Cenote Kukulkan

La forêt humide de KukulkanCe matin, nous avons repris le chemin des cénotes tandis que la mer se calme doucement. Direction Kukulkan, à quelques minutes du centre. Je suis en pays de connaissance puisqu’il s’agit du cénote que nous avions filmé dans l’épisode des Carnets de Plongée. Mais cette fois, en cette heure matinale, nous sommes seuls et avons le luxe de profiter de la clarté absolue et du lever de soleil…

Des Morphos bleus (je n’ai pas encore réussi à photographier un de ces papillons extraordinaires…) assistent à notre équipement et des oiseaux aux couleurs paradisiaques n’ont pas encore été chassés par les clarines des plongeurs en cohorte. Car Kukulkan, de par sa facilité d’accès, est très fréquenté… Dès l’immersion, j’ai une fois de plus l’impression qu’on m’ôte un voile des yeux : l’eau est plus claire que l’air !

Cenote Kukulkan

Les rayons bleus en oblique semblent indiquer le chemin de la partie profonde de la grotte. La roche blanche, à peine colorée d’orange, est propre, époussetée sans cesse par le courant d’eau douce qui circule dans ces galeries. Quelques photos sont vîtes emballées grâce à un Nicolas désormais rodé à la pose. Un geste et il se place au bon endroit, immobile. Et patient… On ne dira jamais assez combien il est important d’être excellent plongeur avant de prétendre poser pour des photos. Que de temps gagné. Que d’énervements épargnés et de susceptibilités ménagées. La plongée spéléo, qui oblige à une discipline de fer en ce qui concerne l’économie de mouvements et la stabilité est à ce titre la meilleure école. Il est vrai que dans les grottes, il y va souvent de notre vie…

Vers le cenote Chac Mol

Dans la partie obscure, Nicolas m’entraîne vers un rétrécissement qui n’est pas équipé en fil d’Ariane et qui fait la jonction avec le réseau voisin de Chac Mol. Je suis en mono bouteille avec une seule petite lampe et, disons le tout net, je n’aime pas cela ! C’est absolument contraire aux règles draconiennes de sécurité que je me suis toujours imposées et qui peut-être, m’ont tenues en vie jusque là… Bon, l’eau est claire, il n’y a pas de sédiments, et Nicolas qui lui est en bi, est à quelques mètres. Ne soyons pas parano ! L’étroiture franchie sans difficultés, une large galerie bleu-nuit se révèle. Séparée en deux par la frontière invisible et troublante de l’halocline : le fond de la galerie est rempli d’eau de mer qui ne se mélange pas avec l’eau douce. Frontière impalpable, fantastiques jeux de reflections, potentielle perte de visibilté (comme un sirop de sucre qu’on verse dans l’eau), délicieuse ivresse et perte de repères..

Stalactites Kukulkan

Dans la paroi, une chapelle d’albâtre est remplie de cierges immortels. Nicolas qui connait parfaitement les lieux veut me montrer d’autres trésors de calcaire avant de ressortir par le cénote de Chac Mol. Occupé à régler mon appareil dans le noir, je me laisse distancer… Alors, je constate que je suis à plus de 60m d »une des 3 sorties, seul, et avec un équipement de candidat au pépin. Et la machine à fantasmes commence à s’emballer : bien que la profondeur ne dépasse pas 15 mètres, je démarre une tachycardie anormale et l’angoisse monte. Je ne connais que trop bien ces symptômes et, même si je sais que tout est dans la tête, je choisis de faire demi tour avant qu’il ne soit trop tard. Sans vouloir être morbide, je n’ai que trop ramené de corps sans vie de ces grottes « faciles ». Je m’oblige au calme, à palmer lentement, à expirer à fond, mais mon cœur semble vouloir s’évader de ma poitrine comme les sacrifiés au Dieu Chac, en haut de la pyramide maya… Les cœurs brisés battraient-ils ainsi, à la moindre émotion ? Moments très inconfortables, mais que je raconte avec franchise car cela peut arriver aussi aux plus expérimentés. Et je suis certain que certain(e)s d’entre vous ont déjà éprouvé ce genre de malaise sous l’eau.
Dans le labyrinthe de galeries, je ne retrouve pas le chemin que nous avons emprunté ; et pour cause, il n’est pas équipé.  Je suis le fil en place, voyant bien qu’il mène à l’autre sortie de Kukulkan. Ce n’est qu’en surface que je me sens rassuré, conscient d’avoir échappé de peu à une vraie panique, ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps… Que mes états d’âme, dont j’assume l’entière responsabilité, ne vous dissuadent pas de visiter ce cénote : c’est un pur joyau. A condition de rester dans les limites prévues, ou d’avoir l’équipement et la formation de plongée-spéléo idoine. Quand à moi, c’est décidé, je me mets au golf ! Même si un gentleman ne frapperait jamais une balle à terre (Je sais, cette blague ne fait rire que moi…).

Si vous aussi vous voulez faire ce voyage, consultez Blue Lagoon et Phocea Riviera Maya.

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17 commentaires sur “Cenote Kukulkan

  1. Tu as bien fait de jouer la prudence, c’est souvent dans des endroits dits ‘faciles’ que les pire choses arrivent.
    Par contre c’est vraiment le genre de photos qui me fait rêver et me donne envie de plonger dans des Cenotes.
    Elles sont magnifiques.

  2. Woaw… j’ai eu des frissons en lisant ton post, autant pour tes photos que pour ta sortie du cénote. C’est vrai que sous l’eau parfois ça s’emballe très vite… ça m’est arrivé il y a peu de temps (à moindre mesure), quand en petite plongée seul (pas glop!) pour faire des photos je me suis retrouvé face à un filet de pêche. J’ai vite fait demi-tour… en m’imaginant rester emmeler dans ses mailles.
    @ bientôt, take care.

  3. Même si le post est désormais ancien, je tiens à dire que les photos sont magnifiques. 🙂
    Sont-elles de toi ? Avec quel appareil a tu fais ces de photographies ?
    Bonne continuation !

  4. Merci. Les photos sont effectivement de moi (j’ai été pro de longues années :lol:)
    Je travaille actuellement en Canon 5D et caissons et flash Sea&Sea Plongimage.
    D’autres photos dans l’onglet Images…

  5. Je suis tombée sur votre article en cherchant à en savoir plus sur les cénotes et leurs dieux. Mon mari est décédé à Chac Mol en Mai 2013. Au début, j’ai voulu ‘rationaliser’ en me disant qu’il n’avait pas (ou peu) souffert et que tout s’était passé très vite alors qu’il pratiquait un sport qu’il aimait dans un décor magnifique. Mais ces images à la Disney ne soulage pas la douleur de la perte. Partout où je me trouvais, il a beaucoup plu ce printemps. Le dieu Chac semble satisfait du sacrifice qui lui a été offert. Moi je le trouve cruel et exigeant.

  6. Je reviens tout juste de Playa del Carmen.les plongées dans les Cenotes sont de supers expériences. La perte de repaires due à l halocline est flippante.la traversée delacouche de souffre dans l Angelita c’est pas mal non plus.Phocea Mexico ont des guides super pro,ils vous ferons découvrir un monde à part,et vous reviendrez avec de superbes images.

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