerve avec les mousquetons et mes gros doigts, cafouillage, et le phare descend plonger tout seul… Je coule comme un plomb le long du tombant et rattrape le phare à 36m…

En plongée, il ne faut jamais s’énerver… Ouais… Je suis tellement dégouté que je renonce à cette plongée et remonte (leeentement) en insultant la terre entière dans le détendeur. Nous nous retrouvons pourtant dans une arche sublime. Je décide de ne quand même pas priver ma partenaire de cette belle plongée et me place en isolation sensorielle : immobile, vertical, tête baissée, jouet des thermoclines qui se forment : je VOIS l’eau se réchauffer à l’été marseillais ! Le caisson pend au bout de mon bras sans réaction : je ne ferais pas de photos !

Tandis que l’une vaque à ses nudibrancheries, je ludionne au gré de mes respirations. Un banc de sars vient alors me raisonner… Ouais, bon… Je cadre un spirographe. F=8. Pfff… Et puis je regarde d’un peu plus près la paroi couverte de vie. Il y en a trop ! Tuniciers, éponges, anémones, gorgones, tubicoles… Et des poissons à n’en plus finir : n’en jettez plus !

Tiens, un gros nudibranche dans les anémones… Une taille « humaine » : 15 cm… Avec ses branchies externes en panache de fumée et son gros corps charnu, il me fait penser à une locomotive de dessin animé. Paf ! Dans la boîte… Un minuscule gobie à l’orée de son trou roule des yeux effarés. Flash… Wiiiiz, paf : une ophtalmie. Bien fait !

Je passe ensuite 15 bonnes minutes à traquer des sars sous un surplomb. Rien de plus difficile à faire : ces diables glissent et coulent comme de l’eau et s’arrangent toujours pour vous flinguer le cadre : trop de queues ou pas assez. Et cette façon agaçante qu’ils ont de toujours vous refuser leur profil… Mais je les aurais. Un jour, je les aurais…

Vous voulez faire cette plongée (et sans scoumougne) ? : Les Goudes Centre de Loisirs.