Maroc, Marmara, Merzouga, voyage au Maroc, dunes, soleil, lune, désert, photoshopLa première photo publiée sur notre voyage au Maroc a suscitée pas mal de commentaires. C’était bien mon intention, pour ouvrir aussi le débat sur la notion de « réalité » en photo… Oui, il y avait un truc ! La preuve, je vous livre maintenant la version « nocturne » de l’image…

Il est en effet impossible d’obtenir la photo du coucher ce soleil comme je l’ai publiée avec un simple appareil photo. Dans le passé, j’ai photographié de tels soleils couchant avec de très gros téléobjectifs (un 1100 mm de facture russe et son doubleur, qui pesait le poids d’un char d’assaut…). Mais on obtient un gros disque orange. Pour capter la texture subtile du soleil (tâches) et équilibrer le contraste de l’image, je doute même que l’HDR soit d’un grand secours… Il n’empêche, je voulais cette image du désert avec un astre énorme… Alors, comment faire ?

Mais, plantons d’abord le décor…

Nous venions d’arriver sur le site de Merzouga, à la frontière  avec l’Algérie… Le 4×4 Marmara s’est échoué au sommet de la vague de sable, surfeur figé dans le mouvement, dans l’air vibrant des couleurs du soir… Paysage dunaire à perte de vue… Joie d’enfant de courir dans le sable rouge, doux comme de la soie ; sentiment de pureté alors que tous les sons commençaient d’être étouffés par la promesse de la nuit.  C’est alors que je vois à l’horizon une méharée de dromadaires franchir la ligne de crête : mon image !

Maroc, Marmara, Merzouga, voyage au Maroc, dunes, soleil, lune, désert, photoshopA fond de zoom, j’ai tout juste le temps de déclencher avant qu’ils ne disparaissent du côté obscur de la dune à contre jour… Alors, en rêve, j’ajoute ce gros soleil en train de mourir derrière l’horizon. Ou un peu plus tard,  la pleine lune qui se lève…

Au développement, je constate que le soleil est bien là mais surexposé comme prévu. Et il n’est pas au bon endroit : je n’ai pas eu le choix !  Et je doute dans le temps qui m’est imparti de pouvoir refaire cette image. Et il faudrait de toute façon reconstituer la scène. Non ! Il y a beaucoup mieux à faire. En me retournant sous les épaisses couvertures berbères de la tente plantée dans le désert, sous la glaciale clarté des étoiles, je réfléchis à la meilleure façon d’améliorer  l’image. La 3D ? Possible. Et puis  je réalise que  la photo est tellement contrastée qu’il sera facile d’isoler le ciel et de le reconstituer complètement, tout en gardant intacte la partie du bas. Dès lors, libre à moi d’inventer le ciel que je veux. Dont acte, sur Photoshop. Pour cette fois, je me passe de 3D et utilise uniquement les techniques bien connues des modes de fusion et quelques plugins dédiés.

Ci dessous, voici les différentes étapes pour obtenir le « coucher de soleil » :

Maroc, Marmara, Merzouga, voyage au Maroc, dunes, soleil, lune, désert, photoshopD’abord, jouer sur la luminosité, les niveaux et le contraste pour obtenir un ciel uni, sans détails. Et une dune bien noire, en silhouette. Puis, tracer un cercle et le remplir de la couleur orange originale. Appliquer un flou gaussien conséquent pour rendre les bords du « soleil » flou.

Maroc, Marmara, Merzouga, voyage au Maroc, dunes, soleil, lune, désert, photoshopIci, pas besoin de détourage pour faire disparaître le soleil derrière la dune : il suffit d’appliquer le mode de fusion « produit » et d’ajuster l’opacité (ici 58%) pour obtenir un effet plus naturel. C’est à peu prêt le résultat qu’on obtiendrait avec un super télé… Mais allons plus loin, tant qu’à faire : ajoutons de la texture au soleil, comme si on pouvait voir à l’œil nu l’activité cataclysmique de cette incommensurable bombe à hydrogène

Maroc, Marmara, Merzouga, voyage au Maroc, dunes, soleil, lune, désert, photoshopIl existe beaucoup de méthodes pour parvenir à cet effet  mais j’ai choisi de jouer avec l’excellent plugin de Flaming Pear, Solar Cell qui, comme son nom l’indique, permet de générer des astres plus ou moins flamboyants… Horrible, n’est-ce pas ? Mais pas tant que ça, dès lors qu’on superpose ce calque avec les précédents, en mode « incrustation » avec une opacité de 5%.

Maroc, Marmara, Merzouga, voyage au Maroc, dunes, soleil, lune, désert, photoshopEt voilà un soleil (forcément) plus vrai que nature… Alors, j’entends d’ici les puristes : « Ce n’est plus de la photo ! ». C’est tout a fait exact, c’est de l’image. Ou encore : « On nous trompe ! Où est la réalité dans tout cela ? » C’est encore vrai. Et je voudrais d’emblée préciser ma position à ce sujet. J’ai été photo-reporter pendant plus de 11 ans au staff de l’agence Sygma (revendue à Bill Gates sous le nom de Corbis) qui était à l’époque la plus grande agence de photo journalisme au monde. J’y ai côtoyé les plus grands de ce métier. Qui dit journalisme dit témoignage sur la réalité et la déontologie de la maison était stricte : pas de reconstitution, pas de mise en scène, pas de retouche… Travaillant en argentique, nous n’en avions de toute façon pas la possibilité. Mais les magazines et les agences de pub qui achetaient nos images si, et ne s’en privaient pas, surtout les photos issues de notre département people ! J’ai connu pas mal de bimbos qui faisaient les unes de l’époque et je peux vous dire qu’elles étaient moins « lisses » en vrai que leurs sosies sur papier glacé !

La retouche photo a toujours existé, souvent pour mentir (exemples célèbres de la suppression de Molotov au côte de Staline…), très souvent pour améliorer… La frontière est bien mince entre le document brut et, par exemple, un tirage noir et blanc où le talent du « tireur », masquant une partie de la lumière de l’agrandisseur avec ses mains en des gestes cabalistiques bien mystérieux pour les profanes, fait toute la différence entre l’art et la « réalité ». Beaucoup de photos de Cartier Bresson ou d’Ansel Adams ne seraient pas ce qu’elles sont sans les « mystères de la chambre noire ». Toute œuvre est une trahison et l’Art n’est pas la réalité mais l’interprétation de celle-ci. Un cadrage, un éclairage, un grain particulier du papier est une interprétation. Le contexte de prise de vue, la légende de la photo, le média dans lequel elle est vue, le texte qui l’accompagne : autant d’interprétations, de déformations potentielles de la vérité « vraie » !

Et puis est arrivé le numérique avec ses infinies possibilités de manipulations et transformations des images, voire de leur création totale… Scandale quand le prestigieux National Geographic s’était permis pour des raisons de mise en page de déplacer légèrement la position des pyramides de Gizeh en Égypte pour qu’elles rentrent dans le format vertical de la couverture du magazine ! Péché véniel aujourd’hui, ou l’on supprime les capitons qui dépassent du short du Président Sarkosy dans Paris Match, et quand on sait que certains sex-symboles sont des composites de 5 ou 6 mannequins… Et vous, vous en pensez quoi de cette « virtualisation de la réalité » ?

En ce qui me concerne, je me place en conteur d’histoires et en montreur d’images. Je ne cherche pas systématiquement à témoigner de la réalité mais au contraire parfois à m’en éloigner : A créer des visuels qui répondent à mon imaginaire, à mes envies, à mes rêves et peut-être aux vôtres… Et souvent, la fiction me ramène à la réalité, à ce monde si vaste où tout existe pour peu qu’on aille le découvrir… Ainsi, je suis aujourd’hui plus proche de l’artisan que du journaliste, plus explorateur de songes que chroniqueur du réel (quel réel ?) : c’est un choix. Après, tout est question d’honnêteté intellectuelle : ainsi, quand il y a manipulation flagrante d’une image, comme ici, je le signalerais et vous expliquerais comment j’ai fait.

A propos, et maintenant que vous connaissez le modus operandi, vous la trouvez comment cette image nocturne ? Cette méharée de « Rois Mages » cheminant sous « l’étoile du berger » ?

Ceux qui étaient là bas, au camp touareg de Merzouga,  témoigneront que l’ambiance est bien la même : Transpercés par le froid sidéral, la chaleur de la terre envolée dans l’espace infini, nous nous sentions petits, fragiles, recueillis dans l’immensité des sables obscurs…

Touareg, Maroc, Marmara, Merzouga, voyage au Maroc, dunes, soleil, lune, désert, photoshopPrêts à la « révélation » quand Vénus nous envoyait des clins d’œil ou lorsque des météores venus de la constellation de l’Aigle zébraient le ciel en pluies fécondes jusqu’aux confins du Zodiaque.

Et cette lune rousse n’est pas tout à fait sortie de mon imagination…

Rendez vous bientôt ici pour partager ce voyage initiatique à travers le Maroc, de Marrakech aux confins du désert ! Un périple original, riche  d’émotions et de rencontres, proposé par l’agence Marmara.