Conduite forcée

La « houille blanche », énergie renouvelable et non polluante fait partie du paysage français. Mais les barrages ne font pas obstacle qu’à l’eau : les espèces migratrices, comme le saumon, se heurtent aussi à un mur…

saumonsEn France on n’a pas de pétrole mais on a des barrages ! L’une des plus grandes densités au monde. On s’est habitué aujourd’hui à ces « ouvrages d’art » massifs barrant nos rivières, à ces lacs artificiels aux rives périodiquement dénudées par l’exploitation ; de ces vallées entières noyées avec leurs lieux-dits, leurs villages, et tant de mémoire… Une pollution paysagère acceptée de tous parce que capable d’agiter les doigts de la fée électricité. Cette «houille blanche» reste indispensable en France (après qu’on nous eut faire croire que l’énergie nucléaire subviendrait à 90 % de nos besoins) par sa souplesse. L’électricité ne se stocke pas et l’on doit ajuster la production en temps réel en fonction de la demande, raison d’être aujourd’hui des barrages.

Energie… Renouvelable ?

Ceux-ci font tous l’objet d’une demande de concession auprès de l’état, qui ne peut excéder 75 ans, au terme de laquelle une discussion sur les impacts doit avoir lieu. Si le démantèlement du barrage est choisi, les frais ainsi que la remise en état du site sont à la charge du propriétaire de la concession, c’est-à-dire EDF. Sur une centaine de cas présentés, seuls trois barrages ont été démantelés à ce jour. Pourtant la majorité des scientifiques s’accorde à dire que l’impact écologique des barrages est désastreux pour nos rivières. C’est pour les poissons migrateurs, et en particulier le saumon, que le problème est le plus évident. On sait que ces poissons après un séjour en mer doivent remonter leur rivière d’origine pour frayer. Un parcours devenu infranchissable à cause des barrages, et l’espèce est en danger. Pour le seul bassin de la Loire, le nombre de saumons est passé de 40 000 poissons en 1890 à 267 poissons en 1998. Le barrage de Poutes serait responsable à 90 % de la perte des saumons de la Loire et de l’Allier. Or la concession de ce barrage arrive à échéance le 31 décembre 2007.

«Dans les dix ans à venir des milliers de concessions vont venir à échéance et c’est une occasion unique d’en finir avec beaucoup de barrages obsolètes» déclare Roberto Epple, économiste, biologiste, consultant en environnement, président de SOS Loire Vivante et incarnant à lui seul 25 ans de combat contre les barrages. «Nous nous battons pour créer des corridors bleus comme sur l’Elbe ou le Rhin où les saumons peuvent remonter la rivière sans entrave. Le complexe hydro-électrique de Monistrol d’Allier est composé de trois barrages. Nous proposons que seul le barrage de Poutes soit démantelé, les autres pourraient continuer à assurer la moitié de la production, soit 0,007 % de la production nationale totale. Ainsi le saumon de Loire serait sauvé. Plus de 20 millions d’€ ont été investis par l’Etat dans les plans précédents avec comme résultat la destruction de 2 barrages, l’interdiction de la pêche au saumon et la construction par EDF de passes et d’ascenseurs à poissons dont l’efficacité est réelle mais limitée. Aujourd’hui, le saumon est toujours en voie d’extinction et seul Poutes fait obstacle.»

Une position béton

«Nous proposons à nos clients un mix énergétique provenant des centrales thermiques et nucléaires, des barrages ou des éoliennes, précise Robin Derogelaere, porte-parole de l’EDF. Il n’est pas question de démanteler nos barrages qui font partie du dispositif. Il y a bien d’autres causes de la disparition du saumon dans nos rivières. Nous sommes écologiquement responsables et ne ferons pas d’autre commentaire. Concernant Poutes nous avons déposé une demande de renouvellement pour 40 ans en concertation avec les Pouvoirs Publics. Le Préfet rendra sa décision prochainement.»

Pendant ce temps, de très nombreuses associations se mobilisent contre Poutes, vestige d’un autre temps ?
www.monistrolsanspoutes.org

www.fondation-saumon.org

Partager ce billet
  , , , , , , , , , ,


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *