Mais ou sont passés nos papillons qui jadis auréolaient les fleurs ? Souvenez-vous : ils annonçaient le printemps ; égayaient nos campagnes ; chenillaient en procession et pendaient sous les feuilles en chrysalides…

Grand paon de nuitDans mon ciel d’enfant il y avait peu d’avions mais quantité de papillons… Dans le midi, les Charaxes Jasius étaient violets de figues, et les massifs de Budleïa mauves alourdis de flambés zébrés et de machaons. Plus au nord, les Soufrés, Demi-deuil, ces dalmatiens des airs, Piérides du chou et autres vanesses pullulaient. Leurs cousins de nuit n’étaient pas en reste : sphinx du tilleul, écailles calimorphe à la robe de tigre cachant sous leur ailes principales des jupons de pourpre, qui posaient dans chaque maison leur sculpture vivante. Et que dire du grand paon de nuit, plus grand papillon d’Europe, dont le femelle parfumée de phéromones était capable d’attirer les mâles à une centaine de kilomètres à la ronde ?

Sans parler des insectes en armures, cétoines dorées de métaux précieux, hannetons que dans notre cruauté d’enfant nous faisions tourner au bout d’un fil comme des avions téléguidés, grands lucanes à pinces de crabe…Des noms, des couleurs à faire rêver ; un régionalisme ailé qui n’est plus qu’un souvenir.

Mes vacances étaient traditionnellement consacrées à la chasse aux papillons. Course dans les champs avec un filet monté sur bambou, une « pêche à la mouche dans le ciel », l’anesthésie dans l’éther, la mise sous enveloppe et au retour, la préparation de l’imago pour le présenter, piqué dans une boite sous verre. Un seul représentant de l’espèce bien sûr. Tout un savoir faire…

Je me faisait régulièrement sermonner par de vertueux « protecteurs de la nature » ; oh, jamais des gens du cru, non, mais des touristes, d’autant plus défenseurs de la nature qu’il ne la connaissaient point : « mais laissez donc les vivre ces pauvres bêtes, bientôt il n’y en aura plus ! »

Et ils avaient raison ! Pour de mauvaises raisons… Avec l’age, les sensations rapetissent, mais les faits sont là : la délicate faune ailée a diminuée en variété, en en quantité. La cause : non pas la prédation innocente de quelques enfants passionnés d’entomologie, mais l’usage immodéré des pesticides créés et vendus à coup de marketing par les multinationales. Des centaines de produits cancérigènes qui polluent en outre gravement l’eau de boisson. La faune ailée, trois fois métamorphosée, n’y a pas résisté qui est allé respirer ailleurs des fleurs moins empoisonnées.

En matière d’écologie, il importe de ne pas se tromper de cible. Alors, aujourd’hui encore, je regarde mon grand paon de nuit, crucifié pour l’éternité dans sa boîte, et je me souviens…

A l’eau, j’écoute

Les récentes inondations meurtrières du sud de la France ont montré les carences dans la transmission de l’information dans notre pays. Météo France avait bien prévenu à temps de la catastrophe imminente, mais les futurs sinistrés n’ont pu être alertés assez tôt. Et pour cause : au pays du minitel considéré comme une réussite mondiale (!) ce sont au plus 3 pompiers qui, malgré leur légendaire efficacité, doivent appeler manuellement au téléphone leurs administrés ! Quand le préfet n’est pas en vacances, que le jour n’est pas férié, etc. La société Cogis (www.cogis.com) commercialise pourtant Medialert, un logiciel capable de diffuser un message ciblé à 2000 personnes en 20 minutes. Narbonne, Cuxac d’Aude et quelques autres se sont déjà équipées…

Mieux encore : le système des cartes bancaires est une passoire et cela commence à se savoir. De jeunes passionnés d’informatique ont vu récemment leur matériel saisi et encourent la prison pour avoir prévenu huit banques de graves failles de sécurité. Les hackers utilisent des logiciels appelés « dialers » qui se connectent automatiquement sur des numéros de modem pour trouver un port ouvert et entrer dans le système. Si on leur demandait gentiment, il ne faudrait guère plus d’un mois pour que ces logiciels malfaisants soient adaptés pour la prévention des risques majeurs, sur le modèle de Medialert, mais gratuitement. Les municipalités désargentées pourraient aussi s’équiper du système d’exploitation Linux, bien plus performant que l’omnipotent et coûteux Windows. Son seul défaut : il est gratuit !

Combien l’eau devra-elle encore emporter de vies pour que le bon sens revienne près de chez nous ?