Voilà  une agression paysagère dont on parle peu parce qu’invisible, cachée sous les eaux : l’exploitation du gravier des rivières. Nos besoins croissants menacent pourtant les réserves d’eau et la qualité de vie de nombreux riverains…

graviereBaliros, petite commune tranquille de 389 habitants, dans la plaine du Gave de Pau… Et une richesse insoupçonnée sous le lit majeur du fleuve : des galets calcaires, arrachés pendant des millions d’années aux Pyrénées et polis par les eaux torrentielles. Une manne pour les exploitants d’or gris. Mais à Baliros, voilà deux ans que les habitants se battent contre ce projet d’exploitation de la société GSM : 23 hectares, 300 000 tonnes extraites par an. Jacques Robert, un riverain à un jet de pierre de la future carrière et vice président de l’association Vivre à Baliros sans gravière est catégorique : «Quand j’ai acheté, le Maire s’est bien gardé de me parler de ce projet. Une implantation à moins de 300 m des maisons et écoles ; 120 camions par jour, 6 jours sur 7 : on ne pouvait choisir plus mauvais endroit et ici on n’en veut pas !»

Grain de sable dans les rouages

Intifada au pays des galets ? Une levée de boucliers représentative de la rogne contre les exploitations minérales qui ne cessent de s’étendre en France, même si c’est parfois le pot de terre contre le pot de pierre… Car nos besoins en granulats ne cessent d’augmenter et donc la surface de leur extraction. Il faut 150 tonnes de graviers pour construire un logement, 12 000 t pour un km de route et 20 000 t pour un km d’autoroute ! Il existe une réglementation stricte pour créer des carrières mais difficile à appliquer. Les grands opérateurs ont pourtant adoptés des mesures pour se conformer aux nouvelles normes en vigueur ou à venir. Dépoussiérage des sites, diminution des nuisances sonores, réduction du taux de silice dans l’air… Voilà pour le discours officiel. Mais à Baliros comme ailleurs, le plan d’attaque a été le même : d’habiles négociateurs ont su acheter en toute discrétion des terrains à des agriculteurs, jusqu’à 7 fois leur prix, avant de reconstituer les pièces du puzzle, tout en dédommageant la commune à raison de 15 000€ par an. Sachant qu’il y a toujours des vendeurs au sein du Conseil Municipal… Mais la résistance s’est organisée. Les opposants ont déniché un décret interdisant toute construction dans les saligues. Or la gravière prévue doit occuper les deux tiers de cet espace protégé ! Pire encore, l’exploitation risque de vider une nappe phréatique d’excellente qualité, à l’heure où l’on parle d’économies d’eau… Au point qu’en avril dernier, la Commission Départementale des Carrières a rendu un avis défavorable. Comme le rappelle Jacques Robert : «Nous ne voyons pas comment le Préfet pourrait ne pas tenir compte de l’ensemble des remarques négatives émises par tous les services concernés. Mais s’il le faut, nous irons jusqu’au Conseil d’Etat ».

Plus de Pau

Peut-être faudra-il un jour cesser de vider nos bassins fluviaux de leurs manteaux, indispensables à la vie : l’esturgeon a ainsi pratiquement disparu du Sud Ouest. Et trouver une alternative à cette frénésie gravière. Il existe déjà des produits routiers neutres vis à vis de l’environnement, issus du recyclage…

Mise au vert

Il faut économiser l’énergie pour atteindre les objectifs de Kyoto : diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre en 2050. Le Sénat vient d’adopter un amendement exonérant de taxe foncière pendant 30 ans les constructions vertes.