A Saint-Michel en Grève dans les Côtes d’Armor, on s’apprête comme chaque été à subir l’invasion des algues vertes Ulva Amoricana. Un fléau qui fait fuir les touristes mais dont les causes sont pourtant parfaitement identifiées !

maree-verteL’invasion a commencé en août 70 se rappelle Maurice Gouaislin, Président de l’Asssociation Plestin Environnement. Résultat de l’agriculture extensive mise en place dans les années 60, qui n’est pas adapté au pays. On en paie le prix aujourd’hui.

La faute aux nitrates !

Après des études de plusieurs années, l’IFREMER a conclu que la prolifération de ces algues était due uniquement au taux de nitrates excessif dans les eaux de surface et de la nappe phréatique qui arrivent à la mer. Nitrates provenant des engrais chimiques et des élevages de porcs et de poulets. Dans les baies inondées de soleil et de nitrates, l’algue a trouvé un écosystème à sa mesure et occupe toute la surface disponible. Puis elle pourrit sur place, dégageant ammoniaque et sulfure d’hydrogène… Des gaz toxiques qui ternissent les couverts des riverains et ne sont sans doute pas bon pour les bronches.

«Aujourd’hui, nous avons atteint le point de saturation précise Jean-Yves Piriou, chercheur à IFREMER : à St-Michel, on compte 6000 tonnes d’algues par an, ce qui n’ira pas plus loin, faute de place. L’algue ne constitue pas un danger pour l’écosystème marin, mais c’est un impact terrible pour la région, une pollution qui se voit et qui se sent : il n’y a plus qu’un hôtel sur place… St-Michel en Grève est le site le plus sensible : la forme de la baie ne permet pas aux eaux de circuler vers le large et la nappe phréatique présente un débit constant, même en été, qui continue à enrichir les eaux de mer à une époque où la croissance des algues est maximum».

Quelles solutions ?

Actuellement, le seul remède consiste à ramasser régulièrement les algues qui sont ensuite compostées, afin de servir… d’engrais. Et le cycle recommence…

Un contrat de bassin versant «Prolittoral»  vient pourtant d’être mis en place par les collectivités et l’Agence de l’Eau, pour tenter d’endiguer le phénomène. Mais, comme le fait remarquer Maurice Gouaislin, «il faudrait d’abord être en mesure d’appliquer la réglementation existante, à savoir la directive européenne «Nitrate». On en est loin, dans la mesure où il n’y a pratiquement pas de contrôles ici et chacun fait ce qu’il veut ! »

Les experts sont unanimes : il faut revoir entièrement la politique agricole dans la région. Réduire le cheptel, réhabiliter les fonds de vallée et rivières de la région qui sont à l’abandon. Y planter des espèces végétales qui captent les nitrates, restaurer les prairies, éponges naturelles, et reconstruire les talus qui retenaient les eaux. «Nous avons aussi demandé aux agriculteurs de labourer leurs champs perpendiculairement à la pente, ce qui limite les écoulements. Sans succès » déplore Plestin Environnement.

Pour Yves Priou, pas de demi mesures : Il faudrait revenir à des taux de nitrates de 10 mg/l sur le bassin versant comme dans les années 70, alors qu’il est aujourd’hui de 40 mg/l. Dès lors, la situation pourrait redevenir normale en moins de… 10 ans. Il y faut une volonté politique !

En attendant, certains favorisent le «bio». Marielle André, responsable de l’épicerie «Le Panier Bio» à Saint-Michel en est convaincue :  «le succès de notre entreprise prouve que les gens sont prêts». De même, «Les fermiers du Tregor» vendent leurs produits en direct. Les Verts ont proposé au maire de Lannion que les cantines scolaires s’alimentent auprès des producteurs locaux bio… Une révolution civile en marche ?