Rothko et ses frères

Il y a des matins comme çà où l’on se réveille avec un nom en tête. Un nom clair, précis, ineffaçable et parfois avec l’accent d’origine. Ce matin, goudron sur les bottes et plumes encore sur la tête, c’était Rothko ! Mais d’où sort-il celui là ? Jusqu’à l’accent letton, un peu sifflant sur le « th »… N’étant pas tout à fait ignorant en histoire de l’art, je savais vaguement que c’était un peintre, tendance barbouille conceptuelle. Mais pourquoi lui ? Et aujourd’hui ? La dernière référence que j’en ai provient (de mémoire !) d’un roman de Philippe Djian, que je n’ai pas relu depuis des années… Mystère des connections neuronales et des rêves… N’empêche, c’est qui exactement ce Rothko ?

Un petit Googling mobile matinal en guise de footing m’amène direct à la page Wikipédia de l’artiste et à un échantillonnage de ses œuvres… Oui… Mmmm. Je vois… Étant de culture plutôt classique et issu d’une famille d’artistes, mes références de beauté se situent plutôt du côté de Michel Ange ou de Renoir que des « Pères La Barbouille » enfantés à l’époque de l’expressionnisme abstrait et autres calembredaines en « isme ».  Les choses se sont bien arrangées depuis avec l’apparition régulière d’artistes authentiques. Et puis, les goûts et les couleurs…

Cette serviette là vaut plus que deux balles !

Sans doute manquais-je quelque chose mais disons que personne n’a encore réussi à me convaincre de l’authenticité et de l’importance de cet art. Autrement qu’avec des propos fumeux (voir ci dessous). Mea Culpa… Mais  rien à faire : j’ai beau loucher depuis ce matin sur les toiles de Rothko, je n’y vois rien d’autre que de malhabiles bandes de couleurs (avec les rouleaux à peinture Casto, ça ne serait pas arrivé…) ou, au mieux, une pile de serviettes éponges à deux balles, bien mal assorties. Bon, en louchant vraiment très fort, avec un  gros, basique bon sens, ça ressemble vaguement à des raies spectrales ou à d’antiques chromatographies sur papier ou encore à l’électrophorèse de l’ADN (Il a pas fait que loucher !…)

Encore avons nous échappé au pire… En rupture avec Jackson Pollock (qui lui, se faisait attacher en l’air pour projeter des gouttes de peinture sur une toile posée au sol…), Mark Rothko met au point une façon de peindre plus intellectualisée, méditative, qui sera qualifiée de « Colorfield Painting » par le critique Clément Greenberg.

Aplats mouvants aux bords imprécis, ses œuvres sont soit monochromes soit composées de bandes colorées. L’artiste cherche à atteindre une dimension « spirituelle » que l’on ressent particulièrement face aux toiles de très grand format qui semblent prêtes à aspirer le spectateur.

C’est cela, oui… Moi je suis surtout aspiré par le snobisme abyssal des critiques d’art en général et de tous ceux qui déterminent la « cote » d’un artiste. C’est aussi l’argent qui est aspiré… A l’heure où je m’intéresse un peu au marché de l’art, les chiffres de vente laissent rêveur… En mai 2007, la toile « Centre blanc » de 1950 (image du haut) a battu tous les records, se vendant pour 72,8 millions de dollars à Sotheby’s New York. Elle était vendue par David Rockefeller et fut acquise par la famille régnante du Qatar

N’ayant pas le budget ce mois ci pour semblable acquisition et ne voulant pas froisser l’orgueil de mon ami l’Emir du Qatar, j’ai dû me tourner vers Apophysis. Et, en deux coup de cuillère à fractales, j’ai accouché de ce Rothko qui en vaut bien un autre. Encore un coup à faire fortune… Bon, les enchères sont ouvertes : combien, ce Rothko ? Si vous connaissez un émir… Bon je sais, c’est beaucoup moins fort que l’original, moins… « serviettes éponge ». Je suis tombé dans le piège du figuratif : avec beaucoup de bonne volonté, on reconnait un coucher de soleil sur le Frioul. Si… Hélas, si !

Dingue, les rêves, quand même… Peut-on orienter ses rêves ? Une fois, je voulais Kandinsky et j’ai eu Sarkozy. Alors… Allez, lâchez vous, racontez nous vos rêves, vous aussi : c’est promis, ça ne sortira pas de l’internet !

En tout cas la question reste pour moi entière : pourquoi ce Mark Rothko est-il venu d’outre tombe faire précisément aujourd’hui, dans ma vie, ses petits cacas de couleurs ? Mon psy  se perd en conjectures… Une idée ?

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12 commentaires sur “Rothko et ses frères

  1. La télépathie ne fonctionnant pas plus que l’orientation des rêves, heureusement qu’il reste la technologie !

  2. Méchant Francis, méchant :)) ( Ha? On dit LE Francis, scusez moi!! )

    Ce genre d’oeuvres rend enfin l’art accessible pour les personnes qui, comme moi, sont affublées d’une forte myopie, et fatiguées de devoir emporter avec eux la paire de jumelle indispensable lorsqu’ils visitent une expo Wermeer.

    Et puis Rothko, ça à un p’tit air  » Shériff fais moi peur » qui n’est pas pour me déplaire 😉

    • Je n’avais effectivement pas pensé à l’aspect myopie. Oserais-je dire « bien vu ! » ? C’est vrai que les miniatures de Vermeer, c’est insupportable ! D’ailleurs, a-t-on déjà pensé à créer des œuvres en braille ? A creuser. Mais je préfère encore la Dream machine qui se « regarde » avec les yeux fermés

  3. Un très très vieux post mais sympa ce qu’on peut faire avec un bon logiciel… et beaucoup de passion 😉

    Rothkoment vôtre 😆

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