Roissy CDGIl est temps que je vous fasse une confidence : j’ai horreur de voyager ! Oh bien sûr, pas de découvrir de nouveaux paysages, populations, cultures, territoires, activités auxquelles j’ai consacré la moitié de ma vie. Non, voyager, au sens de se déplacer (interminablement) pour aller chercher son rêve. Aah la téléportation, j’accepterais bien les oreilles de Mr Spock pour y accéder.

Pour ce voyage au Mexique dont je vous invite à suivre la chronique, tout a donc commencé par une nuit blanche à Marseille de peur de rater le départ à 4h30 sur le vol Air France à Marignane. Je voyage léger : un sac à dos bourré de livres, de matériel photo et du portable sur lequel je tape ces lignes, un petite valise Pélican bourrée à craquer de flashes, objectifs et accessoires divers (et d’été), et un sac Cressi à roulette contenant le matériel plongée minimum et, restrictions de poids oblige, 1 pantalon et un tee-shirt de rechange. Total du sac : 32 kg ! J’ai été briefé : Air France n’accepte qu’un sac de 20 kg par personne et n’a donc rien compris au phénomène pourtant porteur de la plongée loisir. Devant le tapis roulant, je soulève le sac comme s’il s’agissait d’un oreiller et, à l’aide d’un peu d’humour (dur à 5h45 du mat), enlève le morceau sans payer l’excédent. Il se trouve que j’ai aussi 2 bagages à mains mais voyez-vous, si je dois mettre la Pélican en soute, il va me falloir une attestation de la compagnie parce que c’est du matériel fragile, hors de prix, etc. Bref, vous avez compris le truc ?

Embarquement. Incarcération dans les sièges pour nains, genoux dans le nez et contorsions houdinesques pour accéder à un kleenex… normal.

Ma voisine, une charmante marseillaise semble avoir peur en avion. C’est la seule explication que je trouve pour justifier la façon qu’elle a de me malaxer la cuisse a chaque soubresaut de l’appareil. Je ne lui jette pas la pierre ayant moi aussi souffert de cette phobie un temps à la suite d’un incident en hydravion aux Turks and Caïcos… Mais tout de même nous n’avons pas été présentés ! Au dessus du coton rose de l’aube nuageuse, l’Airbus bat des ailes comme un albatros dans les turbulences et ma cuisse va ressembler sous peu à une énorme saucisse de Morteau ! Bon, si çà la soulage (ma voisine, pas la cuisse) il sera dit que j’ai les épaules larges et la cuisse légère. En même temps, je la regarde (toujours ma voisine) picorer des Euphytose comme des Smarties tout en marmonnant des Valiumeries futures… Et bien sûr, le temps que le calmant fasse effet, c’est à l’atterrissage dans le gris de Roissy que ma voisine tombe dans les vapes, secouée de rires nerveux apparemment incontrôlables tandis que l’Airbus continue le voyage par la route. Direction l’aérogare. Ah l’aérogare ! Cauchemar. Ubu urbaniste…Normalement, un voyageur qui voyage est muni de bagages. Lourds les bagages. Et le voyageur prévoyant ou las de perdre une vertèbre à chaque déplacement sait se munir d’un chariot, fusse au péril de sa vie au milieu des voyageurs paumés, en retard, au bord de la crise de nerf. Mais voilà… Il me faut maintenant rejoindre l’aérogare E2 pour enregistrer sur Aeromexico. Et tout le charme de l’architecture « futuriste » de Roissy se révèle alors : des escalators, des ascenseurs à une place (sans chariot), des plots. Ca monte, ça descend, vire, tourne : quel architecte débile, quel ergonome pervers a donc conçu tout cela pour le confort des voyageurs en transit ? C’est du sadisme : les chariots chèrement acquis doivent être abandonnés toutes les 3 minutes au gré des changements de niveaux… Entre 2 escalators en pannes, aux boudins noirs dégoulinant dans les passages comme du réglisse, j’aperçois enfin la porte E2 et miracle, derrière un bureau, un costard bleu apparemment disposé à renseigner. Mais là, c’est GRAND : Avant d’atteindre la porte, lumineuse de vrai jour comme la porte du paradis, il y a un escalier de 20 marches. Oui, un escalier, en dur, comme ça, au milieu du flux. Laissant les bagages en bas, je monte 4 à 4 et en présentant mon billet électronique au type, je constate que son QI ne dépasse pas 0,3… Il m’assure pourtant que c’est bien là. Je redescend (8 à 8), et remonte tous les bagages à la main. Deux guérites de mauvais augure garnies de douaniers bleu ciel qui contrôlent les passeports… Petite queue (pas les douaniers, quoique…). Le jour est là, je le vois. La cigarette est proche. Eh bien non ! Aimables comme deux pitbulls les gardiens de nos frontières me refoulent comme un malpropre : pas le bon billet, pas la bonne sortie… Pourquoi, comment ? Vatefairefoutrailleurs ! Je me surprends à rester calme dans ces circonstances et trouver même ça drôle. Quand je voyage seul, je suis plutôt zen…

Redescente avec les bagages pour constater que mon chariot a évidemment été recyclé par plus malheureux que moi. Et là, Mister Magoo ! Philippe Abalan, un cadreur sous-marin breton au physique cartoonesque qui avait participé au tournage du Carnet de plongée ‘Trésors d’Iroise ». Grâce à un ingénieux système d’escalator croisé reliant 2 étages, lui descendant et moi montant, nous échangeons brièvement les nouvelles du front vérifiant au passage l’effet Doppler Fizeau (on oublie toujours Fizeau…). Il a compris que j’étais à la bourre et j’ai compris qu’il partait 5 semaines en Polynésie…

Ayant franchi le dédale et vaincu quelques minotaures, je me retrouve dehors, sans trop y croire et slalome sur les trottoirs vers l’autre aérogare (le cerveau-choc de tout à l’heure m’a dit que les navettes ne prennent pas les bagages. Normal !). Deux cigarettes allumées en bouche (je crois même que j’en ai mise une dans l’oreille) je me divertis longuement à franchir tous les trottoirs transversaux (sans bateaux, naturellement) et me voilà enfin à l’E2. Pas en retard mais… bon. Encore un ascenseur en panne avec ce message savoureux (photo). Grand amateur de Microsoft comme vous avez déjà pu le lire, je dégaine mon téléphone et immortalise l’instant (oui j’avais acheté un téléphone mais en fait, c’est une caméra et un appareil photo). « Aéroport de Paris : Windows vient de récupérer d’une erreur sérieuse… Bla bla… » Mais toujours pas d’ascenseur. Le cauchemar de Roissy et l’imposture de Windows, il fallait oser le mariage : duo gagnant ! J’espère que les contrôleurs aériens sont sous Unix sinon, j’achète une patte de lapin !

Dans cette aérogare vaguement circulaire où les voyageurs perdus sont condamnés à tourner comme des hamsters, il est normal qu’on se rencontre. Mais tout de même, voici que je croise cette fois Fabrice Luzieux qui était le réalisateur de talent des directs à la chaîne Voyage quand j’y officiais et que je n’avais pas vu depuis 8 ans. Il vient d’être promu à la direction artistique de TF1 : Je vais finir par ne plus prendre mes rendez-vous pros qu’à Roissy !

De plus en plus de mexicains : je brûle ! Enregistrement sans souci : je tombe sur un type sympa qui souscris à ma demande d’un fauteuil « sortie de secours » (attention, truc de pro : Ce sont les seuls sièges ou il est possible d’étendre les jambes complètement. Sac à dos sous les pieds, bouchons d’oreilles, lunettes en mousse, tour de cou gonflable, couverture, éventuellement un petit Stilnox et, au revoir. Téléportation !).

Je n’ai plus que 2 colis et toujours mon chariot qui roule à cloche pied avecdes roues carrées (les trottoirs…) ! Il n’y a plus qu’à rejoindre la porte E76… L’imprudent, rassuré par la proximité apparente des sigles va être tenté de baguenauder au Duty Free… Vieux voyageur habitué aux roueries aéroportuaires, je choisis la fuite en avant. Bien m’en prend. C’est TRES LOIN ! Après quelques champs de mines et chevaux de frises, suivant des flèches comme un zombie, j’arrive à un train. La flèche indique la droite mais il faut prendre le train de gauche… Comme dans le village du prisonnier, il y a longtemps que j’ai perdu le sens des réalités. Va pour le train, adieu énième chariot. Ensuite, des kilomètres de tapis roulant (en panne) et enfin, en amont de techniciens du rayon X, une grosse queue (pas les techniciens). Chacun poussant sa croix, on avance entre les barrières oranges du corral et chacun baisse sa culotte. Enfin, est contraint d’enlever sa ceinture, ce qui revient au même. Aie, le préposé en tête de gondole sur lequel je tombe a une tête de terroriste : n’ai pas confiance ! Ceinture, chaussures, pantalon aux genoux, j’avance à petits pas entravés jusqu’au tapis où je dépose dans les cuvettes l’ordinateur désossé. Encore une bizarrerie… D’une pichenette j’envoie rouler la Pélican jusqu’à la bouche du monstre noir à langue de caoutchouc, comme d’hab… Pas de ça Lisette ! Le terroriste est à l’interception et fait du zèle. Il me demande d’ouvrir et de répartir tout le gourbi bien calé dans une autre cuvette. J’ai beau arguer qu’on ne le fait jamais, que la machine voit tout et basta, rien n’y fait. Mon anus prémonitoire manifeste des signes d’inquiétude… Je passe la porte à sonnette sans encombre et récupère ma ceinture et ma dignité. Mais le préposé qui louche demande un scan supplémentaire de la Pélican… Je commence à monter en mayonnaise car l’heure tourne. C’est donc avec 60 accessoires photo en bordel au milieu d’une forêt de câbles sur une table en inox de boucher qu’on attend l’expert ; au milieu des bousculades de sacs de toutes sortes qui bouchonnent et culbutent au dessus de mes colifichets, dans l’indifférence des « chemises blanches », le glas des roulettes et le feulement des pantalons qu’on remonte. Je vais perdre ou casser quelque chose. Et le temps passe…Les Xmen, comme trois setter irlandais lobotomisés sont tombés en arrêt devant les flash Sea&Sea YS 60 Plongimage (oui, c’est de la pub) et devisent 35 h et réunions syndicales. Qu’on me comprenne bien : je ne suis pas au dessus des règlements et pas contre le fait qu’il y ai des contrôles renforcés mais que çà pulse, bon sang ! Ah, voilà l’expert débordé (costard bleu marine : Lui, c’est un supérieur) avec un espèce de tampon Jex pour sniffer les explosifs. Et ça n’en finit pas parce qu’ils discutent encore de tout autre chose se foutant éperdument de mes heures d’embarquement. Je range enfin le matos et les yeux dans ceux vitreux du terroriste, ferme la Pélican à coup de poings. Message reçu… Une minute avant d’embarquer ! Et le couloir qui suit est INTERMINABLE… E76, c’est l’Australie ! Quel sens du flux, encore une fois. C’est rapé…

Miracle, l’avion est retardé d’une heure ! J’ai donc le temps de quelques achats. Cartouches de Gauloises bleues (c’est pas de la pub, c’est l’addiction), sandwich mou, parce que bon, après le sport… Coke light vissant, magazines, bouquins : le dernier Beigbeder (je ne supporte pas le bonhomme mais apprécie son style), un Fred Vargas et un livre d’interview du Dalaï Lama (mon pote sur Myspace 😉 Ca m’a pris hier : je me sens devenir Bouddhiste. On en reparlera…

Le temps de me coller un patch 25mg sur l’épaule (bonjour l’ouverture du sticker Nicorette, encore un prodige de conception, car me voilà désormais en zone défumicarisée), j’envoies la photo sur le blog et rédige ce petit papier. Sur ce voyage, j’ai décidé de vous la jouer prolixe et… mobile ! Alors, on embarque ? Prochain arrêt Mexico !

PS : Vous noterez que j’ai employé trois fois le mot terroriste et vais le mettre en tag : c’est juste pour faire de la fréquentation, essentiellement de la CIA et des grandes oreilles de la NSA qui enregistre, décrypte et analyse absolument TOUT ce qui est émis et reçu dans le monde entier. Abyssal et terrifiant… Adios Mexico, à bientôt, Guantanamo…