Quand on parle de lacs on pense souvent pêche, loisirs nautiques ou ressource en eau. C’est oublier leur potentiel archéologique : nos eaux douces préservent le bois et sont un véritable conservatoire du passé. Un patrimoine lacustre à découvrir…

archeologie-lacustreDans les Landes et depuis plus de vingt ans, Bernard Maurin plonge dans le lac de Sanguinet. Ni la flore ni la faune n’explique la passion de Bernard et de son équipe pour les fonds limoneux du lac… Sanguinet est un lac côtier de la bordure aquitaine, formé il y a 3000 ans, à la fin des époques glaciaires, par l’érection d’une barrière de dune faisant obstacle à l’eau de la Gourgue ; et les plongeurs ne cessent d’y découvrir des vestiges. Entre autres, dix pirogues parmi les plus vieilles du monde !

Du pin sans les planches

C’est un miracle qu’elles soient parvenues jusqu’à nous, ceci grâce à l’immersion et aux sédiments ayant formé un milieu anaérobie, c’est-à-dire sans oxygène. Car, bien avant la formation du lac, les hommes fréquentaient déjà le site. Les restes de leurs villages, de leurs poteries et de leurs embarcations se sont ainsi trouvés protégés… Longues de 6 à 7 m, les pirogues monoxyles, c’est-à-dire formées d’un tronc de chêne ou de pin grossièrement évidé, ont un tirant d’eau très faible mais pèsent près de 500 kg : nos aïeux n’étaient pas manchots ! Au musée de Sanguinet, vous pourrez admirer ces reliques et rêver aux peuples de l’eau…

Nos ancêtres les «viandards»

Un peu partout, les archéologues ont pris conscience du potentiel archéologique des eaux intérieures, pour qui veut bien «se la couler douce». Ainsi, le Lac de Chalain dans le Jura est-il aussi l’objet de recherches assidues dirigées par Pierre Petrequin, maître de recherche au CNRS. Récemment, son équipe a exhumé une splendide hache, en tout point comparable à celles encore en usage chez les papous de Nouvelle Guinée. A Chalain aussi les hommes s’étaient établis près de l’eau, profitant du rempart naturel que constituait le lac. Ce n’est que bien plus tard que les eaux engloutirent les cabanes, faisant croire à l’existence d’un village lacustre sur pilotis, ce qui est une vue de l’esprit. Plus étonnant, les riverains d’alors, chasseurs et agriculteurs, négligeaient totalement le poisson ! On pense souvent que les anciens savaient gérer au mieux les ressources naturelles, mais il n’en est rien. «Des viandards» précise Petrequin : «ils vidaient littéralement la région de toute vie, avant de s’installer ailleurs»…

Quand le temps suspend son vol…

Des fouilles identiques sont en cours au Lac de Paladu dans le Dauphiné, dans les lacs du Bourget et d’Annecy et au fond du lac de Neuchatel. A chaque fois, des matériaux en bois sont inventoriés qui sont facilement datables par le carbone 14 et aussi par la dendrochronologie, c’est-à-dire le comptage des stries de croissance des arbres, une «facilité» dont doivent se passer les archéologues «terrestres». L’avenir de l’archéologie semble sous les eaux : déjà s’échangent sous la combinaison des plongeurs les coordonnées de telle tourbière de l’Aubrac qui regorge de poteries anciennes, d’un certain lac des Vosges abritant un temple gallo romain…

Le kaki, c’est vert aussi…

Après l’armée rouge, voici venue en France l’armée verte ! La Direction Générale de l’Armement a en effet nommé un «préposé au développement durable». Sa mission : superviser la dépollution des sites militaires, et «l’ éco-conception» de nouveaux systèmes d’armement. On peut se demander à quoi ressemblera une arme écologique ? Sans doute la fleur au fusil…