ChiquilaIl est des journées mémorables dont on sait qu’elles resteront gravées à jamais. Telle fut celle qui vient de s’achever sur l’île d’Holbox. A 4h ce matin, départ de Playa del Carmen où je retrouve « Toch' » qui vit depuis 13 ans au Mexique et sera mon guide. Originaire des Dombes, il a pratiqué tous les métiers dont celui de boulanger. L’énorme 4×4 Chevrolet qu’il pilote aujourd’hui témoigne s’il en était besoin de sa réussite. Le Mexique reste une terre de pionniers pour les audacieux…

De nuit, nous traversons le Yucatan du nord au milieu de la forêt dense qui se prépare à l’aube. Combien de cités mayas sont encore englouties sous cette jungle ? C’est tout près d’ici, à Chixchulub, qu’on situe le cratère d’impact de l’énorme météorite qui percuta la terre il y a 65 millions d’années, mettant fin au règne des dinosaures…

Avec Toch’ à Holboch’…

En empruntant un raccourci qui permet de gagner 100 km mais se situe sur une propriété privée, j’ai un aperçu du fameux « système D » du Mexique. Un type présent jour et nuit y perçoit un péage sauvage de 10 pesos pour chaque véhicule. Et bien entendu, tout le monde utilise ce raccourci… Les quelques villages traversés se préparent à la fête de l’indépendance, le 15 septembre prochain : les guirlandes électriques montent à l’assaut des arbres et on astique les trompettes…

Au lever du soleil, nous arrivons au petit port de Chiquila, à l’extrême nord est de la péninsule du Yucatan, et qu’on croirait sorti d’un roman de Traven. Un bateau vénérable, le « 9 hermanos » assure la traversée vers Holbox.

Ici on vit de pêche aux poulpes et aux langoustes, capturés en plongée au narghilé. Sur Holbox, en passe de devenir la capitale mondiale du requin baleine, changement de bateau et nous retrouvons le capitaine Yoni, le guide Pero et la belle Goretty. Direction le grand large à la recherche du géant de mers. Didier garanti même le remboursement de la sortie à ses clients si ceux ci ne voient pas de requins baleine ! Et, ajoute-t-il goguenard « on n’a jamais remboursé personne !’ Les pélicans trop lourds nous ont quitté pour laisser la place aux frégates tandis que la côte s’éloigne. A cause d’une mer formée, il faudra plus de deux heures pour rejoindre le site. Chacun scrute alors l’écume dans l’espoir de débusquer un premier aileron.

Aileron requin baleineLe voilà ! Un bête énorme qui filtre le plancton a ras des flots. Le sillage d’un sous-marin… Goretty est déjà à l’eau et, au contact, le contraste est saisissant avec le poisson de plus de 10 mètres ! Le plus grand poisson du monde…

Au cours des deux heures qui vont suivre, nous allons en voir plus de 7 ! C’est du sport : il faut se mettre à l’eau dans la houle forte et suivre le monstre dans une visibilité réduite à cause du phytoplancton, raison de l’incroyable concentrations de ces requins. Il en arrive de partout… Et, croyez-moi, pas facile à suivre à la palme !

Requin beleine à HolboxOccupé à cadrer dans l’axe de la bête, je vois bien passer la tête, j’évite bien la nageoire dorsale, mais j’oublie l’existence de la caudale qui me cueille juste entre les jambes… Sous le choc, je remonte instantanément en tête de train, à demi émasculé ! Quelle puissance… On a beau savoir que c’est une espèce inoffensive, la rencontre reste impressionnante. Toch’ fait ce qu’il peut pour entrer dans le champ et je saisis alors cette scène incroyable ‘Jonas revisité », donnant l’impression que le plongeur est avalé par le requin…

Ceux qui m’ont pratiqué savent à quel Requins beleine à Holboxpoint j’ai la Baraka et, cette fois encore, la chance est de mon côté (du jamais vu ici de mémoire de guide…) Venu du fond, dans les rayons du soleil vert, un jeune remonte vers sa mère que je suis en train de photographier. Nous assistons alors à un balai matrimonial aussi rare qu’émouvant… Didier ne m’avait pas menti : ce spot est devenu incontournable pour qui veut nager avec ces requins à coup sûr.

Au retour, à la hauteur du Cap Catoche, Yoni nous engage dans un chenal très peu profond qui débouche dans un immense lagon festonné de mangroves. Au milieu des plantes aquatiques, rampent des limules, ces espèces de crabes archaïques au sang bleu d’un grand intérêt scientifique. L’un des animaux les plus vieux de la création ayant traversé toutes les extinctions de masse…

flamands roses HolboxPosés sur leurs reflets au milieu de la lagune, une imposante colonie de flamands roses salue notre passage d’un envol majestueux, pour se reformer un peu plus loin. J’aurais tant à écrire sur Holbox que je découvre à peine… mais à l’heure où je vous parle, je suis écarlate comme la langouste du dîner : pas pris le temps de l’onction de crème solaire. Le soleil maya et le vent ont fait le reste… Toch’ tire aussi franchement sur le rouge et la Biafine coule à flot… Ce soir, nous sommes hébergés dans un hôtel magnifique, plein d’étoiles : celles des guides, et celles qui décorent la nuit, que les Mayas connaissaient si bien. Les Mayas dont nous reparlerons dès demain. Direction les cénotes sacrés et les cités perdues..


Si vous aussi vous voulez faire ce voyage, consultez Blue Lagoon et Phocea Riviera Maya.