Acétabulaires, Figuerolles, La Ciotat, plongée, algue unicellulaireHier, j’ai monté les marches… Non, pas celles du festival de Cannes, mais juste à côté : Celles qui mènent à la calanque de Figuerolles, à l’ouest de La Ciotat…

Étouffés dans la camisole de néoprène, avec bouteille de 15 litres, ceinture de plomb, caisson photo, flashs et phares : un bon paquet d’acier qui écartèle bien les vertèbres, à l’aller comme au retour. Pas bien méchant mais une dénivelé de 60 m quand même, apte à briser les plus forts. Le responsable de ce raid commando ? Anthony Leydet qui à force de persuasion, de mensonges éhontés et de présence jamais démentie sur ce blog a réussi à me convaincre de quitter mes travaux d’aiguilles et mon confessionnal pour venir expier dans ce Golgotha. Car, voyez-vous, ce biologiste marin-photographe plonge sans bateau !

Bref, nous y sommes. Le soleil que j’avais commandé vient de se lever  pour un bref créneau le temps de la plongée. Nous nous mettons à l’eau, au delà des corps luisant d’huile solaire des quelques baleines échouées… Je réalise alors que la plongée prévue ne se fera pas DANS la calanque mais à sa sortie, qui se perd dans un loitain agité de rouleaux d’écume. A 10 kilomètres de là (on est à Marseille…). Le fourbe ! Pas question de parcourir cette distance avec le matériel sur le dos, à demi noyé, le tuba dépassant de quelques millimètres de l’eau,  soufflant comme un lamantin l’âme en peine… J’adopte la position « survie ». Bouteille dans l’eau, gilet gonflé à bloc, voilà un radeau confortable ou prennent place le caisson, le phare, et il ne reste plus qu’à pousser d’un palmage tranquille, en direction de la Tunisie…

Entre les falaises de conglomérat, vestige du lit d’un grand fleuve disparu, nous coulons enfin. Un fond de sable caillouteux, planté d’acétabulaires minuscules, chemin des écoliers bordé de champignons… Ces minuscules végétaux qui régénèrent leur chapeau au printemps sont en fait des algues unicellulaires : on fait de la macro ou en en fait pas ! Au retour, je ferais d’ailleurs une rencontre étonnante dans cette lilliputienne champignonnière, mais j’anticipe…

conger, plongée, Figuerolles, La CiotatPiaffant d’impatience, Anthony m’indique la porte des merveilles : une faille étroite déjà bien décorée qui donne sur un autre monde, plus profond. Je suis passé en mode scanner : il s’agit de détecter l’infiniment petit et c’est d’abord un œil que je vois, dans la faille. Mais, mais… C’est une tête de congre ! Ouigre ! Et de belle taille. A trop regarder les détails, on perd parfois de vue l’ensemble… Profondément enfoncé dans la vulve de roche carminée, le congre semble attendre. Je cherche alors le homard. En Bretagne, ces deux là vivent ensemble, le premier attendant la mue du second pour le dévorer. Le défaut de la cuirasse en quelque sorte…

Figuerolles, La Ciotat, plongée, poulpe, serran chevrettePendant que je philosophe, Antony est occupé à faire bronzer a coup de flashs un Doris dalamatien, quelques mètres plus bas. Du bout du doigt, il m’indique le poulpe qu’il vient de traiter, et je prend le relais. Je saisis alors cette scène, ce face à face du serran chevrette et du poulpe, à l’image de notre palanquée :  l’impétuosité devant la sagesse, le frétillement des nageoires face à l’assise des ans, la forme juvenile et les courbatures vénérables… Amen !

Nous poursuivons plus bas, dans un canyon couvert de vie jusqu’à un fond de sable ridé, au delà de 24 mètres. Sur la paroi, c’est l’inventaire à la Prévert : gorgones pourpres et jaunes, algues encroutantes roses, tuniciers gonflés comme des outres, éponges oranges, rouges, mauves, grises, sur lesquelles gambadent de minuscules nudibranches bleu cobalt rayés de blanc.

Corail rouge, Corallum rubrum, Méditerranée, plongéeAnémones de toute formes et de toutes couleurs : tout ce monde là filtre l’eau à perdre haleine dans l’apothéose de la symbiose. Plus haut, les bancs de sars, les sardines et les girelles paon sont toutes ouies…

Mais voilà le corail rouge : sous les surplombs fleurit « l’or rouge » de la Méditerranée, ce bijou vivant dont les branches fractales vermillonent dans le pinceau des phares et dont j’ai choisi de ne vous montrer que les polypes, cette colonie vivante dans le même tronc commun, à l’image des « grands ensembles », fleurons de notre architecture humaine…

Il y a sur ce site des dizaines de branches épanouies sur un fond d’anémones jaune soufre du plus bel effet et, effectivement, de quoi contenter un photographe.

Anémone charnue, dalhia de mer, Figuerolles, plongée

Dalhias de merNous cherchons frénétiquement les crevettes s’abritant dans les dahlias de mer et autres anémones charnues, espèces endémiques de la Méditerranée, mais sans succès… Antony ! Qu’est-ce à dire ? Les crevettes étaient pourtant au menu…

Mais l’animal ne veut rien savoir et ne cesse de me montrer des nudibranches presque invisibles à l’œil nu, comme pour me vendre la richesse de « son » site. On dirait un agent immobilier faisant visiter un appartement témoin…

Je me rabat alors sur un minuscule poisson rouge (chapon juvénile, gobie, blennie ? Les biologistes me préciseront celà), disons une minuscule rascasse, future bouillabaisse,  qui me fait de l’oeil depuis l’orée de son trou.

Un chapon pointu...Un coup de flash, et tout est dit. ! Bon, voilà prêt d’une heure que nous sommes au fond, quelque part entre la france et l’Afrique et les réserves d’air baissent dangeureusement. Il est temps de gagner des profondeurs plus démocratiques et de rejoindre la calanque : je ne voudrais manquer pour rien au monde la montée des marches !

Sur le chemin des grandes nacres, ces moules géantes qui se dressent au milieu du chenal, miraculeusement épargnées par les ancres de bateaux, je m’arrête un instant au dessus s’un massif de posidonies. S’y cache une grosse araignée de mer. Une femelle pleine dont le corset déborde d’œufs oranges. Et qui m’attaque comme je m’approche ! Je n’avais jamais vu un tel comportement : Toutes pinces dehors, elle fait effectivement des bonds en pleine eau dans le but de m’arracher les oreilles, heureusement encagoulées…

Le lapin Playboy ?Cette fois, je n’ai vraiment plus d’air. Je passe en mode économie. Et à plat ventre, entreprend de cadrer mes dernières acétabulaires. C’est alors que je remarque ce qui me semble être un nudibranche que je n’avais jamais rencontré. Moins d’un centimètre, et des oreilles de lapin ! Une nouvelle espèce ? Après tout, je suis coutumier du fait. A moins qu’il ne s’agisse d’un artefact ? Un lecteur saura-t-il éclairer ma lanterne ? Si c’est bien un nudibranche, je l’appellerais désormais « playboy ».

Je vous laisse… Étant inexorablement attiré vers la surface par une pesée négative. Aaaaah : je vois les marches !

Ah oui au fait, Anthony, la « baraka », c’est un métier 😉

Signalons, pour les « plongeurs piétons », le site Marseille à palmes qui répertorie les sites méditerranéens accessibles depuis la côte. De quoi se faire les cuisses !