2006, odyssée de l’espèce

Itinérances touristiques avec passagers clandestins, pollens  faisant le tour de la terre au gré des vents, canaux entre deux mers, commerce d’animaux de compagnie : La mondialisation des espèces est en route…

girelpaonLamarck, Linné, Audubon, et même Darwin y perdraient leurs petits : la terre n’est plus ce qu’elle était ! Les classifications s’embrouillent, les espèces se déplacent, colonisent, menaçant la biodiversité globale : l’Unique est en passe de devenir le Commun. La Journée mondiale de la biodiversité du 22 mai dernier, organisée par L’Union Mondiale pour la Nature, était consacrée à ces invasions biologiques, seconde plus grande menace sur l’environnement après la dégradation de l’habitat. Il existe bien sûr des causes naturelles : à la limite de la stratosphère, on rencontre des araignées volant autour du globe au bout de leur fil ; des noix de cocos flottent d’une île à l’autre à travers le vaste océan jusqu’à la plage où elles pourront germer ; le réchauffement de nos eaux a permis à la girelle-paon réfugiée sur les côtes du Maghreb de remonter en Corse.

Mais c’est l’homme, espèce la plus envahissante de la planète, qui est encore le grand coupable. Il voyage, transporte, importe, exporte… Le phénomène est aussi ancien que l’humanité : les premiers Asiatiques à passer le détroit de Bering étaient accompagnés de chiens, et les Polynésiens ont importé sur leurs nouveaux territoires une trentaine de végétaux. Nos pêches viennent de Chine, tomates et maïs du Mexique précolombien. Et nos rats quittent les navires, envahissant les îles du Pacifique… Les Conquistadors ont eu pour alliés rougeole et variole, qui ont tué des millions d’Amérindiens. Le serpent arboricole brun de Papouasie-Nouvelle-Guinée a investi Guam lors de la seconde guerre mondiale, enroulé dans le train d’atterrissage des avions, et menace aujourd’hui par un nouveau voyage incognito, les lézards et oiseaux d’Hawaï.

caulerpeC’est encore l’homme, qui en creusant des canaux ouvre des voies au vivant. Le canal de Suez qui relie l’océan Indien et la Mer Rouge à la Méditerranée est responsable de l’apparition de créatures marines dîtes Lessepsiennes sur nos côtes. Ainsi, d’exotiques balistes remontent aujourd’hui jusqu’à Belle Ile en Mer. Une raie manta a été observée par des plongeurs en Corse, une autre au large de Menton…

Les français achètent aussi des plantes d’agrément, des animaux qui retrouvent un jour la nature… Ainsi en est-il du Silure, originaire du Danube qui est devenu le super prédateur de nos rivières Seille, Saône, ou Rhône, avec un goût de Sandre dans la bouche… Les tortues de Floride ou de Grèce, considérées comme des animaux domestiques voire des jouets, prolifèrent : plus d’un million en France. “ Ces tortues happeuses compromettent la survie de nos 3 tortues hexagonales ” précise le naturaliste Bernard Devaux, de la Station d’Observation et de Protection des Tortues, une association du Var.

Enfin, 3000 espèces sont transportées chaque jour autour du monde dans les ballasts d’eau des navires.

Les exemples foisonnent : moule zébrée, dans les Grands Lacs d’Amérique du Nord, étoile de mer japonaise menaçant l’industrie conchylicole australienne, crabe japonais désormais commun sur les côtes nord-atlantiques américaines, méduse américaine Mnemiopsis leidyi, responsable de la quasi-disparition de la pêche aux anchois en Mer Noire et d’Azov…

Si les algues sargasses venues de la mer du même nom, qui ont un temps envahi les côtes de Bretagne, ont finalement trouvées leur place dans l’écosystème Atlantique, on connaît les ravages de la Caulerpa Taxifolia en Méditerranée. La fameuse “ algue tueuse ”, dont on sait aujourd’hui qu’elle provient de l’aquarium de Monaco (Cousteau doit s’en retourner dans son cimetière marin) ! L’invasion, loin de reculer, semble pourtant stagner actuellement, d’après des plongeurs de Menton… La mer reprendrait-t-elle ses droits ?

La Convention pour la biodiversité, adoptée à Rio en 1992, prévoit bien dans son article 8-h que les pays signataires devront « empêcher l’introduction, contrôler ou éradiquer les espèces étrangères qui menacent les écosystèmes, les habitats ou les espèces », mais dans les faits, on se heurte au commerce international, qui prône la liberté des échanges. Mondialisation vous dis-je… Quand aux OGM, c’est encore pire : la culture en plein champ existe depuis des années aux USA. Malgré nos réticences, il est déjà trop tard : les pollens, comme l’eau et le vent, voyagent sans passeport !

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3 commentaires sur “2006, odyssée de l’espèce

  1. Faudra t-il attendre l’extinction de l’espèce humaine pour que la mer reprenne ses droits ? A long terme, je ne m’inquiète pas, la nature a toujours fait son travail. A l’échelle humaine, c’est alarmant. L’homme et son égo, avec cette course aux technologies toujours plus performantes (dès fois même à se demander l’intérêt de certaines… on a envoyé un robot sur Mars… bien… et maintenant ???), et une inertie des pollutions et changements climatiques qui dureront bien longtemps malgré tous les efforts du monde (toujours insuffisants !).

    Enfin… tant qu’on voit pas de baliste Titan au petit nid… tout va bien 😆

    Bel article !

    • L’espèce humaine est de toute façon vouée à disparaître sur terre. Pas tout de suite… Rassurez vous 😉 C’est aussi pourquoi il est si important à mon sens d’explorer d’autres mondes et d’envisager une migration d’une partie de l’humanité… Ailleurs. Si c’est possible un jour… A propos, d’après les climatologues de la NASA, Mars se réchauffe aussi ! Il va falloir faire le film Home 2 😆

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