Carnets d’Expédition : Les mystères du Gulf Stream

logo_thalassaA l’occasion de la rediffusion de la série chaque mercredi sur Planète Thalassa, je publierais ici chaque lundi le synopsis du film tel que je l’avais écrit et conçu à l’origine. Histoire de vous mettre l’eau à la bouche… Le film est parfois un peu différent de l’histoire originale : Éternel conflit entre rêve d’auteur et contraintes de la production.

Carnets d’expédition Atlantique – Du Gulf Stream au triangle des Bermudes

Première diffusion 09 Septembre 2009 à 20h40 – Rediffusion : 13 Septembre 2009 à 16h55 – 18 Septembre 2009 à 19h40 – 19 Septembre 2009 à 16h50 – 23 Septembre 2009 à 21h35 – 24 Septembre 2009 à 19h35 – 27 Septembre 2009 à 17h45 – 30 Septembre 2009 à 19h35

«Je connais un long fleuve de sel qui prend sa source au cœur de l’océan… Un fleuve bleu et transparent, d’une chaleur de tropiques, qui coule sur la verte Atlantique. De ce flot généreux dépends le climat de l’hémisphère nord : c’est le Gulf Stream. On dit qu’il pourrait se tarir. Pour cette nouvelle expédition, partons ensemble à la dérive sur le plus célèbre courant du monde…»

cachalots de GuadeloupeL’ histoire commence au milieu de l’Atlantique, à la hauteur de l’équateur. Sous le soleil vertical, les lointains ondulent ; la mer s’évapore ; des nuées se forment… en accéléré. Avec la 3D on comprends les forces de Coriolis et les notions de base du climat sur notre terre : L’évaporation, les nuages, les vents,… C’est ainsi que naît l’Alizé, qui entraîne dans son souffle une partie des eaux de surface d’Est en Ouest. Début d’un long voyage pour ces eaux chaudes et courantes qui filtrent d’abord au travers des Antilles.

On retrouve l’équipe sur un bateau, entre la Guadeloupe et la Dominique. Casque sur les oreilles, un chercheur dirige la marche du navire vers un point qu’il est seul à entendre. Bientôt, un souffle puissant jaillit de la surface : le dos gris d’un cachalot émerge. Puis d’autres… Munis de scaphandres recycleurs «sans bulles» pour ne pas effrayer les cétacés, les plongeurs se mettent à l’eau. Dans le bleu profond, nous assistons à un extraordinaire rassemblement de femelles cachalot qui viennent ici chaque saison pour un rendez-vous millénaire…

«Les mammifères marins connaissent bien ce courant. On dit qu’ils communiquent par leurs chants à travers toute l’hydrosphère, en utilisant les courants marins comme des fibres soniques».

Un grand mâle vient d’entrer en scène : énorme, presque blanc. Le Moby Dick du roman de Melville. Nos cadreurs saisissent alors des scènes de reproduction uniques… Les tortues luth, nées en Guyane, usent aussi du Gulf Stream naissant, pour se déplacer cette fois. Peut-être aurons-nous la chance d’en filmer une… Car ce courant est aussi un moyen de transport. Une vertu qui n’avait pas échappé au conquistador Ponce de Leon : dès 1513, il décrit ce fleuve chaud et salé, rivière au cœur de la mer, facilitant grandement le retour vers l’Espagne des galions alourdis de trésors.

«…La différence de température des eaux autour du Gulf Stream représente aussi une formidable énergie qu’il est possible de récupérer, comme l’a prouvé l’ingénieur français Georges Claude en 1920…».

Sur des images d’archives, nous suivons sa tentative dans la toute proche baie de Matanzas, à Cuba. En homme d’action qu’il était, Claude détermina le site propice à bord de son propre yacht, le Jamaïca. La Jamaïque : notre prochaine étape.

En effet, les trésors précolombiens raflés par les conquérants du Nouveau Monde, tels Ponce de Léon, attisaient les convoitises… Ainsi naquirent les pirates et flibustiers des Caraïbes. Leur fief : encore la Jamaïque. Au Musée Maritime de Kingston, Francis rencontre des archéologues. A partir des objets retrouvés sous les eaux et des cartes anciennes, des images de piraterie se superposent au discours et amènent au site de Port Royal, à l’époque «la pire et la plus riche des villes». Jusqu’à son engloutissement par la colère divine, dans un tremblement de terre.
En plongée, nous parcourons les rues et les bâtisses de brique de cette cité corrompue, presque intacte sous les eaux. La piraterie n’a jamais tout à fait cessé en Jamaïque, relayée aujourd’hui par les chasseurs de trésors. Nous suivons l’un d’entre eux sur la Vibora, un haut fond fréquenté par les barracudas et balayé par le Gulf Stream. Ici plus de 300 épaves à trésor attendent les audacieux, au prix de risques insensés… Avant de quitter la Jamaïque, l’équipe se retrouve à Alligator Pond, dans une forêt aquatique où l’eau des karsts se déverse. God’s Well, une bouche d’ombre souterraine, avale les plongeurs… Après une exploration mouvementée, nous rejoignons la mer en glissant dans le courant, au milieu des flammes vertes des plantes aquatiques où brille l’oeil immobile des caïmans et des derniers lamantins sauvages…

requins de BiminiPonce de Leon cherchait la mythique île de Bimini où, d’après une légende indienne, se trouvait une source miraculeuse : la Fontaine de Jouvence ! En fait, il découvrit la Floride et nous atterrirons sur la plage qu’il foula pour la première fois. Francis rencontre des géologues de l’Université de Floride venus confier une mission aux plongeurs. Tout près s’ouvre un énorme gouffre sous la mer : Red Snapper Sink. Tandis que l’équipe prépare le ROV, deux plongeurs profonds, bardés de matériel s’apprêtent à plonger avec de l’hélium dans le gouffre, à plus de 147m  de profondeur. Prélèvements d’eau et premières images sous le plancher de la mer. Une première !
On apprends l’existence sous la Floride d’une immense réserve d’eau douce : la nappe d’Ogala. Tandis que les plongeurs remontant des abysses entament des heures de décompression au milieu des poissons-anges, les images retransmises par le robot montrent clairement un courant d’eau de mer qui disparaît dans des galeries obscures : Ici, la mer fuit ! Et se vide dans l’inconnu de cette face cachée de la Floride. Un risque de pollution saline que nous chercherons à mieux comprendre…

Francis retrouve alors son vieil ami Paul Heinerth et sa femme Jill : le couple de plongeurs-spéléo le plus profond du monde ! Il s’agit cette fois d’aller plonger dans la Fontaine de Jouvence des Indiens, cachée au coeur des marais de Tallahassee. Nous remontons en canoë la rivière d’eau cristalline bruissante d’oiseaux au milieu des fantômes d’arbres engloutis… La source de Wakulla est immense, gardée par des serpents mocassins et des alligators de belle taille. Dans le sable, des pointes de flèches taillées révèlent l’histoire des séminoles et les risques encourus par Ponce de Léon dans sa quête de l’éternelle jeunesse. En plongée à plus de soixante-dix mètres de profondeur, git un fantastique ossuaire de mammouths, parfaitement conservé dans l’eau douce… Le secret de la jouvence ?

Dans l’obscurité s’allument alors des feus oranges : les yeux de centaines de poissons-chats attirés par les lampes des plongeurs, bientôt rejoints par des anguilles géantes qui semblent germer des parois calcaires. Des anguilles qui ont aussi un rapport étroit avec le Gulf Stream… La plongée s’achève au milieu des alligators.
Plus au sud, l’équipe visite le site où le conquistador fut tué par les Indiens, non loin d’une source extraordinaire : Warm Mineral Springs. L’eau qu’elle déverse en abondance est tombée sur la terre à l’ère tertiaire et témoigne des fantastiques réserves de l’aquifère profond. Cette eau miraculeuse (on s’y baigne) a aussi d’étonnantes propriétés conservatrices qui rappelle le mythe : ce qui y est englouti est éternel. C’est ainsi que nous apprenons l’existence d’une sépulture indienne immergée. L’archéologue Wilbur Cockrel nous raconte comment il y a découvert un squelette de géant vieux de  dix mille ans dont le cerveau était encore intact à l’intérieur de la boîte crânienne ! La mémoire du monde…

Dans une plongée virtuelle dans le temps, le paysage se transforme, les premiers hommes chassent les mastodontes et tremblent devant le tigre à dents de sabre… L’occasion de préciser aussi l’évolution du cours du Gulf Stream dans le temps et son devenir, ce qui aura une action déterminante sur le climat de l’Europe…

Epave du Sapona dans le triangle des Bermudes...Ces eaux furieuses qui, buttant contre le Mexique, n’ont d’autre recours que de tourner dans le golfe du Mexique et repartir vers l’est, se faufilant entre Cuba et la Floride. A cet endroit, la surface de la mer est 70 centimètres plus haute qu’ailleurs et le courant représente alors 25 fois le débit de tous les fleuves du monde ! Dans l’avion qui nous emmène à Bimini à la poursuite du rêve de Ponce de Léon, et tandis  que la géode des Bahamas cristallise sur le sable ridé de bleus, Francis nous explique que la mer n’est pas plate :  les géoïdes sont les reliefs de la mer…

Devant l’île de Bimini, les plongeurs se laissent happer par le courant géant, en compagnie des créatures du grand bleu : un écosystème qui semble figé dans sa vitesse relative tandis que les fonds défilent à toute vitesse. Le temps s’est arrêté. Jusqu’à de curieux alignements de roche qui ressemblent à des ruines : le mur de Bimini. On y aurait vu l’Atlantide : les sortilèges du triangle des Bermudes ne sont pas loin… Francis est à terre, devant une autre source miraculeuse : le rêve dérisoire du conquistador découvreur du Gulf Stream…

A la hauteur du Cap Hatteras aux USA, le courant s’infléchit brusquement vers l’Est et se divise en deux rameaux liquides. Sur la bordure sud, des tourbillons froids se forment, tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Faisant remonter la matière nutritive des profondeurs, elle fertilise une zone de calmes trompeurs, terreur des marins : la Mer des Sargasses. Des épaves flottantes y tournent sans fin dit-on, apparaissant au milieu des brumes, fantômes du passé… Des aviateurs, des militaires, des bateaux entiers disparaissent. En 1961, l’Albatross, un voilier école, sombra subitement au large de la Floride. D’après les survivants, le voilier a été pris dans une tempête d’une incroyable violence. Quelques minutes d’enfer et puis le calme. L’imprévisible «grain blanc» des marins. Peut-être l’explication de cette fameuse malédiction du triangle des Bermudes. A moins qu’il ne faille invoquer les gisements sous-marins d’hydrates de méthane qui en dégazant brusquement annulent la portance de l’eau. Dans cette ambiance de mystère, l’équipe tente une plongée de nuit sous les frondaisons d’algues où vivent des espèces étranges.

dvd atlantiqueEt toujours le courant bleu qui coule dans le noir, voie royale lactée de plancton. C’est ici, à plus de 700m de profondeur que viennent se reproduire les anguilles après un incroyable voyage dans l’espace et le temps. Une mémoire génétique d’avant la naissance de l’Atlantique. A leur tour, les alevins d’anguille qui ne savent pas encore nager utilisent ce courant pour rejoindre les côtes d’Europe et ses rivières.

«Des côtes qui pourrait bien connaître un nouvel âge glaciaire si le Gulf Stream venait à disparaître, ou changer de lit entre deux eaux, ce que prévoient les climatologues».

Le soleil se lève sur l’océan retrouvé et les nuées commencent à se fondre dans l’aube. Le navire de l’expédition s’éloigne, vers d’autres voyages, d’autres aventures…

Itinéraire Caraïbes

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8 commentaires sur “Carnets d’Expédition : Les mystères du Gulf Stream

  1. j ai apprecié ton reportage que tu nous a fait partager , en suivant le voyage de cet bouteille le long du golfstream ,et j ai trouvé  cet ideés plutot  original 

  2. OUI JE CONNAIS DE NOM, J AI LU SA PUBLICATION DS LA REVUE METEO.  N°61 DE MAI 2008 ET ZIEUTE LE SITE DES ARGONAUTES.
    ET POUR LES « ECOTARTUFFES » , 😆  😆

    • J’ai passé une après midi d’interview avec lui, LE spécialiste du Gulf Stream, et nous avons longuement parlé de tout ça… Allègrement 😆
      A propos, ce blog est compensé carbone en forme de haîku : Pendant que je tape mes commentaires, je ne prend pas l’hélicoptère 😀

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