Collection de Printemps !

Les plongeurs aiment l’eau. Jusque là, rien que de plus normal… Certains aiment aussi un élixir anisé à mélanger avec, pour jeter le trouble… Classique ! Il se trouve que dans ma vie aventureuse de chasseur de contrats j’ai eu l’honneur et le plaisir d’avoir comme sponsors respectivement : Le Groupe Pernod Ricard, et la filiale de Danone : Evian. Je ne suis pas à un paradoxe prêt… J’ai gardé du premier une tempérance qui ne se dément pas et du deuxième une connaissance approfondie de cette eau en bouteille qu’on dit minérale… Voilà pour le premier point.

C’est entendu, à la télé, je nage dans le bain des crocodiles, chatouille les varans de Komodo, parle à l’oreille des cachalots, danse avec les fous, dévore le foie des phoques, explore l’oeil du vortex tandis qu’au milieu coule une rizière… Mais il m’arrive aussi d’avoir une vie normale. Et comme tout un chacun… de faire les courses. Je ne rechigne d’ailleurs pas à la tâche qui est même devenu un de mes attributs dans les différents couples que j’ai (dé)composé. Entendez par là que je me suis toujours chargé des courses systématiquement. Tempérament d’économat, gout de l’effort gratuit quand, les bras distendus jusqu’aux pieds par 4 ou 5 sacs-enclume, j’attaque les volées d’escaliers au pas de course, histoire de manquer d’oxygène en altitude… Je trouve d’ailleurs que les courses constituent une tâche profondément masculine. Il y a du « chasseur cueilleur » dans le fait d’arracher la salade anoxique de son éclairage flatteur, de pêcher le saumon tranché dans la banquise des congélateurs, de harponner le steak à « moins de 15% de matière grasse »… De charrier les quartiers de gibiers dégoulinant en travers des épaules, en direction de la grotte familiale…

C’est la phase de prédation. Brute. Le transport, le dépeçage des proies (ôter l’invraisemblable accumulation de pelures de cartons et  plastiques imbriqués comme des poupées russes, mais j’y reviendrais…) et leur préparation venant en deuxième lieu.

Étant un peu tribal de nature et au gré des familles recomposées, je suis devenu incollable sur les prix, les qualités, les additifs et autres agents de sapidité et les goûts de chacun(e)s. C’est aussi mon défouloir car je prends un malin plaisir à expédier la corvée en un temps record, frisant l’excès de vitesse et le strike façon bowling. J’avoue avoir du mal à supporter ces braves gens, échoués en travers des passages, en pleine confusion mentale : crème épaisse ou fleurette ? Cueillir un paquet de sopalin (j’aime les armoires, par 12 !) ou maîtriser un paquet de saucisses ne demande quand même pas un effort intellectuel surhumain. Passons… Alors, il n’est pas rare que je klaxonne (un cri aigu, bien au point), faisant sursauter les distraits qui, habitués à être houspillés à longueur de journée, se rangent sagement, résignés. Fleurette ? Epaisse ? Ils y sont encore ! Je fais ça avec tous les sourires nécessaires mais… Quand même ! C’est que la vie est courte…

Ma technique de bon sens : Caddie garé à la croisée des zones stratégiques et raids à pied, à la course, négociant les rétrécissements à la manière d’El Cordobés, chorizos en guise de banderilles, en rayonnant tout autour. Le caddie devient panier de basket ou je lance pèle mêle les denrées arrachées aux présentoirs avec mes six bras hindous. J’ai pu ainsi tester au fil des ans la résistance à la compression des différentes marques, sous les regards effarés d’autres consommateurs qui parcourent des kilomètres d’escargot négociant sans cesse des virages impossibles avec des caddies aux roues carrées… Je parviens ainsi à des lancers de Caprice des Dieux à prêt de 10 mètres. J’ai découvert à mes dépends que les œufs et les framboises méritent un peu plus d’amorti. Mais je m’égare…

Le supermarché est aussi mon Audimat personnel. Une période de diffusion m’est signalée immédiatement par des sourires, des vannes, des contacts, toujours sympas à Marseille où on n’a pas sa langue dans sa poche. Des consommateurs-téléspectateurs tout étonnés de me reconnaître en un tel lieu, au bout d’un caddie. Mais oui, je lessive, j’aspire, je repasse, je cuisine… Le mythe devrait-il en prendre un coup,  j’avoue faire tout ça, comme vous ! Dingue, non ? En tout cas, je suis en prise directe avec ceux qui regardent nos programmes et je peux vous dire que je connais mieux leurs goûts que n’importe quel audit de chaîne ! Quand on ne se prend pas pour une star, la « base », il n’y a que ça de vrai ! N’est-ce pas Besancenot ? C’est le second point…

Rappel : premier point, ma sensibilité à l’eau, deuxième point, le supermarché. Vous y êtes ?

Une petite nausée ?

Il arrive donc que dans ces cathédrales modernes dédiées à la consommation, l’insolite surgisse au détour des « gondoles » et me fasse rire. Je me devais de partager cette hilarité : Cette semaine, les porteurs d’eau étaient à la fête… Avec plus ou moins de bonheur question communication, quand on a l’esprit mal tourné, ce qui est mon cas… Evian, tout d’abord qui nous a sorti en édition limitée pour la nouvelle année une bouteille de toute beauté, gravée à Baccarat et créée par l’histrion de la mode, Jean Paul Gaultier en personne ! Un pied de nez à la crise ? Le luxe comme remède à la morosité ? Le rapport entre la mode et l’eau de source est peut-être un peu lointain, mais faites confiance aux génies du marketing et du packaging : c’est beau, c’est bio !  Quand à l’eau, c’est évidemment la même mais l’adage « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse » vient de prendre un sacré coup de vieux ! Toujours est-il que le stock stagne depuis le 1er de l’an, les consommateurs ayant sans doute peur d’acheter du parfum.

Sans préjuger de la qualité des produits, également excellents, il faut avouer que le concurrent, Quézac, qui appartient à l’autre géant de l’embouteillage, le groupe Nestlé a fait très fort pour inciter à la vente… J’aime particulièrement cette notion de « gerbage maxi ». En effet, tant qu’à rendre, autant ouvrir les vannes à fond. Ce qui arrive aussi quand on consomme trop de Ricard. Et la boucle est bouclée ! Ça méritait bien… Une gerbe !

Et vous ? Vous faites les courses ❓