Après avoir éradiqué nos «bêtes nuisibles» voici qu’elles deviennent enjeu de développement ! Loups, ours : à y perdre son Basque pour les bergers du même pays ! Dans le Mercantour, aussi : revenons à nos moutons…

loupC’est en 1972 qu’on a commencé à parler de réintroduction d’espèces. Il s’agissait de repeupler mais aussi de réoccuper des niches écologiques pour tenter de combattre les espèces invasives comme les tortues de Floride ou le ragondin. D’autres occupants de l’Arche de Noé furent aussi introduits pour satisfaire l’appétit des chasseurs et pêcheurs : Faisans de Virginie ou truite cristivomer du Canada… Ces manipulations de la nature ne sont pas du goût de tout le monde : on a ainsi voulu acclimater le boa en Bretagne pour combler un prétendu vide ! Le loup et l’ours sont au cœur de la polémique ces derniers temps alors que d’autres opérations pionnières de réintroduction sont des succès. Un inventaire à poil et à plumes : Vautours des Grands Causses, Bouquetin, chamois et gypaète barbu des Alpes, Castor et Grand Tétras des Cévennes, Lynx vosgiens… qui ne font pas de vagues. Alors, pourquoi tant de batailles à propos des loups et des ours ?

Claude Guigo, président de l’association européenne de défense des éleveurs victimes des prédateurs :

Les loups sont aujourd’hui près de 100 en France avec une croissance de 20% par an. C’est incompatible avec le pastoralisme. Le gouvernement veut nous tuer. Le loup, n’y est pour rien. On ouvre une cage : « Allez, mon petit, va chercher ta pitance. » Il fait son devoir : il mange 4 kg de viande par jour. Ce sont ceux qui l’ont introduit qui sont des délinquants !

Comment est apparu le loup dans le Mercantour ?
Claude Guigo :

Le Saint esprit ! Un certain 5 novembre 1992, le loup est apparu sur nos alpages ! Il est très facile d’acheter un loup pour 1000 € en Italie, Monaco où Cannes, dans les animaleries. Suivez mon regard…

Quelles solutions?
Patrice Miran, porte parole du Mouvement Ecologiste Indépendant PACA :
Les chiens de protection, les aides-bergers, les clôtures, qui ont fait leurs preuves en Italie ou en Espagne. Dans les Alpes-Maritimes, quatre troupeaux concentrent 75 % des attaques. Comme par hasard, justement ceux sans mesures de protection.

Claude Guigo :

On a remis des chiens de défense : cela a permis à certains touristes de se faire mordre les fesses !

Et les indemnisations?
Patrice Miran :

Les éleveurs font souvent passer des pertes qui n’ont rien à voir avec le loup : ils touchent des indemnisations supérieures à la vente de l’animal. Les subventions de l’agriculture incitent aussi à augmenter la taille des troupeaux. Avec 2000 têtes, la garde devient une gageure que peu d’éleveurs peuvent mener à bien.

Claude Guigo :

Avant, on pouvait laisser le troupeau 3 jours dans la montagne en le surveillant à la jumelle. Maintenant, il faut être là 24h/24, vivre sur l’alpage dans une cabane sous-équipée. Nous avons exigé des compensations. En 2005, 1.600 000 € ont été débloqués dont 1 million pour les éleveurs. Le reste : on a des films et des brochures « Info Loup » mais jamais d’ « Info Mouton » ! Et on paie des scientifiques pour suivre le loup, c’est-à-dire ramasser ses crottes !

Et la biodiversité ?
Claude Guigo :

Soit on exclut l’homme, soit on exclut les loups et les ours. On donne un droit à la nature supérieur aux droits de l’homme ! C’est une question de société. Pourquoi pas lâcher des crocodiles dans les étangs et des panthères dans les champs pour qu’on retrouve la nature sauvage ? Les éleveurs ne se laissent pas faire : il y a des loups qui sont tués. Cela fait partie de la défense des éleveurs.

Dans le même temps, l’Italie protège avec succès ses 700 loups et l’Espagne plus de 2000. Mais là-bas, on ne parle plus de son coût depuis qu’il est devenu une attraction touristique plus que rentable…

En savoir plus :

Ministère de l’écologie et du développement durable sur le loup

Développement du râble

Les effectifs du lapin de garenne sont en chute libre dans nos campagnes à cause des maladies et de la dégradation de l’habitat. La Fédération Nationale des Chasseurs lance un appel à recherches qu’elle financera, pour que ne disparaisse pas le «coup du lapin».