Les chevaliers du chardon bleu

Le Conservatoire du Littoral fête ses 30 ans d’existence : 860 kilomètres, soit 10 % des côtes françaises lui appartiennent aujourd’hui. Objectif : acquérir d’ici 2050 un tiers de nos rivages.  Mais tout le monde n’apprécie pas le littoral en conserve…

chardon_bleuLe Conservatoire du littoral a été créé en 1975 pour endiguer le bétonnage systématique des côtes par les promoteurs et protéger les espaces naturels. Constitué au départ d’une poignée de négociateurs habiles (moins de 2 milliards de francs déboursés en 25 ans d’acquisitions, alors même que la ville de Paris consacre chaque année 1,2 milliard à ses espaces verts) le conservatoire a pu sauver des sites d’exception comme la pointe du Raz, le cap Gris-Nez, la dune du Pilat, les îles de Port-Cros ou du Salut en Guyane. Cette structure unique au monde acquiert ainsi chaque année 2 000 à 3 000 ha, ce qui l’amène à signer un acte d’acquisition par jour !

Salué par la cour des comptes

Chacun reconnaît l’action du conservatoire dont les moyens financiers semblent préservés grâce à une acrobatie de la loi de finances rectificative du budget 2004. Le comité interministériel pour l’aménagement et le développement du territoire (CIADT) a ainsi rétabli le budget du conservatoire soit 20 millions d’euros alors qu’il était question de l’amputer de moitié ! Pour conduire sa mission, le Conservatoire acquiert les terrains et les remet en état. «Plus de 7 millions d’euros soit 1/3 du budget sont consacrés au réaménagement des espaces», souligne Emmanuel Lopez, le nouveau directeur. Puis, la gestion en est confiée aux acteurs locaux, même si c’est le Conservatoire qui détermine la façon dont doivent être aménagés les sites en terme d’agriculture ou de loisirs.

Un défi au bon sens

Le Conservatoire doit ainsi faire face à un énorme paradoxe : confier ce patrimoine à ceux-là mêmes qu’on soupçonnait d’être les alliés des bétonneurs : autant demander au braconnier de devenir garde-chasse ! Car aujourd’hui, les élus, les agriculteurs ou les propriétaires de terrains n’ont aucun intérêt économique à préserver le littoral. Bien au contraire ! Certains départements et communes dénoncent un système qui accable leurs finances : «J’ai récupéré 300 hectares en Camargue laissés à l’abandon. Travaux, gestion : la facture est trop lourde. Je préférerais que le Conservatoire achète moins de terrains, mais qu’il les gère lui-même», lançait Roland Chassain, député et maire des Saintes-Maries-de-la-Mer… Pourtant, lot après lot, le Conservatoire marque le paysage de son logo «chardon bleu», une plante qui sait s’adapter aux environnements difficiles… Le Conservatoire doit aussi concilier environnement et fréquentation publique : les sites reçoivent plus de 30 millions de visites par an… Les détracteurs ne manquent pas : l’institution est accusée d’avoir abusé de ses droits de préemption et d’expropriation et d’être parfois arbitraire dans ses choix de gestion. En Bretagne, le président de l’association Défense de l’environnement bigouden, Jean-François Burth, évoque la pointe de la Torche, à Plomeur qui accueille chaque année près de 40 000 personnes dans le cadre d’un festival mondial de funboard, ce qui saccagerait dunes et végétation. A Trévignon, dans le sud du Finistère, le Conservatoire a accepté l’épandage de lisier de porcs sur ses terrains et les étangs environnants seraient gravement pollués…

Toujours, tu chériras la mer…

Car le littoral est aussi une zone d’activités qui voit sa population se multiplier par 10 pendant 2 mois de l’année. Pêche, agriculture, transports maritimes ou tourisme ? Il est bien difficile de ménager la chèvre et le chardon… Ici et là, on craint qu’en limitant le littoral à un espace de nature, on crée de multiples conflits. C’est la raison pour laquelle le gouvernement envisage des décrets pour amender la loi littoral de 1986. «Porte ouverte aux bétonneurs» rétorquent les écologistes. Une loi qui n’a d’ailleurs pas préservé les littoraux du «mitage» par les maisons individuelles. Or, d’ici à 2030, 3,4 millions d’entre nous irons s’établir en bord de mer…




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