Dans les cheminées du VeyronCe matin là, la Méditerranée était un lac… Au centre, les moniteurs évoluaient silencieux, comme des conspirateurs détenteurs d’un lourd secret. Ce n’est qu’une fois sur le bateau, à la sortie du port de la Madrague qu’ Eric a dit : on va faire le Veyron ! Car tout le monde en parle mais personne n’y va jamais : je veux parler de ce haut fond situé entre le phare du Planier et le cap Croisette. On dit que s’y trouverait englouti un village troglodytique habité par les hommes jadis. C’est l’Atlantide des marseillais !

Parvenus sur le site, nous sommes environnés de bleu, une eau lisse comme de l’huile, oscillant doucement sans une trace d’écume, frontière temporaire que nous nous faisons un plaisir de franchir.

Nous nous rétablissons sur le  sommet du « pain de sucre » vers 15 m de profondeur. Il neige… La visibilité n’est pas excellente mais je sais que tout autour vibre le chant des abysses. Impressionant. Au milieu des gorgones blanches, comme les rares cheveux de ce crâne de pierre,  jouent des castagnoles de belle taille et des sars malicieux. Plus loin dans le bleu, l’approche éclair d’un denti et parfois, de thons et de liches, prouvent que nous sommes ici en plein courant, dans une zone de chasse…

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Nous nous laissons couler le long de la face nord et je constate que la pierre est creuse : Partout des crevasses profondes, des puits verticaux, des entrées de grottes obscures… Tout cela évoque un karst, ensemble calcaire de gouffres et de cavernes, formés à l’air libre par la circulation d’eau douce et recouvert depuis par la mer. A 28m, je pénètre dans une faille étroite festonnée de gorgones bleues : J’ai vu un gros poisson y disparaître… C’est un mérou de belle taille, qui revient bientôt aux nouvelles. Ici, tout est plus gros, plus riche, plus abondant…

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Nous pénétrons dans une grotte horizontale à l’obscurité adoucie par la lueur bleue de fenêtres lointaines. Nous ne sommes pas loin de l’exploration spéléo et n’étant pas équipés pour, restons à proximité des entrées. Il y a de quoi se perdre dans ce labyrinthe de galeries. La roche est presque mauve, feuilletée de coralligène. Dans chaque recoin, des murènes, des congres, des mostelles, des mérous…. Et je m’en veux d’avoir choisi l’objectif grand angle : C’est la macro qu’il me fallait !

Veyron Marseille plongée archipelLes premiers découvreurs du site furent saisis par l’étrangeté des lieux et y virent la main de l’homme. Des tunnels creusés, une ville troglodytique… Comment les en blâmer ? Ce qui est sûr c’est que cette pierre était émergée au même titre que la grotte Cosquer et devait constituer une île ou un point haut dans la région. Alors, pourquoi pas une présence humaine ? Des nodules métalliques trouvés sur place renforcèrent l’idée qu’il s’agissait peut-être de mines de cuivre… La légende était née et perdure encore aujourd’hui.

Pourtant, les travaux du plongeur et paleobathycartographe Jacques Colina Girard, de l’Université d’Aix coupèrent court aux spéculations. Il semble que le Veyron n’ait jamais été habité et que toutes ces formations sont naturelles. Ce scientifique passionnant, qui est aussi un poète, est devenu bien malgré lui un spécialiste de l’ Atlantide. Il est aussi l’auteur d’un document très intéressant sur les niveaux anciens de la Méditerranée qui permet de mieux comprendre la nature des paysages rencontrés en plongée aujourd’hui dans la région. En 2009 il a publié un ouvrage ou il parle entre autres du Veyron et dont voici un extrait du prologue :

atlantide-belin-1Dans les années 1980, Pierre Vogel, directeur du célèbre magasin marseillais « Le Vieux Plongeur » affirmait avoir trouvé les vestiges de l’Atlantide sur le Banc du Veyron, au large de la cité phocéenne. Ce haut-fond taraudé de grottes et de galeries se trouve au large de Marseille, entre -20 mètres et – 25 mètres de fond. Pierre Vogel y « voyait » une cité engloutie creusée de main d’homme avec cheminées d’usines en sus ! Pour un géologue, ce réseau régulier de galeries sous-marines est à l’évidence d’origine naturelle. Les scories métalliques récoltées par ce plongeur enthousiaste se révélèrent le produit des décharges sauvages des chaudières des paquebots d’avant-guerre à l’entrée de la rade de Marseille ! Il n’est pas sûr que Pierre Vogel ait vraiment cru à son histoire mais sa réaction illustre bien la fascination que « la cité submergée », ou le « trésor englouti », exerce encore dans l’imaginaire de tout un chacun en général et des plongeurs en particulier.

Depuis un moment nous glissons le long de la chaîne d’ancre, passant insensiblement du bleu nuit au bleu ciel après cette plongée à remonter le temps. Il y a des années, alors rédacteur en chef, j’avais publié dans le numéro 3 de Plongeurs International le récit de Pierre Vogel avec une illustration de Di Marco… Et j’avais toujours eu envie de visiter à mon tour cette Atlantide. C’est chose faite !

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Si vous aussi vous voulez faire cette plongée (et tant d’autres !) : Archipel centre de plongée – port de la Madrague de Montredon – 48 bd du Mont Rose – 13008 Marseille. Tel : 04 91 25 23 64 – 06 09 52 37 12. contact@plongee-marseille.com